Épandage des boues d'épuration
C Chantal DeseyneLes Républicains Sénatrice — Eure-et-LoirLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 07/05/2021Mme Chantal Deseyne. Madame la ministre, les articles 125 et 86 de la loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire ont invité le Gouvernement à agir par voie réglementaire afin d'arrêter les nouveaux référentiels applicables aux boues d'épuration en vue de leur usage au sol, d'une part, et, d'autre part, les conditions dans lesquelles les boues pourront être compostées par ajout d'un coproduit structurant, notamment de type « déchets verts ».
Les options de traitement de la boue d'épuration en vue de son hygiénisation dépendent pour les territoires de considérations géographiques, techniques, historiques et financières diverses qu'une modification brutale et uniforme pourrait gravement fragiliser.
Les inquiétudes relatives à cette nouvelle réglementation sont très diverses. Il ressort notamment que les exigences de siccité sont susceptibles de rendre les boues impropres à l'usage agricole en deçà d'un certain seuil, qu'il sera nécessaire d'adapter la capacité de traitement des stations d'épuration ou encore que les exigences liées au seuil de structurants – les déchets verts – dans le cadre des procédés de compostage seront relevées.
Madame la ministre, comment le Gouvernement entend-il faire face aux difficultés concrètes qui ne manqueront pas de résulter de la mise en œuvre de cette nouvelle réglementation et qui, à juste titre, préoccupent de nombreux élus locaux ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.
Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. Madame la sénatrice, l'article 125 de la loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire, dite loi AGEC, a habilité le Gouvernement à transposer par ordonnance des directives européennes relatives aux déchets.
Ainsi, l'article 14 de l'ordonnance du 29 juillet 2020 relative à la prévention et à la gestion des déchets a complété le code rural et de la pêche maritime d'un article qui précise : « Un décret pris après consultation de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, fixe les critères de qualité agronomique et d'innocuité selon les conditions d'usage pour les matières fertilisantes et les supports de culture, afin de s'assurer que leur mise sur le marché et leur utilisation ne porte pas atteinte à la santé publique, à la santé animale et à l'environnement. » Ce décret dit « socle commun des matières fertilisantes et supports de culture » prendra en compte toutes les matières fertilisantes mises sur le marché ou utilisées en France, dont les boues d'épuration.
L'article 86 de la loi AGEC précise que les référentiels réglementaires sur l'innocuité environnementale et sanitaire applicables aux boues d'épuration en vue de leur retour au sol doivent être révisés au plus tard le 1er juillet 2021. À compter de cette date, l'usage au sol de ces boues, seules ou en mélange, brutes ou transformées, est interdit dès lors qu'elles ne respectent pas les normes ainsi définies.
Une période de transition est prévue entre le 1er juillet 2021 et l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation. Durant cette période, les dispositions des arrêtés du 8 janvier 1998 et du 2 février 1998 resteront applicables aux boues.
Les mesures exceptionnelles concernant les boues d'épuration adoptées dans le contexte de l'épidémie de covid-19 ne sont pas liées à la future réglementation mentionnée ci-dessus. Il n'est en effet pas prévu que celle-ci rende obligatoire l'hygiénisation des boues d'épuration avant leur épandage.
Le décret « socle commun des matières fertilisantes et supports de culture » devra répondre au double objectif de protéger les terres agricoles et de faire progresser l'économie circulaire. Les nouvelles dispositions relatives à l'innocuité comme à l'efficacité des matières fertilisantes seront mises en place progressivement, en fonction notamment des données scientifiques disponibles, de la nature de ces matières fertilisantes, des risques qu'elles peuvent présenter, des moyens existants pour les maîtriser et des délais d'adaptation pour les acteurs.
Mme la présidente. La parole est à Mme Chantal Deseyne, pour la réplique.
Mme Chantal Deseyne. Je vous remercie de votre réponse, madame la ministre. J'ai bien compris que nous étions contraints de transposer une norme européenne. Pour autant, ces nouvelles mises aux normes qui s'imposeront très vite, dès 2021, seront à l'origine, pour les collectivités en charge des stations d'épuration, de coûts élevés qui seront reportés sur les usagers. Si la qualité des boues d'épuration n'est pas satisfaisante, celles-ci finiront dans des centres d'incinération, ce qui n'est ni économique ni écologique.
Source : senat.fr ↗
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