- Le 24 février 2022, la Russie envahit l’Ukraine. Quatre ans et demi plus tard, la guerre se poursuit et l’Europe cherche à garantir la sécurité de Kiev dans la perspective d’un accord de paix.
- La « coalition des volontaires », lancée début 2025 par la France et le Royaume-Uni, réunit 37 pays prêts à renforcer leur aide militaire et à offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine.
- Ce lundi 13 juillet, 25 chefs d’État et de gouvernement — dont Volodymyr Zelensky — se retrouvent aux Invalides pour un sommet de la coalition, rejointe par la Moldavie et la Macédoine du Nord.
- Le 14 juillet, Volodymyr Zelensky est l’invité d’honneur du défilé : près de 500 militaires des pays de la coalition ouvriront la descente des Champs-Élysées.
- L’Assemblée nationale ne s’est prononcée qu’une seule fois sur le soutien à l’Ukraine : une résolution européenne votée le 12 mars 2025, qui appelle notamment à saisir les quelque 235 milliards d’euros d’avoirs russes gelés.
- Depuis, deux votes ont mesuré le rapport de force sur la défense : l’approbation de la stratégie de défense nationale en décembre 2025, puis l’adoption définitive de la loi de programmation militaire actualisée en juillet 2026.
Volodymyr Zelensky sera l’invité d’honneur du défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées, au lendemain d’un sommet de la coalition des volontaires réunissant 25 dirigeants aux Invalides. Derrière l’image d’unité, les scrutins de l’Assemblée nationale racontent autre chose : la seule résolution consacrée au renforcement du soutien à l’Ukraine, votée le 12 mars 2025, n’a recueilli que 288 voix sur 474 votants — le Rassemblement National s’est abstenu en bloc et La France insoumise a voté contre.
Mars 2025 : le seul vote « Ukraine » de la législature
Le 12 mars 2025, l’Assemblée adopte la résolution européenne appelant au renforcement du soutien à l’Ukraine, déposée par le député LIOT Laurent Mazaury. Le texte invite l’Union européenne à saisir « sans délai » les avoirs russes gelés pour financer le soutien militaire à la résistance ukrainienne et la reconstruction du pays, et ouvre la porte à une perspective d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Les 288 voix pour dessinent un arc qui va de la gauche non communiste — 46 socialistes, 34 écologistes — au socle central (81 EPR, 36 Démocrates, 33 Horizons) et à la Droite Républicaine (28 voix).
« Mes chers collègues, en votant cette résolution, c’est la France, la paix et la liberté que vous défendrez. »
Au Rassemblement National, aucune voix pour, aucune voix contre : les 114 députés du groupe présents se sont tous abstenus, imités par les 12 votants du groupe UDR d’Éric Ciotti. Marine Le Pen avait justifié ce refus de voter le texte par la clause sur l’adhésion de l’Ukraine à l’UE et par l’opposition de son groupe à la saisie des avoirs russes, jugée contraire au droit international. Une position d’équilibriste résumée par la profession de foi du député RN Marc de Fleurian en séance — accueillie, note le compte rendu, par « exclamations et rires » sur les bancs du bloc central.
« Le RN soutient l’Ukraine depuis le premier jour de l’invasion. »
À l’autre extrémité de l’hémicycle, La France insoumise a fourni l’essentiel des 54 voix contre (45), rejointe par 9 députés communistes et ultramarins du groupe GDR. Les insoumis dénoncent une logique de réarmement et plaident pour une voie diplomatique, quand les communistes refusaient spécifiquement la saisie des avoirs gelés.
« Cette résolution fait de la guerre, de la poursuite de la guerre et de la préparation de la prochaine guerre, l’option favorite du gouvernement, qui soutient le texte. »
Décembre 2025 : le RN bascule sur la défense
Neuf mois plus tard, le 10 décembre 2025, le gouvernement de Sébastien Lecornu sollicite un vote sur sa déclaration relative à la stratégie de défense nationale (article 50-1 de la Constitution), qui prévoit 6,7 milliards d’euros supplémentaires pour les armées en 2026. Le résultat est sans appel : 411 voix pour, 88 contre, 22 abstentions. Et la carte des soutiens s’est inversée par rapport à mars : le RN, abstentionniste sur l’Ukraine, apporte cette fois le premier contingent de voix pour (101), devant EPR (86).
Dans le même mouvement, les écologistes font le chemin inverse : favorables à la résolution Ukraine en mars (34 voix pour), ils s’abstiennent massivement en décembre (22 abstentions, 4 contre, 3 pour), refusant de cautionner une hausse des crédits militaires sans débat budgétaire. Seule constante d’un vote à l’autre : La France insoumise (71 contre) et les communistes (12 contre) votent contre, tandis que les socialistes (68 pour) restent dans le camp du soutien.
Juillet 2026 : la LPM actualisée, adoptée avec les voix du RN
Le troisième jalon est le seul à engager réellement des crédits : le 1er juillet 2026, l’Assemblée adopte définitivement le projet de loi actualisant la programmation militaire pour 2024-2030, par 375 voix contre 113. Là encore, le RN (97 pour) vote avec le socle gouvernemental et la Droite Républicaine, tandis que la gauche se divise : les socialistes votent pour (46), les insoumis (62), les écologistes (36) et les communistes (14) votent contre — un partage que nous avions détaillé au lendemain du vote.
En trois scrutins, la géographie parlementaire du « soutien à l’Ukraine » s’est donc déplacée : unanimité impossible en mars 2025 sur le volet le plus politique (avoirs russes, adhésion à l’UE), majorités larges dès qu’il s’agit de réarmement national — le RN votant les crédits militaires qu’il refusait d’adosser à la cause ukrainienne.
Pour savoir comment votre député a voté sur la résolution Ukraine, la stratégie de défense ou la LPM, consultez sa fiche sur NosParlementaires.fr : chaque scrutin y est détaillé, position par position.