Situation de la psychiatrie
Corinne FéretSER
Sénatrice — Calvados
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 05/07/2023Mme Corinne Féret. Madame la ministre, en 2017, la ministre de la santé de l'époque reconnaissait l'abandon de la psychiatrie. Près de six plus tard, rien n'a changé.
Le personnel exerce dans des conditions difficiles, qui se sont encore dégradées à l'issue de la crise de covid-19, laquelle a d'autant plus détérioré la santé mentale des adultes comme des plus jeunes. Ainsi, des enfants et leurs parents souffrent d'un manque d'accompagnement et les files d'attente s'allongent dans les centres médico-psychologiques ou médico-psycho-pédagogiques.
Manifestement, l'urgence et la gravité de la crise que connaît la psychiatrie publique sont loin d'être prises en compte. Les établissements sont confrontés à des départs massifs et sans précédent de praticiens et de personnels soignants non médicaux. Partout, les fermetures de lits, voire d'entités entières, se multiplient, forçant les directions à des restructurations particulièrement délétères pour la prise en charge des patients.
Les retards ou les défauts de prise en charge des personnes atteintes de troubles psychiatriques ne sont évidemment pas sans conséquence, comme en témoigne la récente agression qui a coûté la vie à une infirmière au centre hospitalier universitaire de Reims.
Dans le Calvados, au début du mois de juin dernier, au sein de l'établissement public de santé mentale (EPSM) de Caen, un malade a réussi à mettre le feu à sa chambre et à en saccager deux autres. Résultat : trois agents ont dû être conduits aux urgences. On vient d'apprendre que cet été, faute de médecins, l'établissement va devoir fermer l'un de ses services, quelques semaines après avoir fermé temporairement vingt-huit lits dans trois unités.
Les équipes ne cessent d'alerter les autorités, en vain, sur cette situation, qui porte atteinte à leur sécurité et à celle des patients. Ce personnel, déjà sous tension, n'a pas à travailler dans la peur.
Aussi, madame la ministre, je souhaiterais connaître la stratégie du Gouvernement pour répondre aux besoins urgents de la psychiatrie publique, en particulier dans le Calvados et plus précisément à l'EPSM de Caen.
Mme le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès du ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, chargée des personnes handicapées. Madame la sénatrice, la stratégie d'ensemble pour la santé mentale, qui est une priorité de notre action, est déployée depuis 2018. En 2026, elle aura mobilisé 3,3 milliards d'euros et aura entraîné des réformes et des actions importantes pour la prévention, le parcours de soins et l'inclusion sociale.
La psychiatrie a toute sa place au coeur de cette stratégie. Mais nous n'ignorons rien de la crise qu'elle traverse, qui est multifactorielle. Aujourd'hui, la question est non pas celle des moyens et des financements, mais celle de la capacité à trouver le personnel médical et paramédical nécessaire. En effet, si la démographie médicale est aujourd'hui globalement défavorable, celle de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie l'est encore plus.
Aussi, pour rénover l'attractivité de cette filière et afin que les futurs médecins soient toujours plus nombreux à la rejoindre, des mesures structurantes à moyen et à long termes ont été engagées : suppression du numerus clausus ; passage de quatre ans à cinq ans du diplôme d'études spécialisées (DES) de psychiatrie ; augmentation du nombre de postes de chefs de clinique et de personnels hospitalo-universitaires titulaires en pédopsychiatrie ; renforcement et valorisation de la recherche et de la formation ; recrutement d'infirmiers en pratique avancée en psychiatrie...
Dans l'immédiat, nous nous attachons à optimiser les organisations et les ressources humaines par des réformes structurantes du financement et des autorisations en psychiatrie, par le déploiement de projets territoriaux de santé mentale (PTSM), par la généralisation des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), par l'appui de psychologues volontaires et conventionnés du dispositif « Mon Psy ».
Nous renforçons ainsi l'articulation entre les premières lignes généralistes et l'offre spécialisée, entre l'offre publique et l'offre privée. Nous encourageons la délégation de tâches et nous développons les politiques de prévention de la souffrance psychique et des crises, ce qui contribue à protéger l'hôpital et les services d'urgence.
Le sujet de la sécurité des soignants, que vous avez mentionné, est un autre enjeu qu'il ne faut pas mélanger avec celui que je viens d'évoquer. Ce sont deux questions distinctes. Le ministre François Braun travaille bien sûr pour sécuriser les urgences.
Mme le président. La parole est à Mme Corinne Féret, pour la réplique.
Mme Corinne Féret. Madame la ministre, je vous remercie de votre réponse, mais je veux insister sur le fait qu'il y a urgence à agir, aussi bien pour les agents hospitaliers et les patients déjà pris en charge que pour les personnes qui devraient l'être.
Source : senat.fr ↗
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