Situation internationale
Posée le 16/05/2024 • Ministère interrogé : Premier ministre
Rachid Temal SER
Sénateur — Val-d'Oise
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 16/05/2024
M. Jean-Noël Barrot, ministre délégué auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargé de l'Europe. Monsieur le sénateur, merci beaucoup de votre question ! (Exclamations amusées sur les mêmes travées.)
Je crois que nul ici ne peut accuser la France, le Président de la République ou le Gouvernement de manquer de fermeté à l'égard de la Russie de Vladimir Poutine.
Dès les premiers jours de l'offensive russe en Ukraine, c'est la France qui a pris l'initiative de proposer le premier des quatorze paquets de sanctions ayant visé les intérêts russes et gelé les avoirs, avoirs dont les revenus seront désormais utilisés pour financer le soutien militaire à l'Ukraine.
M. Victorin Lurel. Ce n'est pas la question !
M. Jean-Noël Barrot, ministre délégué. C'est encore la France qui a signé, par la main du Président de la République, un accord de sécurité avec l'Ukraine l'engageant à soutenir cette dernière sur le plan militaire à hauteur de 3 milliards d'euros en 2024. Vous en savez quelque chose, puisque le Sénat a soutenu cet accord.
Mme Marie-Pierre de La Gontrie. Et la question ?
M. Jean-Noël Barrot, ministre délégué. C'est enfin la France qui a condamné le contexte de répression dans lequel se sont déroulées les élections sur le territoire russe et qui a dénoncé les résultats des élections tenues dans les territoires occupés. (Marques d'impatience sur les travées du groupe SER.)
M. Victorin Lurel. Vous ne répondez toujours pas à la question !
M. Jean-Noël Barrot, ministre délégué. Monsieur le sénateur, vous semblez vouloir utiliser votre question pour pointer du doigt la diplomatie française. Permettez-moi donc d'utiliser ma réponse pour rendre hommage à l'excellence de la diplomatie française. (Protestations sur les travées du groupe SER.)
M. Hussein Bourgi. Ce n'est pas le sujet !
M. Jean-Noël Barrot, ministre délégué. Je rends hommage à Pierre Lévy !
M. Hervé Gillé. Que faisait-il là-bas ?
M. Jean-Noël Barrot, ministre délégué. Notre ambassadeur de France en Russie, en poste depuis quatre ans, exerce ses responsabilités dans des conditions extrêmement difficiles et sous la pression permanente du pouvoir russe.
M. Hussein Bourgi. Ce n'est pas le sujet !
M. Jean-Noël Barrot, ministre délégué. En se joignant au peuple russe rassemblé en la mémoire d'Alexeï Navalny, victime d'un assassinat politique, il a montré le meilleur des visages de la diplomatie française.
M. Mickaël Vallet. Eh oui, la diplomatie, c'est un métier...
M. Jean-Noël Barrot, ministre délégué. Il a été l'honneur de la République et de la France ! (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI. - Protestations sur les travées du groupe SER.)
M. Mickaël Vallet. Vous n'avez pas répondu à la question : c'était une boulette, oui ou non ?
M. le président. La parole est à M. Rachid Temal, pour la réplique.
M. Rachid Temal. Monsieur le ministre, la diplomatie, nous la défendons ; les diplomates, nous les défendons. Je rappelle au passage que c'est le gouvernement auquel vous appartenez qui a engagé une réforme particulièrement décriée par les membres du corps diplomatique ; nous, nous les avons défendus au Parlement.
Vous n'avez pas répondu à ma question. Celle-ci n'avait pas pour objet de remettre en cause nos diplomates, qui font un travail remarquable !
En l'occurrence, c'est vous qui n'avez pas protégé le diplomate en question, notre ambassadeur en Russie. Depuis le début de l'année 2024, il a été convoqué à trois reprises, dont le 6 mai, soit la veille de l'investiture de Vladimir Poutine, à laquelle vous lui avez pourtant demandé de participer.
Vous évoquez l'action de la France ? Nous avons voté les mesures concernées. Mais vous avez oublié de préciser que, à l'exception de la Hongrie et de la Slovaquie - voyez avec qui nous étions... -, aucun pays de l'Union européenne n'était présent le 7 mai, ni le Royaume-Uni, ni les États-Unis, ni les autres pays du G7. Nous étions les seuls !
Vous avez rappelé que la France a condamné les conditions d'élection du président russe. Le 15 mars, de retour de la réunion du Triangle de Weimar, avec les Allemands et les Polonais, le Président de la République a indiqué qu'il ne pouvait pas saluer les élections dans un pays qui emprisonne ses opposants, qui parfois les tue et qui mène une guerre. Et, un mois plus tard, le même envoie son ambassadeur à Moscou !
C'est cela, la faute qui vous est reprochée ! Car c'est bien une faute. Le message que vous adressez aux Ukrainiens et aux autres pays, c'est que la France tient un double discours ou, à tout le moins, n'est pas claire. Et ne venez pas nous parler d'« ambiguïté stratégique », comme à propos de l'éventuel envoi de troupes au sol. Là, vous abaissez la parole de la France ! Vous abaissez sa capacité à intervenir dans le débat ! C'est une faute, monsieur le ministre ; une triple faute : diplomatique, politique et morale ! (Applaudissements sur les travées des groupes SER et GEST, ainsi que sur des travées des groupes Les Républicains et UC. - M. Claude Malhuret applaudit également.)
Source : senat.fr ↗
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