Question écrite
✓ Répondue le 07/07/2026
femmes
Spécificité du traitement des maladies cardiovasculaires chez les femmes
Posée le 07/10/2025 • Ministère interrogé : Ministère du travail, de la santé, des solidarités et des familles
Bastien Lachaud LFI-NFP
Député — Seine-Saint-Denis (6)
La question
M. Bastien Lachaud interroge Mme la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles sur la prévention, la détection et le traitement des maladies cardiovasculaires chez les femmes. En effet, longtemps considérées comme des pathologies à prédominance masculine, les modèles de compréhension, de diagnostic, de traitement et de prévention à destination du grand public se sont fait à partir de modèles masculins. Cela a conduit à une mauvaise connaissance des spécificités féminines sur les facteurs de risque comme sur les symptômes. Or les symptômes et les signaux d'alerte ne sont pas exactement les mêmes chez les femmes que chez les hommes, ils sont moins connus, moins identifiés des victimes comme des praticiens et conduisent à des prises en charge tardives, donc des pertes de chances considérables. Ainsi, les facteurs hormonaux comme ceux liés à la ménopause, des pathologiques féminines comme l'endométriose, le SOPK ou à une contraception hormonale, ont été moins étudiés et pris en compte dans la prévention. De même que les conséquences du tabac et du diabète qui n'ont pas les mêmes conséquences sur les femmes que sur les hommes. Plus encore, la méconnaissance des spécificités féminines a conduit à nombre de mauvais diagnostics, y compris liés à des stéréotypes de genre. Comme le dit Thierry Drilhon, co-fondateur du fonds de dotation Agir pour le cœur des femmes, « près de 50 % des symptômes liés aux maladies cardiovasculaires sont spécifiquement féminins. Le problème c'est qu'une femme qui se plaint de fatigabilité à l'effort, de douleurs aux omoplates et de troubles œsophagiens s'entendra répondre : "Reposez-vous et prenez du paracétamol". Un homme oppressé avec douleurs dans le bras et la poitrine sera envoyé chez le cardiologue. [...] D'autre part et pour un certain nombre de raisons, y compris culturelles, le massage cardiaque est beaucoup moins pratiqué sur une femme qui fait un infarctus ». Plus encore, le syndrome méditerranéen est un facteur supplémentaire de sous-diagnostic et de non-prise en compte des douleurs exprimées qui touche les personnes racisées. Cette expression, théorisée par Franz Fanon désigne le préjugé raciste selon lequel les personnes racisées exagèrent leur douleur. En conséquence, elles ne sont pas prises au sérieux, donc pas prises en charge à la hauteur des symptômes et de la douleur décrite. En 2023, une étude réalisée auprès de 1 500 soignants en France, en Suisse, en Belgique et à Monaco montre que les femmes noires sont les principales victimes de ce préjugé. Ainsi, le préjugé raciste s'additionne au préjugé sexiste et conduit à une prise en charge plus difficile encore pour les femmes racisées. Aussi, il souhaite savoir quelles politiques spécifiques de prévention, prise en charge, formation continue des soignants et lutte contre les stéréotypes de genre et racistes le Gouvernement compte mettre en œuvre afin que les femmes puissent bénéficier d'une meilleure connaissance de la spécificité des symptômes et d'une prise en charge égale à celle des hommes pour les pathologies cardiaques.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 07/07/2026
Les travaux d'élaboration de la dernière édition de la stratégie nationale de santé pour 2023-2033 ont bien identifié les besoins d'une prise en charge améliorée de la santé des femmes. Cette stratégie insiste ainsi sur les spécificités sexuées des comportements favorables à la santé qu'il convient d'adopter, sur la formation des professionnels en la matière ou encore sur la sensibilisation du grand public. Elle pointe la lutte contre les stéréotypes et discriminations en santé et précise la nécessité d'une déconstruction des stéréotypes de genre empêchant repérage et réponse adaptée. De son côté, le plan interministériel pour l'égalité entre les femmes et les hommes 2023-2027 comprend un objectif de prévention des risques spécifiques à la santé des femmes, dont le risque cardiovasculaire chez les femmes. Ce plan, afin de mieux prendre en compte les spécificités de la santé des femmes et renforcer leur accès aux soins, a prévu la création d'une « Semaine Santé des femmes ». La première édition a été lancée le 27 mai 2024 avec la campagne relative à l'endométriose et d'autres sujets abordés, tels que les examens médicaux importants pour les femmes à tous les âges. A cet égard, le déploiement du dispositif Mon bilan prévention est une occasion pour chaque femme lors des rendez-vous proposés pour les tranches d'âge concernées de faire le point sur la prévention, la détection et la prise en charge des affections cardiovasculaires. Le sujet de la santé des femmes mobilise plusieurs acteurs et opérateurs en santé et fait l'objet de plusieurs productions en particulier de la Haute autorité de santé (HAS). Les travaux de la HAS déjà menés ou à venir comportent des approches spécifiques en particulier pour le risque cardiovasculaire global en prévention primaire et secondaire, son évaluation et sa prise en charge en médecine de premier recours. D'autres concernent la prise en charge de l'obésité, du risque alcool, de l'endométriose, du syndrome des ovaires polykystiques, de la ménopause. Sur ce dernier sujet, en avril 2025 à l'occasion de la remise du rapport de la mission parlementaire sur la ménopause, le Gouvernement a annoncé quatre priorités pour améliorer la prévention dont la mise en place d'une consultation dédiée à la ménopause pour chaque femme. Chaque femme doit ainsi pouvoir bénéficier, dès les premiers signes de la ménopause, d'un temps de consultation spécifique avec un professionnel de santé (généraliste, gynécologue ou sage-femme). Cette mesure permettra un accompagnement personnalisé, intégrant les dimensions gynécologique, cardiovasculaire et ostéo-articulaire de cette étape de vie. Elle s'inscrit pleinement dans les ambitions portées par le président de la République. Enfin, les efforts de recherche sur la santé des femmes restent une priorité affichée lors des appels à projets et de la sélection des programmes financés par le ministère de la santé ou dans le contexte d'appels à projets régionaux dans le cadre des projets régionaux de santé tel celui de l'Ile-de-France, dont l'objectif est de soutenir les innovations organisationnelles et de la recherche-action en lien avec les structures de santé qui contribuent à améliorer l'accès à la santé des femmes, ainsi qu'à favoriser le développement des connaissances sur la santé des femmes, en particulier pour les pathologies cardiovasculaires.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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