Inquiétudes pour l'avenir des industries en Meuse
Posée le 17/10/2024 • Ministère interrogé : Industrie
Jocelyne Antoine UC
Sénatrice — Meuse
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 06/11/2024
Mme Jocelyne Antoine. Le département de la Meuse connaît des vagues de désindustrialisation successives, avec des répercussions économiques et sociales dramatiques pour un territoire rural déjà fragilisé.
Plusieurs entreprises, autrefois piliers de l'emploi local, sont aujourd'hui en proie à de graves difficultés financières.
Je dois évidemment évoquer la situation de la papeterie Stenpa, à Stenay, où 130 emplois sont menacés. Moins d'un an après sa reprise par un fonds d'investissement étranger, cette papeterie quasi centenaire se retrouve une nouvelle fois au bord du gouffre, puisque les promesses d'investissement n'ont pas été tenues.
À cela s'ajoute un nouveau coup dur pour l'emploi local et le tissu économique meusien avec l'annonce de la fermeture par Bonduelle de son site de Saint-Mihiel, où 159 salariés risquent de perdre leur travail.
Sans un engagement fort de l'État pour identifier et accompagner des repreneurs, la désindustrialisation des territoires ruraux ne pourra être stoppée.
Dans des territoires comme la Meuse, où l'industrie constitue le dernier rempart contre l'exode rural, ces fermetures constituent de véritables drames. Nos petites communes souffrent déjà d'une baisse démographique et du vieillissement de leur population ; la disparition des emplois industriels contribue à l'accélération de ces dynamiques négatives.
Dans ce contexte sombre, heureusement, il y a parfois des éclaircies.
Il arrive ainsi que des salariés se réunissent en société coopérative participative (Scop) pour donner un nouveau souffle à leur entreprise. C'est le cas pour l'emblématique fabricant de laines Bergère de France, et pour La Meusienne, producteur de tubes en acier inoxydable. Cependant, là aussi, un accompagnement technique et financier important est nécessaire pour que ces initiatives soient couronnées de succès.
Il est difficile de faire le tour de cette question cruciale en deux minutes, madame la secrétaire d'État. Aussi, j'aurais plaisir à vous accueillir dans mon département pour échanger davantage sur le sujet et approfondir la question.
Dans l'attente, permettez-moi de vous adresser ces deux questions : que comptez-vous faire pour préserver l'emploi industriel, et notamment pour accompagner les entreprises en difficulté dans la Meuse ? Une révision de la loi du 29 mars 2014 visant à reconquérir l'économie réelle, dite loi Florange, est-elle à l'ordre du jour pour éviter que des fonds d'investissement ne se retirent sans investir durablement dans les entreprises locales ?
M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d'État.
Mme Laurence Garnier, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, chargée de la consommation. Madame la sénatrice Antoine, je vous remercie de cette invitation dans votre département, qui est historiquement marqué d'une empreinte industrielle forte. Il est malheureusement aujourd'hui confronté aux difficultés que vous avez évoquées.
Avant toute chose, je veux vous assurer qu'avec mes collègues du Gouvernement, Antoine Armand et Marc Ferracci, nous sommes aux côtés des salariés, de leurs représentants et des élus locaux pour réunir toutes les parties prenantes autour de la table, trouver des compromis et identifier des solutions pour préserver les sites et les emplois.
Vous m'alertez plus précisément sur les situations de Stenpa, de Bergère de France et du site de Bonduelle à Saint-Mihiel. Dans ces trois cas, l'État s'est attaché, avec les partenaires locaux, à favoriser des reprises, avec des succès notables. C'est notamment le cas de la reprise par une Scop, qui vient d'être validée, de Bergère de France.
Sachez en tout cas que nous sommes, pour chacune de ces situations, pleinement mobilisés avec les services de l'État, tels que le comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri), la délégation interministérielle aux restructurations d'entreprises (Dire) et les commissaires aux restructurations et à la prévention des difficultés (CRP).
Parmi leurs missions, ces instances s'assurent aussi que les projets de reprise par des investisseurs reposent sur une vision industrielle pérenne et une stratégie de moyen ou long terme.
Vous avez parfaitement raison de le souligner, madame la sénatrice, il s'agit d'un enjeu fondamental pour que les entreprises d'un territoire comme le vôtre puissent se développer structurellement sans être soumises à des stratégies d'investissement agressives.
Je termine en vous assurant de l'attention du Gouvernement sur ces sujets, qui sont, vous l'avez également souligné, de véritables enjeux d'aménagement du territoire, notamment pour notre ruralité.
Source : senat.fr ↗
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