- Le 27 septembre 2026, le Tarn-et-Garonne renouvelle ses deux sièges de sénateur, au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Les 758 grands électeurs du département votent, pas les habitants.
- Douze candidats ont déposé un dossier en préfecture, dont les deux sortants, François Bonhomme et Pierre-Antoine Levi.
- Brigitte Barèges a été maire de Montauban de 2001 à 2024 et députée du département de 2002 à 2012, puis de juillet 2024 à juillet 2025.
- Le 11 juillet 2025, le Conseil constitutionnel a annulé son élection de 2024, l'a déclarée inéligible pour un an et démissionnaire d'office de son mandat de députée.
- Cette inéligibilité a pris fin le 11 juillet 2026, deux mois avant le dépôt des candidatures.
- Elle se présente sous la nuance Union des droites pour la République. Le Rassemblement national, dont la presse locale annonçait le soutien en mai, a investi en juillet son propre candidat.
Brigitte Barèges n'a pas de fiche de parlementaire sur ce site, et c'est la conséquence directe d'une décision de justice : depuis l'annulation de son élection, l'Assemblée nationale l'a retirée de ses données ouvertes, et avec elle ses votes, ses amendements et ses questions écrites. Il reste pourtant une trace complète de son année de mandat, dans les comptes rendus de séance : 188 prises de parole, réparties sur 28 jours de séance, du 29 octobre 2024 au 26 juin 2025. La dernière, la plus longue, est aussi la plus singulière. Ce jour-là, quinze jours avant la décision qui allait la priver de son siège, Brigitte Barèges était rapporteure d'une proposition de loi sur l'inéligibilité.
Ce que dit exactement la décision du 11 juillet 2025
La décision porte le numéro 2025-6549 AN. Elle sanctionne une irrégularité du compte de campagne de la candidate aux législatives de 2024, compte que la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques avait rejeté le 10 mars 2025. Le Conseil constitutionnel a retenu que deux collaborateurs du cabinet de la mairie de Montauban, qu'elle dirigeait alors, avaient participé à sa campagne sur leur temps de travail, sans congé ni mise en disponibilité. Un tel concours constitue un avantage en nature consenti par une personne morale, que l'article L. 52-8 du code électoral interdit.
Le Conseil a jugé le manquement d'une « particulière gravité », s'agissant d'une règle que la candidate ne pouvait ignorer, et a prononcé un an d'inéligibilité. En application de l'article L.O. 136-1 du code électoral, cette inéligibilité a emporté sa démission d'office du mandat de députée, et l'élection de la 1re circonscription du Tarn-et-Garonne a été annulée. Une décision du Conseil constitutionnel en matière de contentieux électoral n'est susceptible d'aucun recours : elle est définitive le jour où elle est rendue.
L'élection annulée avait été serrée. Selon les résultats officiels, Brigitte Barèges l'avait emportée le 7 juillet 2024 au second tour avec 32 394 voix, soit 51,25 %, devant la socialiste Valérie Rabault (30 813 voix, 48,75 %). Au premier tour, elle était arrivée en tête avec 43,93 %. C'est le siège aujourd'hui occupé par Pierre-Henri Carbonnel ; la seconde circonscription du département est représentée par Marine Hamelet.
Une année de mandat, 188 prises de parole
Faute de votes nominatifs conservés, la séance publique est la seule mesure disponible de son activité de députée. Elle est loin d'être négligeable : 188 interventions en huit mois de session, dont 40 en qualité de rapporteure. Deux sujets concentrent près de la moitié du total — le narcotrafic, texte sur lequel le groupe UDR s'est fortement investi au printemps 2025, et l'éligibilité.
Le reste dessine un profil d'élue locale doublée d'une ancienne avocate. Elle interpelle le gouvernement sur la fermeture du site du semencier Lidea à Caussade, sur l'annulation par le tribunal administratif de Toulouse de l'autorisation de l'autoroute A69, sur les nouvelles attestations exigées des céréaliers au titre de la politique agricole commune. Elle intervient aussi sur la dépendance, les soins palliatifs, le droit à l'aide à mourir et la justice des mineurs.
« Cette décision entraîne la suppression de quatre-vingt-un emplois dont soixante dans mon département, le Tarn-et-Garonne. La fermeture de ce site est due à un retournement du marché européen : recul des productions de semences de 28 % dans le Sud-Ouest en 2024. »
Question orale sans débat sur la fermeture du site Lidea de Caussade, séance du 4 février 2025.
Rapporteure d'un texte sur l'inéligibilité, quinze jours avant la décision
Le 26 juin 2025, l'Assemblée examine, dans la journée réservée au groupe UDR, une proposition de loi « visant à protéger l'effectivité du droit fondamental d'éligibilité ». Le texte vise l'exécution provisoire des peines d'inéligibilité prononcées par une juridiction pénale : il propose d'en suspendre les effets tant que la condamnation n'est pas définitive. Il est déposé trois mois après la condamnation de Marine Le Pen en première instance. Brigitte Barèges en est la rapporteure ; elle défend le texte pendant toute la journée, 40 des 42 interventions comptabilisées ce jour-là sur ce sujet étant les siennes.
