Question écrite
✓ Répondue le 07/07/2026
défense
SCAF/MGCS : faut-il privilégier l'interopérabilité plutôt qu'un produit unique ?
Posée le 13/01/2026 • Ministère interrogé : Ministère des armées et des anciens combattants
Nathalie Da Conceicao Carvalho RN
Députée — Essonne (2)
La question
Mme Nathalie Da Conceicao Carvalho interroge Mme la ministre des armées et des anciens combattants sur le signal lancé par KNDS s'inquiétant qu'un blocage du SCAF/FCAS puisse contaminer MGCS (Main ground combat system). Cette alerte révèle une impasse née d'un empilement de compromis, d'un partage des rôles jamais stabilisé et de doctrines difficiles à concilier. D'autant plus que les précédents programmes avortés (MAWS, CIFS, Tigre 3) ont installé un schéma d'instabilité qui dégrade la confiance industrielle. Ces abandons successifs pèsent désormais sur l'opinion et sur la capacité des acteurs à consentir des transferts ou des leaderships clairs, pourtant indispensables à l'efficacité. Enfin, les doctrines nationales divergent en structurant des besoins difficilement compatibles. La France privilégie la projection, l'autonomie stratégique et les capacités expéditionnaires, tandis que l'Allemagne reste centrée sur la défense du territoire avec une forte empreinte politico industrielle. Aussi, tout en cherchant à limiter la fragmentation de l'industrie européenne de défense, il convient de ne pas faire la même erreur que les États-Unis d'Amérique qui, en favorisant une trop forte concentration de leurs industries de l'armement, ont abouti à un renchérissement du prix de vente des matériels de guerre produits pour les armées américaines. Il faut donc s'interroger si la préservation d'un socle de défense européenne cohérent passe forcément par un « produit unique pour tous » fabriqué par un seul opérateur ? En effet, s'agissant du SCAF/FCAS comme du MGCS ou des European patrol Corvette (EPC), la réponse utile pourrait se trouver dans l'interopérabilité et non dans l'identité des plateformes. Ainsi, au lieu de l'uniformisation imposée et de la duplication nationale des modèles, le choix d'une architecture commune fondée sur des normes, d'un cloud de combat et d'interfaces partagées serait plus pertinent. D'autant plus que s'agissant des aéronefs, au-delà de la scission entre le NGF (New generation fighter) et le SCAF/FCAS, un partage sur la fabrication par type d'appareil pourrait être profitable aux armées européennes. Ainsi, certains industriels (seul ou à deux) pourraient fabriquer en priorité des intercepteurs, tandis que d'autres des chasseurs-bombardiers, des bombardiers, des chasseurs à décollage vertical, des avions d'entraînement, des avions de transports, des avions de patrouille maritime, des avions radar, des hélicoptères d'attaque ou de transport, créant ainsi des synergies et des complémentarités entre les industriels tout en conservant une certaine concurrence propice au maintien d'un prix de vente raisonnable. Il en va de même en matière maritime où certains types de navires pourraient être produits en coopération restreintes entre deux ou trois industriels et pays comme ce fut le cas entre la France et l'Italie avec les programmes HORIZON, FREMM et peut être bientôt DDX. Enfin, dans le domaine terrestre, bien que la France ait perdu une partie de ses capacités dans la production de char de combat, l'exemple d'implantation de chaînes d'assemblage de char Leopard 2A8 en Lituanie par KNDS, de KF51 en Italie par Rheinmetall et de K2PL en Pologne par Hyundai Rotem, constituent des exemples intéressants pour la filière blindée en Europe et la production de chars de « génération intermédiaire » dans chaque pays. En effet, cette cartographie où NEXTER est associé à Krauss-Maffei Wegmann est susceptible de renforcer la résilience de l'outil, de répartir les risques et de rapprocher la production des principaux utilisateurs. Elle soutient aussi l'ambition d'une base industrielle européenne capable de livrer dans des délais soutenables des capacités lourdes modernisées, tout en adaptant les lignes aux standards de protection et de capteurs exigés par le champ de bataille actuel. Aussi, elle lui demande si une telle approche est susceptible d'être mise en œuvre rapidement en France afin d'accroître ses capacités de production de matériels compte tenu de l'augmentation des risques de conflits.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 07/07/2026
La France défend une approche équilibrée, promouvant une préférence européenne tout en valorisant les atouts de sa base industrielle et technologique de défense. Elle prône la définition d'un leadership industriel clair dès le début des programmes, afin d'éviter les blocages et les duplications coûteuses. Cette tâche est rendue délicate compte tenu des divergences entre États membres, chacun souhaitant soutenir ses champions nationaux. Un compromis est recherché qui préserve à la fois la souveraineté stratégique et l'efficacité opérationnelle. S'agissant de la question de l'architecture basée sur les normes, la direction générale de l'armement s'efforce de développer des solutions fondées sur des normes communes, facilitant ainsi l'interopérabilité et la modularité. Cependant, les spécificités des besoins opérationnels, et la nécessaire compatibilité avec des matériels existants, souvent prioritaires, compliquent cette démarche. Les efforts pour harmoniser ces normes se poursuivent tout en garantissant la performance et la sécurité des systèmes. S'agissant de la production décentralisée, celle-ci présente des avantages en termes de résilience et de rapprochement géographique avec les utilisateurs finaux. Néanmoins, elle introduit également des contraintes liées aux orientations politiques, aux normes nationales et aux réglementations locales, pouvant fragiliser la cohérence et la cohésion des programmes. Le ministère des armées et des anciens combattants évalue avec prudence cette approche, en veillant à ce qu'elle ne compromette pas la robustesse et la fiabilité des systèmes livrés. Dans ce contexte, la France est déterminée à renforcer ses capacités de production tout en soutenant une défense européenne cohérente. Des solutions innovantes sont explorées, comme les coopérations ciblées entre les industriels et les États, inspirées par des exemples réussis comme les programmes FREMM. Le développement de chaînes d'assemblage locales est également encouragé, comme cela a été fait pour le char Leopard 2A8 en Lituanie, afin de renforcer la résilience industrielle. La France agit avec détermination pour trouver des solutions équilibrées, combinant souveraineté stratégique, efficacité industrielle et coopération européenne. Ces efforts doivent se poursuivre afin de garantir la sécurité de nos armées et la compétitivité de notre industrie de défense.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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