Pourquoi cette mesure existe : le contexte en cinq points
  • À la retraite, les femmes touchent en moyenne des pensions inférieures de 38 % à celles des hommes avant réversion, un écart rappelé dans l'hémicycle le 12 novembre 2025 par la présidente de la délégation aux droits des femmes.
  • La cause est connue : carrières interrompues, temps partiels, années à bas salaire liées à la maternité, qui plombent le calcul de la pension établi sur les 25 meilleures années.
  • Au printemps 2025, le « conclave » sur les retraites entre syndicats et patronat propose deux correctifs pour les mères. Le gouvernement les reprend à l'article 45 du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.
  • Le premier correctif ramène la période de référence à 24 années pour les mères d'un enfant et 23 années pour celles de deux enfants ou plus. Le second fait compter jusqu'à deux trimestres de majoration pour enfant comme des trimestres « cotisés », pour l'accès au départ anticipé en carrière longue.
  • Les deux mesures ne s'appliquent pas seules : la loi renvoie leur contenu à un décret en Conseil d'État. Sans ce décret, rien ne change pour personne.

L'article 45 du budget de la Sécurité sociale pour 2026 a été adopté par l'Assemblée nationale le 12 novembre 2025 par 389 voix pour et aucune contre. Les douze groupes ont voté pour, du Rassemblement national à La France insoumise. Le décret qui rend la mesure applicable a été publié au Journal officiel le 31 juillet 2026, soit 261 jours plus tard, et ne concerne que les pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026. Entre les deux, trois députés de trois groupes différents ont dû écrire au ministre du travail pour demander où en était le texte.

389
Pour
0
Contre
261
Jours avant le décret

Un vote sans une seule voix contre

Les votes unanimes sont rares à l'Assemblée depuis 2024. Celui-ci en est un : 389 votants, 389 pour, zéro contre, zéro abstention. Dans le détail par groupe, le Rassemblement national apporte 80 voix, le groupe Socialistes 60, Ensemble pour la République 56, La France insoumise 43, la Droite républicaine 30, Horizons 27, les Démocrates 26, les Écologistes 24, LIOT 15, l'UDR 12 et la Gauche démocrate et républicaine 6, auxquelles s'ajoutent 10 non-inscrits. Sur le même article, l'amendement du gouvernement qui étend aux femmes fonctionnaires une bonification d'un trimestre par enfant né depuis 2004 a été adopté dans les mêmes conditions, par 384 voix et aucune contre.

« Aujourd'hui encore, en France, l'écart entre le montant des pensions des hommes et celui des femmes est de 38 %. Ce n'est pas une fatalité ; c'est un choix de société. »

Véronique Riotton
Véronique Riotton
EPR
Haute-Savoie (1)
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L'unanimité tient à la nature du texte : il ne tranche aucun des sujets qui divisent l'Assemblée sur les retraites, ni l'âge de départ, ni le financement. Il corrige une règle de calcul au bénéfice des mères, en reprenant un compromis négocié entre syndicats et patronat. Le débat, ce jour-là, a d'ailleurs porté davantage sur ce que l'article ne fait pas que sur ce qu'il fait. Sur les bancs de la Droite républicaine comme sur ceux de la gauche, l'argument est le même : le rattrapage intervient à la fin d'une carrière déjà inégalitaire.

« La retraite des femmes, en 2023, ne représentait encore que 64,8 % de celle des hommes, 77,2 % si l'on y ajoute les dispositifs de droits familiaux et conjugaux. »

Thibault Bazin
Thibault Bazin
DR
Meurthe-et-Moselle (4)
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Le point de bascule : « le nombre de trimestres sera fixé par décret »

Le jour du vote, la rapporteure du texte pour l'assurance vieillesse, Sandrine Runel, décrit précisément le mécanisme : la loi pose le principe, le pouvoir réglementaire écrit le contenu. C'est ce renvoi au décret qui explique la suite. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a été promulguée le 30 décembre 2025 ; les deux décrets d'application ont été publiés au Journal officiel le 31 juillet 2026, sept mois plus tard.

