Pourquoi ce texte ? Le contexte en 5 points
  • En septembre 2024, Philippine, 19 ans, est assassinée à Paris par un ressortissant marocain sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) déjà condamné. Le drame relance le débat sur les expulsions.
  • En France, un étranger en situation irrégulière peut être placé en centre de rétention administrative (CRA) le temps d'organiser son expulsion — jusqu'à 90 jours aujourd'hui. Des milliers d'OQTF ne sont jamais exécutées faute d'accord avec les pays d'origine.
  • Charles Rodwell (EPR, Yvelines), dont la circonscription était celle de Philippine, dépose une proposition de loi en décembre 2025 pour allonger cette durée et créer une rétention de sûreté pour les terroristes condamnés.
  • Le Conseil constitutionnel avait censuré une version similaire adoptée en 2025 : la nouvelle version intègre un plafond explicite et un contrôle renforcé du juge (article 8 bis) pour y répondre.
  • Les débats à l'Assemblée (13-17 avril 2026) ont été marqués par une fracture nette : droite et centre unanimes pour, gauche unanime contre, le groupe LIOT partagé entre vote favorable et abstentions.

Le 5 mai 2026, l'Assemblée nationale adopte en vote solennel, en première lecture, la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d'attentat : 345 voix pour, 177 contre, 13 abstentions. Le texte prolonge de 90 à 210 jours la durée maximale de rétention pour les étrangers sous OQTF jugés dangereux, et instaure une « rétention de sûreté » pour les terroristes condamnés arrivant en fin de peine. Le Rassemblement national, avec 117 voix pour et aucune contre, constitue le premier soutien numérique du texte — devant le groupe EPR (80 voix).

345
Pour
177
Contre
13
Abstentions
Résultat du vote solennel — 5 mai 2026
535 votants
345 pour64.5 % des votants
177 contre33.1 % des votants
13 abstentions2.4 % des votants

Le RN, premier soutien numérique — devant EPR

Le vote est d'une lisibilité politique totale : l'intégralité de la droite et du centre vote pour, l'intégralité de la gauche vote contre. Aucun groupe ne se divise — à l'exception des non-inscrits (1 contre sur 9) et du groupe LIOT, qui présente 11 voix pour et 10 abstentions. Le Rassemblement national (117 voix pour, 0 contre) représente à lui seul 34 % du total des voix pour, loin devant le groupe EPR (80 voix) malgré le fait que ce dernier est à l'origine du texte. La droite républicaine (DR) apporte 44 voix, Horizons 35, les Démocrates 33, l'UDDPLR 17.

Vote par groupe politique
Pour
Contre
Abstention
RN
117 pour
EPR
80 pour
LFI-NFP
67 contre
SOC
58 contre
DR
44 pour
ECOS
36 contre
HOR
35 pour
DEM
33 pour · 2 abs
LIOT
11 pour · 10 abs
UDDPLR
17 pour
GDR
15 contre · 1 abs
NI
8 pour · 1 contre

« Il y a un an et demi, Philippine a été assassinée. Elle habitait ma circonscription. J'ai alors pris l'engagement, auprès de sa famille, de défendre un texte guidé par deux principes. »

Charles Rodwell
Charles Rodwell
EPR
Yvelines (1)
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Une opposition de gauche unanime et coordonnée

Du côté des 177 voix contre, la gauche forme un bloc sans fissure : La France insoumise (67), les Socialistes (58), les Écologistes (36) et la Gauche démocrate et républicaine (15) votent à l'unisson. Leurs arguments convergent sur deux points : d'une part, la constitutionnalité du texte — le Conseil constitutionnel avait censuré un dispositif similaire en 2025 ; d'autre part, le risque d'arbitraire dans la caractérisation de la « dangerosité » qui conditionne l'extension de la rétention.

« L'article 8 bis démontre que vous êtes enfermés dans une dualité intellectuellement pauvre selon laquelle, pour avoir plus de sécurité, il faudrait moins de liberté. »

Léa Balage El Mariky
Léa Balage El Mariky
ECOS
Paris (3)
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Le RN en soutien massif — mais sans être à l'origine

Paradoxe arithmétique de ce vote : le Rassemblement national, qui avait fait de l'immigration et des OQTF l'un de ses thèmes de campagne centraux en 2022 et 2024, vote pour un texte qu'il n'a pas rédigé. C'est un député EPR qui en est l'auteur, et c'est le groupe EPR qui assure la rapporteur. Le RN, avec 117 voix, apporte néanmoins une contribution arithmétique décisive : sans lui, la majorité numérique ne serait pas atteinte. Ce vote confirme la dépendance de facto du gouvernement à l'appui ponctuel du RN sur les textes sécuritaires.

« Chers collègues de gauche et d'extrême gauche, la dangerosité, c'est de s'opposer à la rétention de sûreté, notamment pour des actes de terrorisme. »

Jordan Guitton
Jordan Guitton
RN
Aube (1)
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Ce que change la loi

🔒
Rétention étendue à 210 jours
La durée maximale de rétention administrative des étrangers sous OQTF présentant une menace à l'ordre public passe de 90 à 210 jours, plafond encadré par un contrôle du juge judiciaire.
🛡️
Rétention de sûreté antiterroriste
Les condamnés pour terrorisme arrivant en fin de peine et présentant un risque évalué de récidive peuvent faire l'objet d'une rétention de sûreté, à la demande du procureur national antiterroriste.
⚖️
Contrôle judiciaire renforcé
L'article 8 bis fixe un plafond indépassable à la durée de rétention et renforce le rôle du juge judiciaire dans l'autorisation et le renouvellement des mesures, répondant à la censure du Conseil constitutionnel de 2025.
🪪
Suivi renforcé des individus dangereux
La loi étend les obligations de pointage et de signalement pour les étrangers sous OQTF ayant fait l'objet d'une condamnation pénale, afin de prévenir les disparitions dans la nature.
À noter : Le Conseil constitutionnel avait censuré en 2025 une première version du dispositif de rétention étendue, jugée contraire aux libertés fondamentales. La rédaction 2026 intègre explicitement le plafond et le contrôle du juge (article 8 bis) pour y répondre. Les opposants considèrent que cela reste insuffisant et annoncent un recours éventuel après le vote définitif. La Commission mixte paritaire a trouvé un accord le 21 mai 2026 ; le vote final à l'Assemblée est attendu le 16 juin 2026.

Chronologie

Septembre 2024
Assassinat de Philippine à Paris par un ressortissant étranger sous OQTF, relançant le débat sur l'exécution des mesures d'éloignement.
2 décembre 2025
Dépôt de la proposition de loi Rodwell à l'Assemblée nationale.
23 mars 2026
Procédure accélérée engagée par le gouvernement.
13–17 avril 2026
Débats en hémicycle : 292 amendements examinés, vifs affrontements entre gauche et droite sur la constitutionnalité du texte et les conditions de rétention.
5 mai 2026
Vote solennel en première lecture : 345 pour, 177 contre, 13 abstentions.
21 mai 2026
Accord en commission mixte paritaire (CMP) entre l'Assemblée nationale et le Sénat.
16 juin 2026
Vote définitif attendu à l'Assemblée nationale sur le texte de la CMP.

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