Mesures de réduction de la surpopulation carcérale
Posée le 04/04/2024 • Ministère interrogé : Justice
Marion Canalès SER
Sénatrice — Puy-de-Dôme
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 10/04/2024
Mme Marion Canalès. Madame la ministre, au cours de la pandémie du covid-19, la population carcérale a diminué de façon substantielle. Aujourd'hui, les taux d'occupation sont à des niveaux jamais atteints : 123 % globalement ; 200 % dans certains établissements. Au total, 77 000 détenus sont à ce jour recensés par la direction de l'administration pénitentiaire.
Cette situation n'épargne pas le centre pénitentiaire de Riom, pourtant récemment construit avec l'objectif de garantir des conditions de vie dignes aux personnes privées de liberté. Les cellules ont été construites pour n'accueillir qu'un seul détenu, mais le taux d'occupation s'établit aujourd'hui à 125 %.
Ce centre souffre également, comme d'autres, d'un défaut d'encadrement, puisqu'il manquerait presque trente surveillants. Manque d'encadrement et surpopulation carcérale nourrissent des conflits, de la violence, tout en empêchant de mettre en place des programmes de réinsertion qui fonctionnent.
La réduction de la surpopulation carcérale doit notamment passer par un travail de réinsertion, qui permet d'éviter la récidive, donc le retour en prison. Il est par conséquent essentiel d'améliorer ce volet, notamment l'accès à l'enseignement supérieur. Or une circulaire de 2009 interdit toujours l'usage des clés USB, qui sont des supports indispensables pour des travaux universitaires.
La France a été plusieurs fois condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme, notamment en juillet 2023, pour ce problème de surpopulation. Au mois de mars 2024, le comité des ministres du Conseil de l'Europe a fait part de sa profonde préoccupation face à l'aggravation de la situation.
Mettre un terme à la surpopulation carcérale ne passe pas nécessairement par la construction de places de prison, puisque plus on construit, plus il y a de détenus. Le comité des ministres invite ainsi la France à s'attaquer aux causes profondes du phénomène, en évaluant de manière détaillée l'impact des dernières réformes pour aboutir rapidement à un mécanisme national contraignant de régulation carcérale.
Pourtant, le ministère de la justice a décidé de lancer des projets d'infrastructure, alors même, je le répète, qu'il est prouvé que la surpopulation carcérale croît à mesure que le nombre de places augmente. J'y insiste, l'ouverture de nouvelles places n'est pas la bonne réponse.
Dans le même temps, il appert que le mécanisme de libération sous contrainte de plein droit est un échec, de l'avis de l'ensemble des acteurs, de même que la réforme du mécanisme de réduction des peines, qui n'a pas eu d'effets positifs.
La prison est devenue la dernière réponse, en bout de liste, à toutes les défaillances complexes de la société. On y trouve ainsi beaucoup de personnes atteintes de troubles psychiatriques.
Afin de mettre en conformité nos conditions de détention, le Gouvernement compte-t-il actualiser la circulaire de 2009 ? Envisagez-vous un mécanisme national contraignant de régulation carcérale pour garantir en France des conditions de vie des détenus et de travail des agents qui soient dignes ?
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Sarah El Haïry, ministre déléguée auprès de la ministre du travail, de la santé et des solidarités, de la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et du garde des sceaux, chargée de l'enfance, de la jeunesse et des familles. Madame la sénatrice Canalès, je partage bien évidemment votre volonté de lutter contre la surpopulation carcérale. Je ne reviens pas sur la livraison des 15 000 nouvelles places de prison issues de l'ambitieux programme immobilier pénitentiaire décidé par le Président de la République, auquel le garde des sceaux est également très attaché.
Les établissements sont implantés dans les territoires qui connaissent les taux de surpopulation les plus importants. Au 1er janvier 2024, dix-neuf établissements ont été livrés. Cela représente 4 103 places nettes. Près de la moitié des établissements du programme seront opérationnels au cours de cette année.
Le garde des sceaux a demandé à la direction de l'administration pénitentiaire d'accélérer les transferts des condamnés vers les établissements pour peine afin de limiter la surpopulation de nos maisons d'arrêt, tout en garantissant la réponse pénale. Le taux d'occupation de ces établissements est passé de 90 % en moyenne à près de 97 % en trois ans, avec l'utilisation de plus de 4 000 places qui étaient vacantes avant ces opérations d'optimisation.
L'instauration d'un dialogue piloté à l'échelon de chaque cour d'appel, avec le concours des directions interrégionales de l'administration pénitentiaire, dans le cadre de réunions régulières, constitue un autre levier de régulation de la surpopulation carcérale.
Aller plus loin en créant un mécanisme généralisé de régulation carcérale qui impliquerait de fait un numerus clausus nous semble contraire aux enjeux en matière de traitement de la délinquance et d'efficacité de la réponse pénale, sans compter les questions juridiques, voire constitutionnelles qui peuvent se poser, notamment au titre du principe d'égalité devant la loi.
En ce qui concerne l'accès à l'enseignement supérieur, via l'utilisation par les détenus de clés USB, ou de la réinsertion, au travers de la réflexion sur l'utilité de la peine, je ne manquerai pas, madame la sénatrice, de relayer vos préoccupations auprès du garde des sceaux.
Source : senat.fr ↗
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