- Le moustique tigre (Aedes albopictus), détecté pour la première fois en France hexagonale en 2004 dans les Alpes-Maritimes, était implanté dans 83 des 96 départements au 1er janvier 2026, selon Santé publique France.
- Il transmet la dengue, le chikungunya et le Zika. La surveillance renforcée est activée chaque année du 1er mai au 30 novembre, période d'activité de l'insecte.
- 2025 a été une année record : plus de 800 cas autochtones de chikungunya — c'est-à-dire contractés en France, sans voyage — répartis sur environ 80 foyers de transmission, du jamais-vu depuis le début de la surveillance en 2006.
- Le 5 août 2026, Santé publique France a confirmé de nouvelles transmissions locales : sept cas de chikungunya dans le Tarn et en Gironde, deux cas de dengue dans le Tarn et l'Hérault, quatre infections au virus du Nil occidental dans les Pyrénées-Orientales et les Bouches-du-Rhône.
- La lutte antivectorielle ne repose sur aucune loi dédiée : c'est un décret du 29 mars 2019 qui en a transféré la charge aux agences régionales de santé, au 1er janvier 2020.
Le moustique tigre progresse plus vite que le calendrier parlementaire. Depuis décembre 2024, députés et sénateurs ont déposé 19 questions au gouvernement sur le moustique tigre et les maladies qu'il transmet — 11 à l'Assemblée nationale, 8 au Sénat. Dix sont restées sans réponse. Sur la même période, aucun texte consacré aux maladies vectorielles n'a été inscrit à l'ordre du jour de l'une ou l'autre chambre : la seule proposition de loi en circulation a été déposée au Sénat le 26 mai 2026 et attend toujours en commission.
Onze questions de députés, cinq sans réponse
Le décompte est simple à établir dans les données ouvertes de l'Assemblée : onze questions de députés portent, depuis le 24 décembre 2024, sur le moustique tigre, le chikungunya, la dengue ou le Zika. Neuf sont des questions écrites, deux des questions au gouvernement posées dans l'hémicycle. Six ont obtenu une réponse ministérielle, cinq n'en ont jamais reçu.
La répartition géographique est plus parlante encore que la répartition politique : six des onze questions viennent de députés de La Réunion, où l'épidémie de chikungunya de 2025 a infecté plus de 100 000 personnes selon l'agence régionale de santé. Les cinq autres viennent du Vaucluse, du Var, des Pyrénées-Orientales, de l'Ardèche et de la Seine-Maritime. Le moustique tigre est présent dans 83 départements ; il n'a été porté à la tribune que par une poignée d'élus des territoires déjà frappés.
« Vingt ans après l'épidémie dramatique de 2005, les décès liés au chikungunya nous replongent dans ce souvenir douloureux. D'après l'agence régionale de santé, plus de 100 000 personnes ont été infectées, dont beaucoup souffriront de douleurs chroniques. »
Dans l'Hexagone, deux questions déposées avant la saison, toujours sans réponse
Les deux dernières questions de députés sur le sujet ont été déposées au printemps 2026, avant l'ouverture de la saison de surveillance. Le 5 mai, Vincent Trébuchet (UDDPLR, Ardèche) alertait sur la vallée du Rhône, chiffres de Santé publique France à l'appui : 269 cas de dengue, 4 de chikungunya et 1 de Zika recensés en Auvergne-Rhône-Alpes en 2024, « un niveau inédit depuis la mise en place de la surveillance renforcée », et deux cas autochtones de dengue dans la Drôme. Le 26 mai, Bénédicte Auzanot (RN, Vaucluse) posait la même question pour son département, désormais colonisé sur l'intégralité de son territoire.
Aucune des deux n'a reçu de réponse. Elles ont été publiées il y a respectivement 100 et 79 jours.
« Les habitants constatent une extension continue de la période d'activité du moustique tigre, une augmentation des densités observées et une multiplication des épisodes de fortes nuisances, y compris en journée. »
Au Sénat, huit questions et un texte qui n'a jamais été examiné
Le Sénat a déposé huit questions sur le sujet depuis mai 2024 ; trois ont reçu une réponse, cinq n'en ont pas. La plus récente illustre la remontée du moustique vers le nord : le 2 juillet 2026, Hugues Saury alertait sur le Loiret, où 56 % de la population résidait en 2025 dans une commune colonisée, avec 12 cas importés d'arboviroses et un cas autochtone de chikungunya à Orléans.
Le même jour que la question de Bénédicte Auzanot, le 26 mai 2026, le sénateur de la Somme Stéphane Demilly déposait une proposition de loi visant à prévenir les maladies vectorielles transmises par les insectes. Renvoyée à la commission des affaires sociales, elle n'a fait l'objet d'aucun amendement ni d'aucun vote. Elle tient en quatre articles.
Une politique réglementaire, pas législative
Si le Parlement n'a jamais voté de loi sur la démoustication, c'est que celle-ci relève du pouvoir réglementaire. Le décret n° 2019-258 du 29 mars 2019, pris pour l'application de l'article L. 3114-5 du code de la santé publique, a transféré la lutte antivectorielle des conseils départementaux aux agences régionales de santé au 1er janvier 2020. Depuis les arrêtés du 23 juillet 2019, tous les départements métropolitains figurent sur la liste des territoires où les moustiques constituent une menace pour la santé de la population. Les ARS peuvent déléguer la surveillance entomologique et les traitements à des opérateurs publics ou privés ; les maires restent compétents au titre de leurs pouvoirs de police sanitaire.
C'est cette gouvernance éclatée que les députés interrogent, et que le ministre de la santé de l'époque, Yannick Neuder, décrivait devant l'hémicycle au plus fort de l'épidémie réunionnaise, le 30 avril 2025.
« La lutte antivectorielle est l'affaire de tous, des parlementaires nationaux au gouvernement et aux services de l'État en passant par les élus locaux — maires, conseillers départementaux, conseillers régionaux. »
La saison finira avant la rentrée parlementaire
Entre le 1er mai et le 26 juillet 2026, Santé publique France a recensé 87 cas importés de chikungunya, 261 de dengue et 9 de Zika en France hexagonale — le réservoir à partir duquel se déclenchent les transmissions locales, dès qu'un moustique tigre pique un voyageur infecté. Les premiers foyers autochtones sont apparus début août.
La session ordinaire du Parlement reprend le premier jour ouvrable d'octobre. La surveillance renforcée, elle, s'arrête le 30 novembre. Même inscrite dès la rentrée, la proposition de loi du Sénat ne serait examinée qu'au moment où la saison du moustique se termine — et n'aurait, au mieux, d'effet que sur l'été 2027.
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