Question écrite
✓ Répondue le 30/06/2026
enseignement
Éducation - carte scolaire
Posée le 21/04/2026 • Ministère interrogé : Ministère de l’éducation nationale
Matthieu Marchio RN
Député — Nord (16)
La question
M. Matthieu Marchio interroge M. le ministre de l'éducation nationale sur les profondes incohérences de la politique de carte scolaire menée sur l'ensemble du territoire et en particulier dans le département du Nord, dans un contexte de crise éducative persistante. Alors que le Gouvernement justifie régulièrement les suppressions de postes et les fermetures de classes par l'évolution démographique, de nombreux territoires, notamment dans le Nord, constatent une application brutale et déconnectée des réalités locales. La baisse du nombre d'élèves, lorsqu'elle existe, est souvent utilisée comme un simple levier comptable, sans prise en compte des besoins pédagogiques, des difficultés sociales ou de l'hétérogénéité croissante des classes. Dans de nombreuses communes du Nord comme ailleurs, cette logique conduit à des fermetures de classes, à des regroupements d'élèves et à une dégradation des conditions d'enseignement. Paradoxalement, dans le second degré, la baisse démographique reste encore limitée, tandis que les effectifs par classe demeurent élevés et que les besoins en encadrement n'ont jamais été aussi importants, y compris dans plusieurs établissements du Nord. Cette gestion strictement démographique de la carte scolaire apparaît d'autant plus contestable que la France, et particulièrement certains territoires comme le Nord, fait face à une crise éducative majeure : baisse du niveau scolaire, difficultés de recrutement des enseignants, manque de remplaçants, explosion des heures supplémentaires et tensions croissantes dans les établissements. Dans ce contexte, de nombreux acteurs dénoncent une politique à courte vue, qui affaiblit progressivement l'école publique et creuse les inégalités territoriales, notamment dans des départements déjà fragilisés comme le Nord, au lieu de profiter des évolutions démographiques pour améliorer réellement le taux d'encadrement et les conditions d'apprentissage. Par ailleurs, le Gouvernement a récemment évoqué la mise en place d'un plan visant à adapter la carte scolaire aux évolutions démographiques et aux besoins du système éducatif, sans que ses contours précis soient à ce jour clairement établis, y compris pour les territoires du Nord particulièrement concernés. Il lui demande quelle est la stratégie globale du Gouvernement en matière de carte scolaire, au-delà de la seule approche démographique, notamment pour le département du Nord, comment il entend garantir une répartition équitable des moyens éducatifs sur le territoire, en tenant compte des réalités sociales et des besoins pédagogiques, en particulier dans les territoires les plus fragiles, quelles mesures concrètes sont envisagées pour répondre à la crise éducative actuelle, notamment en matière d'encadrement des élèves et de conditions de travail des enseignants et enfin, quels sont les objectifs, le calendrier et les moyens du plan annoncé par le Gouvernement concernant l'évolution de la carte scolaire et comment celui-ci permettra réellement d'améliorer la qualité du service public de l'éducation plutôt que d'accompagner une simple réduction des moyens, notamment dans des départements déjà sous tension comme le Nord.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 30/06/2026
La carte scolaire du premier degré est construite chaque année à partir des évolutions démographiques constatées et projetées. Les schémas d'emploi qui en résultent sont fixés annuellement dans le cadre du projet de loi de finances. Les décisions d'ouverture et de fermeture de classes sont arrêtées par les directeurs académiques des services de l'éducation nationale, après consultation du conseil départemental de l'éducation nationale et avis du préfet de département, en tenant compte des effectifs scolaires, des caractéristiques du territoire, des contraintes de transport et du rôle de l'Ecole comme service public de proximité. La préparation de la rentrée scolaire 2026 s'inscrit dans un contexte de baisse démographique d'une ampleur inédite. Entre 2025 et 2035, notre pays comptera 1,7 million d'élèves en moins. Ce contexte permet néanmoins d'améliorer concrètement les conditions d'apprentissage : à la rentrée 2026, nous atteindrons en moyenne 21 élèves par classe dans le premier degré, contre 23 en 2017. Dans le département du Nord, les effectifs du premier degré sont en baisse : 230 389 élèves en 2017 contre 196 662 à la rentrée 2025, soit une baisse de 14,6 %. Cette évolution s'accompagne d'une amélioration du taux d'encadrement, avec une baisse du nombre d'élèves par classe, passé de 23,4 à 19,9 sur la même période. En éducation prioritaire, il est passé de 21,8 à 17,2. Les projections pour 2026 confirment cette tendance, avec une nouvelle baisse de près de 6 000 élèves. Les réalités sociales et territoriales sont prises en compte dans la répartition des moyens. Pour partager les perspectives d'évolution de la carte scolaire, le plan France Ruralités a créé dès 2023 les observatoires des dynamiques rurales (ODR), coprésidés par le préfet et le directeur académique. Ces instances associent collectivités territoriales, élus locaux, EPCI et partenaires experts (CAF, ARS, services de l'État), afin de partager un diagnostic des évolutions démographiques et scolaires, d'anticiper leurs effets sur le maillage éducatif et de préparer des décisions concertées sur l'offre scolaire, le transport et l'aménagement du territoire. Dans le Nord, cette démarche a été engagée dès 2023-2024. En janvier 2026, une instruction interministérielle conjointe a généralisé et renforcé ce dispositif en créant les observatoires des dynamiques rurales et territoriales (ODRT), étendus à l'ensemble du territoire national. Par une approche prospective à trois et cinq ans, les ODRT permettent d'anticiper les évolutions et de nourrir une réflexion pluriannuelle sur l'organisation territoriale, l'offre scolaire et périscolaire et les services associés. Par ailleurs, le ministre de l'éducation nationale a lancé le 23 avril 2026 une expérimentation inédite dans 18 départements, qui inverse la logique d'élaboration de la carte scolaire en partant des réalités démographiques et géographiques locales. Les enseignements de cette démarche auront vocation à nourrir une évolution plus large de la méthode nationale.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