Raisons structurelles des émeutes et manques de la politique de la ville
D Daniel BreuillerGEST Sénateur — Val-de-MarneLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 06/07/2023M. Christophe Béchu, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Monsieur le sénateur Breuiller, ces émeutes-ci ne sont pas celles de 2005. Vous avez repris les mots du président Chirac, vous avez évoqué ce qui a été à l'origine d'une politique de la ville renouvelée, notamment par la création de l'Anru, et de choix qui ont été faits de manière unanime.
Cette fois-ci, 553 communes ont été victimes de dégradations, à un titre ou à un autre ; 169 d'entre elles ne relèvent pas de la politique de la ville. Dans 120 autres, on trouve moins de 3 000 habitants vivant dans un quartier prioritaire de la politique de la ville. Résumer ces émeutes à ces quartiers, c'est déjà se tromper dans l'analyse.
Vous avez évoqué le bilan de ces émeutes et la nécessité d'ouvrir les yeux. Pour ma part, je nous invite à ouvrir aussi les yeux vis-à-vis des 838 policiers, gendarmes et pompiers blessés depuis le début des émeutes.
Mme Françoise Gatel. Tout à fait !
M. Christophe Béchu, ministre. Je nous invite à ouvrir les yeux sur les 2 500 bâtiments publics qui ont subi des incendies. Je nous invite à ouvrir les yeux sur les presque 4 000 personnes interpellées, dont la moyenne d'âge est de 17 ans.
Ouvrir les yeux, c'est se demander comment des enfants de 13 ans ou de 14 ans peuvent se retrouver, la nuit, avec des bidons d'essence dans les mains, à incendier des bâtiments publics.
Mme Jocelyne Guidez. Tout à fait !
M. Didier Marie. C'est se poser des questions, aussi !
M. Christophe Béchu, ministre. Ouvrir les yeux, c'est se demander comment des mortiers d'artifice peuvent être utilisés pour viser des policiers, comment, à Nîmes, on a pu tirer sur un policier avec un pistolet 9 millimètres. (Applaudissements sur des travées du groupe UC.)
Ouvrir les yeux, c'est aussi se demander comment certains, devant cette situation, refusent d'appeler, non pas à l'autorité, mais même au calme !
Une fois que l'on a ouvert les yeux sur ces points, on peut parler de la suite.
Pour passer à la suite, il faut prendre un minimum de temps, avant que chacun ne ressorte du placard la suggestion qu'il avait formulée lors de la dernière élection présidentielle, pour examiner la géographie actuelle. On ne peut réduire le sujet à un problème d'argent public, de milliards d'euros ; on ne peut pas non plus résumer ce débat à la question des allocations familiales !
Sur tous ces sujets, il est nécessaire de prendre le temps du diagnostic pour être capable d'agir ensuite.
Laissez-moi vous dire une chose, monsieur le sénateur : stigmatiser les quartiers, c'est laisser penser que leurs habitants y sont enfermés de manière immuable. Or bien des gens en sont sortis, d'autres y sont entrés. Il ne faut pas regarder que la photo ; nous devons plutôt nous inscrire dans une logique d'évolution.
Si on ne prend pas cela en compte, là encore, on se trompera sur le diagnostic. (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI et RDSE, ainsi que sur des travées des groupes INDEP, UC et Les Républicains.)
Source : senat.fr ↗
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