- La publicité pour les paris sportifs est autorisée en France depuis l'ouverture du marché à la concurrence, en 2010, sous le contrôle de l'Autorité nationale des jeux (ANJ).
- Le 13 février 2026, avant la Coupe du monde, l'ANJ a alerté sur une hausse de 25 % des budgets promotionnels des opérateurs et sur les deux minutes de publicité supplémentaires ouvertes à chaque match. Elle a demandé au législateur d'adopter le « whistle to whistle ban ».
- Ce dispositif, en vigueur au Royaume-Uni, interdit la publicité pour les paris à la télévision et à la radio de cinq minutes avant le coup d'envoi à cinq minutes après le coup de sifflet final.
- Une proposition de loi du Sénat sur le sport professionnel, en navette depuis mars 2025, a servi de véhicule : les députés y ont greffé neuf articles sur les paris sportifs.
- Selon l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives cité dans l'hémicycle, le pari sportif est le jeu au risque de pratique problématique le plus élevé, six fois supérieur à celui de la loterie.
- Ce jeudi 17 septembre, Addictions France publie son bilan du Mondial : 1,3 milliard d'euros misés, environ 150 millions d'euros de marketing pour les trois principaux opérateurs, neuf publicités par match en moyenne.
Le 29 juin, l'Assemblée nationale a adopté l'interdiction de la publicité pour les paris sportifs autour des matchs : cinq minutes avant le coup d'envoi, cinq minutes après le coup de sifflet final, à la télévision et à la radio. Le gouvernement y était favorable, le rapporteur non. Neuf jours plus tard, le 8 juillet, la commission mixte paritaire — sept députés, sept sénateurs, à huis clos — a supprimé l'article. La loi du 3 août 2026 compte sept articles sur les paris sportifs ; celui-là n'en fait pas partie.
Deux amendements sur l'encadrement de la publicité, deux rejets
Le même jour, l'Assemblée a écarté deux autres propositions du même auteur, Emmanuel Duplessy (Écologiste et social), par scrutin public. La première visait à encadrer le contenu des messages publicitaires — elle a été rejetée par 30 voix contre 22, avec dix abstentions du Rassemblement national. La seconde interdisait le naming des stades et des compétitions par les opérateurs de paris : 43 contre, 19 pour.
Le détail du scrutin sur l'encadrement du contenu des publicités, le 29 juin 2026 — cherchez votre député :
Sur 63 votants, la ligne de partage n'est pas celle des blocs habituels : les huit écologistes et six élus de La France insoumise votent pour, les Démocrates se divisent (sept contre, trois pour), le groupe Socialistes du rapporteur vote majoritairement contre (six contre, deux pour), et le Rassemblement national s'abstient en bloc.
« Vous proposez d'encadrer la publicité en faveur des paris sportifs (…). Cet ensemble de propositions me semble excessif. Les opérateurs de paris sportifs sont des acteurs majeurs dans le modèle économique du sport professionnel français (…). Il ne faut pas les étouffer. »
Le gouvernement disait oui, le rapporteur disait non, les députés ont voté oui
L'amendement sur les cinq minutes, lui, est passé. En défendant son texte, Emmanuel Duplessy visait le pic d'audience : « au moment des grandes retransmissions sportives (…), l'ensemble de la famille, y compris les enfants et les adolescents, est devant la télévision ». La ministre des Sports Marina Ferrari a répondu que le dispositif « paraît être une position de bon sens » et a donné un avis favorable, contre l'avis du rapporteur Belkhir Belhaddad. L'amendement a été adopté à main levée — il n'y a donc pas de liste nominative des députés qui l'ont soutenu.
« Alors que cette mesure faisait consensus pour lutter contre les dérives publicitaires des sites de paris sportifs : la suppression par la CMP du whistle-to-whistle ban, défendu par mon collègue Emmanuel Duplessy. Certains ont préféré plier face à Winamax et Betclic, plutôt que d'entendre les avis des médecins, des associations et des rapports parlementaires. »
Un texte final adopté par 359 voix, sans le dispositif
Le 20 juillet, l'Assemblée a adopté le texte de la commission mixte paritaire par 359 voix contre une, avec 81 abstentions ; le Sénat a suivi le lendemain par 342 voix, sans opposition. La loi sur le sport professionnel était promulguée le 3 août.
Les abstentions viennent de la gauche : La France insoumise (52), les communistes du groupe GDR (15) et une partie du groupe UDR (13). Le Rassemblement national, premier contingent de « pour » avec 106 voix, a voté le texte sans réserve.
« Elle multiplie les dispositions de détail sur des sujets qui ne constituent pas, pour beaucoup, les difficultés prioritaires de notre football. Je m'interroge notamment (…) sur la suppression des recettes liées aux paris sportifs sans compensation clairement identifiée. »
Ce que la loi garde, ce qu'elle a laissé tomber
Deux propositions de loi dorment en commission
Deux textes spécifiquement consacrés à la publicité pour les paris sportifs attendent à l'Assemblée. Le premier, déposé le 9 juin 2026 par Emmanuel Duplessy, vise à l'encadrer ; le second, déposé le 23 juin par Carlos Martens Bilongo (La France insoumise), à l'interdire. Tous deux ont été renvoyés à la commission des affaires culturelles le jour même de leur dépôt. Aucun n'a été inscrit à l'ordre du jour depuis : cent jours pour le premier, quatre-vingt-six pour le second.
Le contrôle par questions écrites n'a pas mieux fonctionné. Depuis décembre 2025, huit députés ont interrogé le gouvernement sur le marketing des opérateurs et la publicité pour les jeux d'argent — de l'écologiste Emmanuel Duplessy à la macroniste Marie-Pierre Rixain, qui a déposé la sienne le 21 juillet, au lendemain du vote final. Une seule a reçu une réponse.
La session ordinaire reprend le 1er octobre. Pour savoir ce que votre député a voté sur ces amendements, ouvrez sa fiche : chaque scrutin y est détaillé, position par position. Vous pouvez aussi suivre la loi sur le sport professionnel ou parcourir tous les travaux parlementaires sur les paris sportifs.