« Il s’agit non pas de gommer une peine, mais d’en suspendre les effets jusqu’à ce qu’elle soit éventuellement prononcée de manière définitive. C’est tout simplement une question de justice et de respect des droits les plus fondamentaux. »
Discussion générale, en qualité de rapporteure, séance du 26 juin 2025.
Le texte n'a pas survécu à la journée. Les amendements de suppression de son article unique, déposés par les groupes de gauche et soutenus par une large partie du bloc central, ont été adoptés par 180 voix contre 118. Le Rassemblement national (102 voix contre) et le groupe UDR (14 voix contre) ont voté contre la suppression ; les groupes socialiste, insoumis, écologiste, communiste, mais aussi l'essentiel d'Ensemble pour la République, des Démocrates et de Horizons ont voté pour.
Trois mois plus tôt, le 2 avril 2025, elle avait déjà pris la parole sur ce terrain lors des questions au gouvernement, en racontant sa propre condamnation par le tribunal correctionnel de Toulouse en février 2021, qui lui avait coûté ses mandats de maire, de présidente d'agglomération et de conseillère départementale. Elle affirmait alors que la cour d'appel avait « balayé ce jugement ».
« Je mesure, pour l’avoir vécu, ce qu’elle ressent de cette épreuve brutale : l’humiliation, le sentiment d’injustice, la désespérance. Il faut réformer l’exécution provisoire en matière électorale. »
Question au premier ministre, séance du 2 avril 2025. Les termes rapportés sur sa condamnation de 2021 et son issue en appel sont ceux qu’elle a employés dans l’hémicycle.
Douze candidats, deux sièges, et un soutien retiré
Le 13 mai 2026, La Dépêche du Midi annonçait sa candidature aux sénatoriales avec l'investiture du Rassemblement national. Le 10 juillet à Moissac, le RN a finalement investi Quentin Lamotte, conseiller régional d'Occitanie et directeur de cabinet du maire de Moissac, qui met en avant l'objectif d'un groupe RN au Sénat — il faut dix élus, le parti en compte trois. L'alliance nationale entre le RN et l'UDR n'a donc pas produit de candidature commune en Tarn-et-Garonne : les deux formations présentent chacune la leur. Brigitte Barèges a déposé son dossier le 11 septembre avec pour remplaçant Jean-Marc Raspide, élu d'opposition à Verdun-sur-Garonne.
Les deux sortants, eux, se représentent. François Bonhomme, apparenté au groupe Les Républicains, secrétaire du Sénat et membre de la commission des lois, avait été réélu en 2020 au second tour avec 378 voix (51,85 %). Pierre-Antoine Levi, du groupe Union centriste, avait été élu la même année avec 242 voix, soit une seule de plus que le candidat radical de gauche. Dans un collège de 758 grands électeurs dont l'immense majorité sont des délégués des conseils municipaux — le département compte 195 communes —, cette poignée de voix résume l'enjeu.
| Candidat | Nuance | Qualité |
|---|---|---|
| Gérard Craïs | Parti socialiste | Maire d’Auty |
| Pierre-Antoine Levi | Union centriste | Sénateur sortant |
| David Pellicer | La France insoumise | Enseignant à Montauban |
| Anne Ius | Parti radical de gauche | Conseillère départementale |
| Jean-François Grilhault des Fontaines | Droite souverainiste | Déjà candidat en 2020 |
| Cécile Roblin | Les Écologistes | Conseillère municipale de Montauban |
| Jean-Philippe Bésiers | Divers centre | Maire de Castelsarrasin |
| Quentin Lamotte | Rassemblement national | Conseiller régional d’Occitanie |
| François Bonhomme | Divers droite | Sénateur sortant |
| Rodolphe Portolès | Parti communiste français | Conseiller régional d’Occitanie |
| Brigitte Barèges | Union des droites pour la République | Ancienne maire de Montauban |
| Thierry Delsol | Divers | Maire de Mansonville |
La gauche se présente en ordre dispersé : Gérard Craïs pour le Parti socialiste, maire d'Auty et trésorier de l'Association des maires de France, David Pellicer pour La France insoumise, Cécile Roblin pour Les Écologistes, Rodolphe Portolès pour le Parti communiste et Anne Ius pour le Parti radical de gauche, qui rappelle qu'aucune femme n'a jamais été sénatrice du Tarn-et-Garonne. Au centre, le maire de Castelsarrasin Jean-Philippe Bésiers se lance en assurant : « Je ne suis contre personne. Je ne suis le bras armé de personne. »
Sa fiche de candidate et celles de ses onze concurrents, avec le détail du collège électoral et l'historique des scrutins sénatoriaux du département, sont réunies sur notre page Tarn-et-Garonne. Nous les mettons à jour jusqu'au 27 septembre.