Pourquoi ce texte ? Le contexte en 5 points
  • Après le scandale de Notre-Dame de Bétharram — un établissement catholique des Pyrénées-Atlantiques où des violences physiques et sexuelles ont été révélées —, une commission d'enquête parlementaire sur les violences en milieu scolaire a été créée. Ses co-rapporteurs, Paul Vannier (LFI) et Violette Spillebout (EPR), ont documenté des faits s'étalant sur des décennies, dans le public comme dans le privé, et formulé une cinquantaine de recommandations.
  • La proposition de loi « visant à protéger les enfants et à lutter contre les violences en milieu scolaire », portée par Violette Spillebout et inscrite dans la niche parlementaire du groupe Ensemble pour la République (EPR), traduit une partie de ces recommandations.
  • Elle renforce et rend publics les contrôles des établissements, oblige à informer les employeurs des antécédents judiciaires des personnels, étend la protection au périscolaire et pose le principe d'une réparation pour les victimes.
  • Point le plus disputé : l'article 2 créait un fonds d'indemnisation et d'accompagnement des victimes. En séance, le gouvernement l'a remplacé par un simple rapport évaluant « l'opportunité » d'un tel fonds sous six mois.
  • Autre ligne de fracture : les articles 7 et 8 renforcent la transparence des contrôles et des sanctions visant l'enseignement privé — dont l'enseignement catholique —, que la droite et le RN ont dénoncés comme une « stigmatisation ». Le texte, examiné en procédure accélérée, part désormais au Sénat.

C'est un vote rare : 187 voix pour, aucune contre. Le 1er juin 2026, peu avant minuit, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité la proposition de loi visant à protéger les enfants et à lutter contre les violences en milieu scolaire. Un consensus de façade : pendant les heures de débat qui l'ont précédé, la mesure la plus attendue du texte — un fonds d'indemnisation des victimes — a été vidée de sa substance, et la question du contrôle de l'enseignement privé a rouvert une fracture classique entre la gauche d'un côté, la droite et le RN de l'autre.

187
Pour
0
Contre
0
Abstention
Résultat du vote final — 1er juin 2026
187 votants
187 pour100 % des votants
0 contreaucune voix contre
0 abstentionaucune abstention

Un texte né du scandale Bétharram

La proposition de loi est l'aboutissement d'un an de travail parlementaire. La commission d'enquête sur les violences en milieu scolaire, ouverte après les révélations sur l'établissement catholique de Notre-Dame de Bétharram, a auditionné des victimes, des responsables administratifs et religieux, et remis un rapport assorti d'une cinquantaine de recommandations. Sa rapporteure, Violette Spillebout (EPR), a fait du texte une traduction législative de ce travail : reconnaissance de la responsabilité de l'État, renforcement des contrôles, information systématique sur les antécédents judiciaires des adultes encadrants.

« Il tend à reconstituer la chaîne de responsabilités : celle de l'agresseur, celle des établissements qui n'ont pas contrôlé ce qui se passait en leur sein, enfin celle de la puissance publique. »

Violette Spillebout
Violette Spillebout
EPR
Nord (9)
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Sur le principe, l'unanimité est totale : les onze groupes de l'hémicycle, de La France insoumise au Rassemblement national, ont voté pour. Aucune voix contre, aucune abstention. La France insoumise a apporté le plus gros contingent de voix (49), devant EPR (32) et le RN (25).

Vote final par groupe — l'unanimité de l'hémicycle
Pour
Contre
Abstention
LFI-NFP
49 pour
EPR
32 pour
RN
25 pour
SOC
20 pour
DR
13 pour
ECOS
12 pour
HOR
11 pour
UDDPLR
9 pour
DEM
7 pour
LIOT
6 pour
GDR
3 pour

Le fonds d'indemnisation transformé en rapport

C'est sur l'article 2 que le consensus s'est fissuré. Le texte prévoyait initialement la création d'un fonds d'indemnisation et d'accompagnement des victimes — une des demandes phares de la commission d'enquête. En séance, le gouvernement a déposé un amendement (n° 183) remplaçant ce fonds par la remise, sous six mois, d'un rapport évaluant « l'opportunité » de le créer. L'amendement a été adopté par 63 voix contre 53, et l'alignement est frappant : le bloc gouvernemental (EPR, Horizons, Démocrates), la droite (DR) et le Rassemblement national ont voté pour la suppression du fonds ; la gauche entière (LFI, Socialistes, Écologistes, GDR) a voté contre.

