Protection des mineurs face à la banalisation de violence dans les jeux en ligne
Vincent LedouxEPR
Député — Nord (10)
La question
M. Vincent Ledoux attire l'attention de Mme la ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargée de l'intelligence artificielle et du numérique, sur la protection des enfants et des adolescents face aux jeux en ligne mettant en scène des violences et des affrontements avec les forces de l'ordre. Un article publié par Stratégies le 21 octobre 2026 décrit plusieurs jeux de cette nature proposés sur Roblox, plateforme largement fréquentée par des mineurs. Parmi eux, « French Blocus » invite les joueurs à choisir entre deux camps. Sa présentation officielle annonce : « Une ville imaginaire, deux camps : choisis le tien et prends le contrôle du quartier ! ». Elle propose notamment d'incarner des bandits commettant des braquages ou des policiers chargés de les arrêter. Le catalogue officiel de cette expérience comprend également des offres payantes en monnaie virtuelle dont les descriptions mentionnent l'accès à des armes, notamment un fusil AK-47 pour les bandits et un fusil HK416 dans un « Pack CRS ». Ce jeu est classé dans la catégorie « Mild », avec la mention d'une violence légère et répétée. Selon les règles de Roblox, cette catégorie peut être admise, sous réserve de conditions supplémentaires, dans les catalogues destinés aux enfants de cinq à huit ans et aux jeunes de neuf à quinze ans. Ce classement ne suffit toutefois pas à établir l'accessibilité effective de ce jeu à chacune de ces tranches d'âge. Il importe donc de distinguer le public auquel ses créateurs entendent s'adresser, la classification affichée et les conditions réelles d'accès des mineurs. Lorsque de tels scénarios sont accessibles aux plus jeunes, ils soulèvent une question de protection de l'enfance et de transmission des repères civiques. L'apprentissage de la citoyenneté doit rappeler que la République constitue un cadre commun, fondé sur les droits et les devoirs de chacun, le respect de la loi et le refus de la violence. La liberté de manifester pacifiquement appartient pleinement à ce cadre. Elle ne saurait être confondue avec les dégradations ou les agressions contre les personnes et les forces de l'ordre. Présenter ces violences comme un simple choix ludique appelle une vigilance particulière lorsque le discernement des joueurs est encore en construction. Sans présumer d'un lien causal entre la pratique de ces jeux et le passage à l'acte, les risques de banalisation de la violence justifient un examen de leurs contenus, de leur accessibilité selon l'âge et de leurs mécanismes commerciaux. La protection des mineurs doit être intégrée au fonctionnement des plateformes et accompagnée d'une information claire des familles. Plusieurs pays ont engagé des démarches pour renforcer cette protection. Le Gouvernement norvégien a annoncé, le 19 octobre 2026, que son projet de restriction d'accès aux réseaux sociaux pourrait également concerner certains jeux et services de messagerie présentant des risques pour les enfants, en citant explicitement Roblox. En Australie, Roblox a pris en août 2026 auprès du régulateur eSafety des engagements de sécurité juridiquement contraignants, comprenant notamment des comptes privés par défaut pour les enfants et un audit indépendant de l'efficacité des dispositifs de protection. Il lui demande si ses services ont examiné le public visé par ces jeux, les âges auxquels ils sont effectivement accessibles et leur présence dans les catalogues destinés aux enfants. Il souhaite notamment savoir si la classification de « French Blocus » correspond à ses contenus et si les règles de la plateforme relatives aux sujets sociaux ou politiques sensibles lui sont applicables et effectivement appliquées. Il souhaite connaître les démarches qu'elle entend engager auprès de l'Arcom et des autorités européennes compétentes pour vérifier le respect des obligations de protection prévues notamment par l'article 28 du règlement européen sur les services numériques. Il lui demande quelles mesures sont envisagées pour assurer une classification adaptée, des restrictions d'accès effectives selon l'âge, des paramètres protecteurs activés par défaut et un contrôle indépendant de leur efficacité. Il souhaite également connaître les garanties concernant les offres payantes donnant accès à des armes ou à des avantages virtuels, l'information sur leur coût réel et le contrôle parental des dépenses. Il lui demande quels enseignements le Gouvernement tire des initiatives étrangères et quelles adaptations du cadre français ou européen il envisage pour ces plateformes associant jeux, contenus créés par les utilisateurs et interactions sociales. Il souhaite enfin savoir quelles actions seront conduites avec le ministère de l'éducation nationale et les acteurs de la protection de l'enfance pour accompagner les familles, développer le discernement numérique et transmettre les principes de la citoyenneté républicaine, ainsi que le calendrier et les modalités d'évaluation de ces actions.
⏳ Cette question n'a pas encore reçu de réponse du gouvernement.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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