« Le nombre de trimestres sera fixé par décret, et le gouvernement a indiqué qu'il serait de deux trimestres par femme. Nous nous en réjouissons. »

Sandrine Runel
Sandrine Runel
SOC
Rhône (4)
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Trois députés ont relancé le gouvernement par écrit

Entre la promulgation et la publication du décret, la trace parlementaire tient en trois questions écrites, déposées par trois groupes différents et toutes intitulées autour du même mot : décret.

Dans ses réponses d'avril et de juin, le ministère du travail justifie le délai par la complexité technique : la mesure touche le régime général mais aussi les salariés et non-salariés agricoles, les travailleurs indépendants, le régime des cultes, Mayotte et Saint-Pierre-et-Miquelon, et sa préparation « a requis des échanges avec les différentes caisses de retraite ». Le même ministère estime que le nouveau calcul permettra « à plus de la moitié des femmes » de percevoir une pension plus élevée.

Ce que la mesure change concrètement

📉
24 années au lieu de 25
Pour une mère d'un enfant, la pension de base est calculée sur les 24 meilleures années de salaire, ce qui écarte du calcul l'année la moins bien payée.
📉
23 années à partir de deux enfants
L'avantage est plafonné là : deux, trois ou cinq enfants ouvrent le même droit, une limite critiquée par les associations familiales.
⏳
Deux trimestres « cotisés »
Jusqu'à deux trimestres de majoration pour maternité comptent désormais pour l'accès au départ anticipé en carrière longue, ouvert entre 58 et 63 ans.
🏛️
Les fonctionnaires alignées
Un amendement du gouvernement, voté par 384 voix et aucune contre, crée une bonification d'un trimestre par enfant né depuis 2004 pour les femmes fonctionnaires et militaires.
À noter : le décret ne vaut que pour les pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026. Une mère partie à la retraite le 1er août 2026 reste calculée sur 25 années, sans rattrapage. Et selon la presse spécialisée, les premiers dossiers de septembre n'ont pas été traités avec la nouvelle règle : l'Assurance retraite annonce une mise à jour de ses systèmes d'information « dans les semaines qui viennent », suivie d'une reprise automatique des dossiers, sans calendrier public.

Une mesure votée, un débat qui ne s'arrête pas là

Les députés qui ont voté cet article ont pris soin, le même jour, d'en dire les limites. Le groupe Socialistes a parlé de « correctifs » intervenant à la fin d'un parcours professionnel déjà inégalitaire, en citant le Conseil d'orientation des retraites : le revenu salarial des femmes restait inférieur de plus de 22 % à celui des hommes en 2023. Le point commun des interventions, à droite comme à gauche, est de renvoyer au salaire, pas à la pension. Le sujet revient mécaniquement dans le budget de la Sécurité sociale pour 2027, dont l'examen s'ouvre à l'Assemblée à l'automne.

Printemps 2025
La délégation paritaire permanente, le « conclave » retraites, propose d'améliorer la prise en compte des enfants dans le calcul des pensions.
12 novembre 2025
L'Assemblée adopte l'article 45 du budget de la Sécurité sociale par 389 voix contre zéro, lors de la séance du 12 novembre.
30 décembre 2025
Promulgation de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Le contenu de la mesure est renvoyé à un décret en Conseil d'État.
21 avril, 2 juin, 14 juillet 2026
Trois questions écrites de députés Horizons, Droite républicaine et Démocrates réclament la publication du décret.
31 juillet 2026
Les décrets paraissent au Journal officiel, 261 jours après le vote.
1er septembre 2026
Entrée en vigueur pour les pensions prenant effet à cette date. Les caisses annoncent un traitement différé des premiers dossiers.

Vous voulez savoir ce que votre député a voté ce jour-là ? Le détail nominatif du scrutin est consultable dans le widget ci-dessus, et l'ensemble du texte sur notre page du budget de la Sécurité sociale pour 2026. Pour interpeller un élu sur l'application de la mesure, chaque fiche de député comporte un bouton de contact direct.