Pourquoi cette loi ? Le contexte en 5 points
  • La France avait adopté en 2023 une Loi de programmation militaire (LPM) fixant 400 Md€ de dépenses de défense jusqu'en 2030. Ce projet l'actualise à la hausse.
  • Depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, les alliés de l'OTAN ont accéléré leur réarmement. La France veut tenir son engagement de 2 % du PIB consacré à la défense.
  • Le texte augmente de 36 milliards d'euros l'enveloppe initiale, portant le total à 436 Md€ sur la période 2024–2030.
  • Le budget drones passe de 5 à 8,5 Md€ ; 6 appareils A400M supplémentaires sont commandés ; les stocks de munitions sont renforcés.
  • Dès son arrivée au Sénat, l'article fixant la trajectoire budgétaire a été supprimé — le texte définitif reste à arbitrer entre les deux chambres.

Le mardi 19 mai 2026, l'Assemblée nationale a adopté à 440 voix pour et 122 contre le projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030. Un vote massif, mais qui révèle une fracture inédite à gauche : les Socialistes ont soutenu le texte aux côtés du gouvernement et du Rassemblement national, quand LFI et les Écologistes ont voté contre.

440
Pour
122
Contre
4
Abstentions
Résultat du vote solennel — 19 mai 2026
566 votants
440 pour77.7 % des votants
122 contre21.6 % des votants
4 abstentions0.7 % des votants

Le RN, premier bataillon du gouvernement

Avec 119 voix pour et zéro contre, le groupe Rassemblement national constitue le contingent le plus important en faveur du texte — devant le groupe EPR (88 pour) et les Socialistes (64 pour). Le RN a soutenu l'intégralité des articles et amendements du gouvernement sans une seule voix discordante. Ce vote confirme une tendance observée depuis plusieurs scrutins de défense : le RN, longtemps suspect de complaisance envers Moscou, cherche à afficher une ligne souverainiste et pro-armée.

Vote par groupe politique
Pour
Contre
Abstention
RN
119 pour
EPR
88 pour
LFI-NFP
71 contre
SOC
64p / 1c
DR
47 pour
ECOS
1p / 36c
DEM
37 pour
HOR
35 pour
LIOT
23 pour
GDR
0p / 14c / 3abs
UDDPLR
16 pour
NI
10 pour

La gauche se fracture sur la défense

Le vote révèle une rupture nette au sein de l'ancienne union de la gauche. La France insoumise a voté à 71 contre, 0 pour — rejetant un texte qu'elle qualifie de course à l'armement. Les Écologistes (36 contre, 1 pour) et le GDR (14 contre, 3 abstentions) ont suivi la même ligne. Mais le groupe Socialiste a fait un choix radicalement différent : 64 pour, 1 contre. La gauche réformiste a tranché : l'Europe de la défense, face à la menace russe, justifie cet engagement budgétaire.

« Si nous ne lançons pas dès aujourd'hui le programme de remplacement des Casa, une prochaine LPM ne pourra pas y pourvoir. Êtes-vous capable de réaliser un tel programme en douze ans ? Les Chinois en sont capables, la France du général de Gaulle l'était peut-être ; la France de Macron, sûrement pas ! »

Bastien Lachaud
Bastien Lachaud
LFI-NFP
Seine-Saint-Denis (6)
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L'argument géopolitique : soutenir l'Ukraine

Le débat a cristallisé autour de la Facilité européenne pour la paix — le mécanisme de financement commun qui permet à l'UE de soutenir militairement l'Ukraine. LFI avait déposé des amendements visant à réduire cet engagement. Les rapporteurs de la commission Défense ont rejeté chacun d'eux, rappelant que la France assume une responsabilité collective au sein de l'OTAN et de l'Europe.

« Vous nous demandez explicitement de cesser de financer la Facilité européenne pour la paix, le véhicule qui permet à l'Union européenne de soutenir l'Ukraine par la contribution de ses États membres. »

Jean-Louis Thiériot
Jean-Louis Thiériot
DR
Seine-et-Marne (3)
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Les Socialistes assument la rupture avec LFI

Anna Pic, rapporteuse du groupe Socialiste sur plusieurs articles, a explicitement revendiqué ce vote pro-défense comme cohérent avec la vision socialiste d'une Europe souveraine. Cette position marque une ligne de démarcation durable avec LFI au sein du Nouveau Front Populaire : pour les Socialistes, le pacifisme ne peut pas s'exercer aux dépens de la sécurité collective.

« Le groupe socialiste votera contre le sous-amendement et pour l'amendement. Une loi de programmation a vocation à tracer un chemin pour cette Europe de la défense que nous appelons, nous, de nos vœux. »

Anna Pic
Anna Pic
SOC
Manche (4)
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Ce que prévoit la loi actualisée

💶
+36 Md€ de budget
L'enveloppe totale passe de 400 à 436 milliards d'euros pour la période 2024–2030, soit une hausse de 9 %.
🚁
Drones : 8,5 Md€
Le budget consacré aux drones militaires passe de 5 à 8,5 milliards d'euros, reflétant les leçons du conflit ukrainien.
✈️
6 A400M supplémentaires
Commande de six appareils de transport militaire A400M pour renforcer la projection de forces et les évacuations.
🔫
Munitions renforcées
Augmentation significative des stocks de munitions, priorité identifiée après l'analyse du conflit en Ukraine.
🛰️
Cyber et espace
Renforcement des capacités cyber et spatiales, avec une attention particulière à la souveraineté des infrastructures sensibles.
🤝
Europe de la défense
Maintien et augmentation de la contribution française à la Facilité européenne pour la paix, qui finance le soutien militaire à l'Ukraine.
À surveiller : Le Sénat a supprimé l'article central qui gravait dans la loi la trajectoire budgétaire à 436 Md€ — invoquant le principe constitutionnel de l'annualité budgétaire. Le gouvernement doit maintenant trouver un accord entre les deux chambres pour que cet engagement reste contraignant.

Calendrier

2023
Adoption de la LPM initiale 2024–2030 : 400 Md€ de budget défense.
8 avril 2026
Dépôt du projet de loi d'actualisation au nom du ministre Lecornu.
4–18 mai 2026
Débats en séance publique à l'Assemblée nationale.
19 mai 2026
Vote solennel à l'Assemblée : 440 pour, 122 contre, 4 abstentions.
9 juin 2026
Vote solennel au Sénat prévu — avec l'article budgétaire en suspens.

Retrouvez le détail des votes de chaque député — y compris sur l'ensemble des scrutins de la LPM — sur nosparlementaires.fr. Chaque fiche de député recense ses positions sur la défense, le budget et toutes les grandes lois de la 17e législature.