Déclassification des documents liés à l'assassinat de deux journalistes
J Jean-Pierre SueurSER Sénateur — LoiretLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 15/01/2020Ces deux journalistes ont été enlevés par quatre hommes armés, avant d'être abattus, quelques kilomètres plus loin. Selon les enquêteurs, le véhicule des ravisseurs serait tombé en panne et ces quatre hommes auraient éliminé les deux otages avant de prendre la fuite.
Plusieurs zones d'ombre demeurent dans cette affaire tragique.
Premièrement, il a été découvert que le chef du commando était connu des services de renseignement, qu'il avait été auditionné par la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) quelques mois avant le rapt et l'assassinat des journalistes et qu'une seconde entrevue était prévue, ce qui pourrait laisser penser qu'il aurait été recruté comme informateur par les services de la DGSE. Qu'en est-il, monsieur le secrétaire d'État ?
Deuxièmement, différentes enquêtes effectuées par les journalistes mettent en avant un lien possible, et même probable, entre cet assassinat et l'affaire Arlit, désignant l'enlèvement d'employés d'Areva en 2010 au Niger. Selon ces enquêtes, leur libération aurait été négociée en échange d'une rançon de 30 millions d'euros et l'enlèvement des deux journalistes aurait été commis par des membres d'un bataillon considérant avoir été floués dans la répartition de cette rançon. Qu'en est-il ?
Troisièmement, il existe deux versions contradictoires sur un fait essentiel : les autorités françaises ont formellement assuré que les militaires étaient arrivés sur place après le drame et qu'ils n'avaient jamais eu de contact avec les ravisseurs ; un rapport des Nations unies affirme strictement le contraire. Quelle est la vérité ?
Enfin, je veux vous interroger sur une enquête menée par des journalistes, qui montre que les gendarmes chargés de l'établissement du procès-verbal sur place ont indiqué être intervenus sur une scène de crime largement souillée et modifiée, alors que le détachement de Serval avait reçu l'ordre de ne toucher à rien. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.
M. Laurent Nunez, secrétaire d'État auprès du ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur Jean-Pierre Sueur, vous évoquez dans votre question l'assassinat, le 2 novembre 2013 à Kidal, des journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon.
Ces faits d'enlèvement et d'assassinat font l'objet d'une information judiciaire, dans le cadre de laquelle le ministère des armées a apporté et continue d'apporter son plein concours. Les forces françaises ont toujours appuyé l'action judiciaire, que ce soit sur place, à Kidal, au lendemain des faits, ou à Paris.
Je rappelle que c'est avec le concours de l'armée française, dans un contexte sécuritaire tendu, que les gendarmes de la prévôté ont été projetés sur les lieux, pour effectuer les premières constatations et fournir à la justice le maximum d'éléments de preuve. Les enquêteurs français de la direction centrale du renseignement intérieur de l'époque et de la sous-direction antiterroriste de la direction centrale de la police judiciaire ont également pu intervenir très rapidement. Cet appui logistique assuré dès le départ s'est poursuivi à mesure des besoins exprimés par les magistrats.
En effet, le ministère des armées a été requis à plusieurs reprises, en 2015 et en 2016, par les magistrats chargés de l'enquête. Toutes les demandes de déclassification successives formulées par la justice ont donné lieu à la fourniture de documents du ministère des armées, en parfaite conformité avec les avis de la Commission du secret de la défense nationale, qui est une autorité administrative indépendante.
Si des documents ou extraits de documents n'ont pas été déclassifiés, c'est uniquement, comme le prévoit la loi, pour préserver les capacités et méthodes des services, mais aussi assurer la continuité des opérations ou la protection des personnels. Conscient de la douleur des proches des journalistes assassinés, le ministère des armées a, autant que le lui permet l'impératif de protection du secret de la défense nationale et de l'instruction, répondu directement aux interrogations de ces derniers.
Je vous le redis, monsieur le sénateur, le ministère des armées continue à appuyer les investigations judiciaires en cours et répond avec une extrême diligence aux sollicitations des magistrats. En revanche, cet appui n'a pas vocation à être exposé publiquement, car il est couvert par le secret de l'enquête et de l'instruction. Je pense que vous le comprendrez.
Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Pierre Sueur, pour la réplique.
M. Jean-Pierre Sueur. Monsieur le secrétaire d'État, j'entends ce que vous dites. Vous concevrez toutefois notre déception de n'avoir reçu aucune réponse précise aux quatre questions précises que je vous ai posées et que se posent les journalistes de Radio France Internationale. Ces questions demeurent.
Source : senat.fr ↗
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