Le vote qui a divisé : l'amendement du gouvernement transformant le fonds en rapport (art. 2)
Pour
Contre
Abstention
LFI-NFP
38 contre
EPR
30 pour
RN
15 pour
SOC
9 contre + 1 abs
HOR
8 pour
DR
5 pour
ECOS
5 contre
DEM
3 pour + 1 abs
UDDPLR
2 pour
GDR
1 contre
LIOT
1 abs

Pour la socialiste Fatiha Keloua Hachi, la manœuvre est incompréhensible venant de la majorité : « Le gouvernement est en train de déshabiller sa propre proposition de loi, qu'il dépose dans sa propre niche. » À gauche, on dénonce le remplacement d'un droit concret par une promesse d'étude.

« Nous devons apporter une réponse républicaine aux victimes [...]. C'est le sens de l'article 2, que votre amendement réécrit et transforme fondamentalement. »

Paul Vannier
Paul Vannier
LFI-NFP
Val-d'Oise (5)
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La droite assume l'inverse. Xavier Breton (DR), qui avait déposé un amendement de suppression pure et simple du fonds avant de le retirer, a justifié son soutien au gouvernement par la nécessité de bâtir l'indemnisation « sur des bases juridiques solides » et de préciser son articulation avec les fonds existants. Un argument technique qui a suffi à faire basculer le vote.

La bataille de l'enseignement privé

La seconde ligne de fracture porte sur les articles 7 et 8, qui renforcent les contrôles des établissements privés sous contrat et rendent publiques les sanctions prononcées à leur encontre. La droite et le RN y ont vu une attaque contre l'enseignement catholique. Roger Chudeau (RN) a multiplié les amendements de suppression, dénonçant un dispositif de « name and shame » et la « stigmatisation de l'enseignement privé sous contrat ».

« Avec l'article 7, nous entamons un autre sujet législatif : le contrôle de l'enseignement privé. Le contrôle, ou même la mise sous tutelle de l'enseignement privé ! »

Roger Chudeau
Roger Chudeau
RN
Loir-et-Cher (2)
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Sur ces articles, les votes ont été serrés et les positions inversées par rapport au fonds : la gauche et une partie de la majorité ont défendu la transparence des contrôles, tandis que la droite et le RN cherchaient à la limiter. La rapporteure a tenu bon, rappelant que la publication des contrôles vise à « garantir que tous les établissements ont fait l'objet d'un contrôle » et qu'aucun « ne peut y échapper ».

Ce que change la loi

🛡️
Reconnaissance de la responsabilité de l'État
La nation reconnaît que des violences ont pu être commises et se perpétuer en milieu scolaire du fait d'une carence du contrôle imputable à l'État.
🔎
Contrôles renforcés et rendus publics
Tout établissement, public comme privé sous contrat, doit être contrôlé sur un cycle de cinq ans ; les sanctions administratives prononcées deviennent consultables.
📋
Information sur les antécédents
Les employeurs — y compris dans le périscolaire — sont informés des sanctions et inscriptions au fichier judiciaire concernant les adultes au contact des enfants.
📝
Fonds d'indemnisation… reporté
Le fonds prévu pour les victimes a été remplacé par un rapport, à remettre sous six mois, évaluant l'opportunité de le créer. Rien n'est garanti à ce stade.
À noter : l'unanimité du vote final masque deux clivages bien réels. Sur le fonds d'indemnisation, le Rassemblement national a voté avec la macronie et la droite pour le transformer en rapport, contre l'ensemble de la gauche. C'est cette majorité de circonstance — et non l'unanimité affichée à la fin — qui a scellé le sort de la mesure la plus attendue par les victimes.

Chronologie

2025
Le scandale de Notre-Dame de Bétharram éclate. Une commission d'enquête parlementaire sur les violences en milieu scolaire est créée, avec Paul Vannier (LFI) et Violette Spillebout (EPR) pour co-rapporteurs.
Début 2026
La commission remet son rapport et une cinquantaine de recommandations. Violette Spillebout dépose une proposition de loi traduisant une partie de ces mesures.
31 mai – 1er juin 2026
Examen en séance publique. Le gouvernement fait adopter l'amendement transformant le fonds d'indemnisation en rapport (63 pour, 53 contre).
1er juin 2026
L'Assemblée adopte l'ensemble du texte en première lecture, à l'unanimité : 187 voix pour, 0 contre.
Prochaine étape
Le texte, examiné en procédure accélérée, est transmis au Sénat.

Au terme du débat, Paul Vannier avait résumé l'enjeu d'une formule : « Enfant, du latin infans : celui qui n'a pas la parole. Nous, députés, avons le pouvoir de la leur rendre. » Reste à savoir si le fonds d'indemnisation, aujourd'hui réduit à un rapport, la leur rendra vraiment. Consultez la fiche complète du texte et les profils des député·es qui l'ont façonné sur NosParlementaires.