Qualité du système électrique français et mobilisation de l'effacement
J Jean-Pierre VialLes Républicains Sénateur — SavoieLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 05/12/2018Cette situation revêt trois paradoxes.
Le premier est que le risque de rupture a augmenté, malgré une baisse de la consommation essentiellement due au déclin de l'industrie.
Le deuxième paradoxe est que ce risque continue d'augmenter en dépit de la mise en place de mécanismes de capacité d'effacement.
Le troisième paradoxe est que les solutions les plus rapides et efficaces à mettre en œuvre, d'un point de vue environnemental, restent marginales malgré les efforts réglementaires, d'une part, et ceux des consommateurs, notamment industriels, d'autre part.
À la sortie de l'hiver 2016, lors d'un déplacement sur un site industriel en Savoie, celui de la société Ferropem, le ministre de l'industrie s'était félicité du rôle joué par l'effacement dans le système électrique. Pourtant, deux ans plus tard, les objectifs sont très loin d'être atteints.
Tel est le cas, notamment, de l'objectif de 5 gigawatts d'effacement inscrit dans la programmation pluriannuelle de l'énergie, la PPE. Le volume d'effacement, qui avait atteint 1 500 mégawatts en 2016, devrait diminuer en 2018 en conséquence de l'abaissement du budget à environ 20 millions d'euros. Or l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, l'ADEME, a reconnu que, sans une rémunération comprise entre 30 000 et 60 000 euros par mégawatt et par an, l'objectif de la PPE ne pouvait pas être atteint, alors même que la redevance de capacité payée par les consommateurs, dont les industriels, engendrera une ressource globale de 1,5 milliard d'euros.
Pour assurer sa sécurité d'approvisionnement, la France abandonne progressivement la seule solution économique et écologique disponible dans un délai court, au profit d'outils thermiques fortement émetteurs de CO2. Leurs émissions augmentent fortement, de plus d'un million de tonnes par an. Ce choix de la France se trouve, de surcroît, à contre-courant de celui de nos voisins européens, qui mobilisent un volume d'effacement largement supérieur. C'est aussi le cas des grands États américains, dont les politiques sont plus anciennes et plus volontaristes.
Lors de sa prise de fonctions, en septembre 2018, M. le ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire a souligné à quel point, selon lui, l'écologie et l'économie pouvaient et devaient se conjuguer.
Le Gouvernement est-il prêt à répondre à l'appel des industriels, dont certains voient la mobilisation de l'effacement comme une question de survie économique ?
M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d'État.
Mme Brune Poirson, secrétaire d'État auprès du ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire. Monsieur le sénateur Vial, votre question porte sur une problématique fondamentale : la sécurité d'approvisionnement en électricité de notre pays et la contribution que peuvent y apporter les consommateurs industriels.
Sachez avant tout, monsieur le sénateur, que la sécurité d'approvisionnement en électricité est une véritable priorité du Gouvernement ; le Président de la République a eu l'occasion de le rappeler récemment encore. Nous veillerons donc à ce qu'elle soit assurée tout au long de la transformation du système électrique que nous allons conduire.
Vous avez raison, les consommateurs, en particulier les industriels, ont un rôle à jouer au regard de cette problématique, d'abord en améliorant l'efficacité de leurs procédés et en investissant dans l'efficacité énergétique – l'État soutient les initiatives dans ce domaine, notamment au travers du dispositif des certificats d'économies d'énergie –, ensuite en consommant mieux, c'est-à-dire en optimisant le moment où ils consomment – nous disposons d'outils réglementaires à cet égard.
La France a joué un rôle pionnier en Europe dans le développement de l'effacement de consommation. D'ailleurs, tous les marchés français de l'électricité sont aujourd'hui ouverts à la participation des effacements.
Où en sommes-nous aujourd'hui ?
La France dispose, d'après Réseau de transport d'électricité, RTE, de près de 2,7 gigawatts de capacités d'effacement, et l'ensemble des marchés français de l'électricité sont ouverts à la participation des effacements.
Nous disposons d'ailleurs d'un dispositif de soutien dédié à la filière, l'appel d'offres effacement, que nous avons négocié avec la Commission européenne. Cela nous a notamment permis, en 2018, de soutenir financièrement les effacements présentant les meilleurs standards environnementaux. Nous souhaitons par ailleurs améliorer encore l'attractivité de ce dispositif et le simplifier.
Enfin, monsieur le sénateur, j'attire votre attention sur le dispositif d'« interruptibilité » mis en place par l'État. Il permet d'interrompre la consommation sur demande du gestionnaire de réseau de transport pour soutenir les actions des industriels concourant à la sécurité d'approvisionnement.
Ainsi, monsieur le sénateur, vous pouvez constater que nous agissons sur plusieurs leviers pour permettre à la flexibilité de consommation, notamment celle des industriels, de jouer tout son rôle dans le succès de la transition énergétique et de la transformation de notre système électrique, tout en assurant la sécurité d'approvisionnement, priorité du Gouvernement.
Source : senat.fr ↗
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