Recyclage des déchets plastiques lourds en Dordogne
C Claude Bérit-DébatSER Sénateur — DordogneLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 21/11/2018Jusqu'à présent, les déchets plastiques lourds étaient confiés à une usine qui en faisait des paillettes. Le cours du pétrole, qui favorise l'achat par les plasturgistes de plastique vierge plutôt que le plastique recyclé, a conduit cette entreprise, Recymap, à fermer.
Les centres potentiels de recyclage étant situés trop loin pour poursuivre dans cette filière, le SMD3 est aujourd'hui obligé d'enfouir ses déchets comme du plastique non recyclable ordinaire, en parfaite contradiction avec les objectifs de la feuille de route pour l'économie circulaire.
Je rappelle que l'économie circulaire vise à recycler 100 % du plastique d'ici à 2025, au moyen d'une augmentation de la fiscalité pour rendre la valorisation moins chère que l'élimination. Cela passera par la hausse de la composante « déchets » de la taxe générale sur les activités polluantes, la TGAP, qui passerait de 48 à 165 euros par tonne pour le stockage et de 15 à 25 euros par tonne pour le traitement thermique, et aussi, bien entendu, par des mesures compensatoires – baisse du taux de TVA sur le tri et sur le compostage, de 10 % à 5,5 % ; réduction des frais de gestion de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, la TEOM, de 8 % à 3 % ; allongement de la durée du taux réduit des frais de dégrèvement, de trois à cinq ans.
Ces mesures de compensation sont toutefois insuffisantes, car les collectivités n'ont pas de marge de manœuvre pour réduire les volumes. Toutes les simulations montrent que, si les collectivités arrivent à respecter les objectifs de la loi sur la transition énergétique, cela se traduira par un coût supplémentaire d'au moins un euro par habitant.
Aussi, plutôt que d'instaurer la double peine pour les collectivités et pour les contribuables, ne pourrait-on pas mettre en place, pour les déchets plastiques lourds, une taxe sur les produits non recyclables, sorte de TGAP en amont, pour taxer les émetteurs, et non les collectivités, ou même une REP balai – responsabilité élargie du producteur –, qui prendrait en charge tous les projets recyclables ?
Que pensez-vous de ces propositions ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.
Mme Élisabeth Borne, ministre auprès du ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire, chargée des transports. Monsieur le sénateur Claude Bérit-Débat, vous soulevez la question du recyclage du plastique lourd en citant la fermeture de l'usine Recymap de Saint-Pierre-de-Côle, qui recyclait certains plastiques, et l'impact pour les collectivités de la future hausse de la TGAP.
Votre question met en lumière les coûts de gestion de nos déchets - les signaux économiques ne sont pas au bon niveau. Aujourd'hui, si le recyclage peine à se développer, c'est en partie dû au fait que la mise en décharge ou l'incinération de ces déchets reviennent beaucoup moins cher. Il faut donc renchérir le coût de l'élimination des déchets tout en diminuant celui de leur recyclage, afin qu'une véritable industrie française du recyclage puisse se développer, une industrie génératrice d'emplois et de valeur ajoutée.
Le Gouvernement, au travers de la feuille de route pour l'économie circulaire, fruit de plus de six mois de concertation, a décidé d'utiliser plusieurs leviers pour y parvenir.
Cela passe tout d'abord par une réforme globale de la fiscalité, afin de rendre le recyclage des déchets économiquement plus attractif que leur mise en décharge ou leur incinération. Cela repose sur une trajectoire de TGAP revue à partir de 2021, de telle sorte que le coût moyen de l'élimination des déchets devienne supérieur au coût moyen de leur recyclage.
En parallèle, il s'agit de donner de nouvelles capacités financières aux collectivités pour investir et pour s'adapter, en allégeant la pression fiscale sur les activités de tri et de recyclage. Cela se traduira notamment par une baisse du taux de la TVA pour les opérations de prévention, de collecte, de tri et de recyclage des déchets, mais également par une baisse des frais de gestion de la TEOM pour les collectivités qui font le choix d'opter pour une tarification incitative.
Les mesures de la feuille de route pour l'économie circulaire ne se limitent toutefois pas aux aspects fiscaux, puisque la réforme des filières REP sera également menée l'année prochaine. Elle permettra de développer le recyclage, en fixant de nouveaux objectifs aux éco-organismes, de développer les bonus-malus, pour favoriser l'incorporation de matière plastique recyclée, et de créer de nouvelles filières REP.
L'objectif est donc de s'appuyer sur l'écoconception des produits, pour stimuler tant l'offre que la demande en matières recyclées, afin qu'une véritable économie du recyclage se développe sur notre territoire.
La feuille de route pour l'économie circulaire a d'ores et déjà permis de réunir les industriels pour qu'ils s'engagent dans le recyclage. Soixante entreprises et fédérations professionnelles se sont déjà engagées à incorporer dans leurs produits près de trois cent mille tonnes de matières plastiques recyclées en plus.
C'est un premier pas, il faudra encore aller au-delà. D'autres idées pour développer le recyclage des plastiques pourront également être débattues dans le cadre du futur projet de loi sur l'économie circulaire.
Mme la présidente. Mes chers collègues, à moins de sept secondes de temps de parole restant, je ne peux pas vous laisser répondre au Gouvernement.
Monsieur Bérit-Débat, il ne vous restait que six secondes…
Source : senat.fr ↗
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