Conséquences de l'action « mois sans pêche »
Posée le 30/01/2025 • Ministère interrogé : Transition écologique, biodiversité, forêt, mer et pêche
Max Brisson Les Républicains
Sénateur — Pyrénées-Atlantiques
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 12/02/2025
M. Max Brisson. Ma question est très similaire à celle que vient de poser Annick Billon.
Le mois sans pêche est reconduit pour la seconde année, alors même qu'il est largement contesté.
Il est contesté, d'abord, pour son inefficacité. Alors qu'il a été décidé pour protéger les populations de dauphins, les rapports de l'observatoire Pelagis indiquent que le nombre d'échouages a connu une forte hausse lors de la fermeture de la pêche l'année dernière, ceux-ci étant passés de 187 en 2023 à 273 en 2024, malgré le mois sans pêche.
C'est là la démonstration éclatante que la pêche n'est pas la principale responsable des échouages.
Il est contesté, ensuite, pour des raisons écologiques. Alors qu'elle importe déjà 80 % de sa consommation de produits aquatiques, la France sera encore un peu plus dépendante des importations avec des produits de provenances toujours plus lointaines. C'est une aberration écologique.
Il est contesté, enfin, pour des raisons économiques. En effet, le mois sans pêche prive des milliers de mareyeurs, de transporteurs et de poissonniers du fruit de leur travail, tandis que la seule indemnisation de l'État ne permet pas de compenser leurs lourdes pertes. Cela fragilise grandement l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement et menace la pérennité des emplois de toute la filière.
Madame la ministre, ma question est très simple : comment le Gouvernement compte-t-il mettre un terme à ce dispositif du mois sans pêche, qui risque d'anéantir la pêche française sans pour autant sauver les dauphins du golfe de Gascogne ?
Mme Annick Billon. Très bien !
M. le président. La parole est à Mme la ministre.
Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche. Monsieur le sénateur Brisson, je me permets d'abord de contester ce que vous venez de dire : oui, la fermeture du golfe de Gascogne est, clairement, très efficace pour réduire le nombre d'échouages de cétacés et, partant, celui de morts précoces. Ainsi, on a enregistré une division par quatre du nombre de décès de dauphins.
Ensuite, je veux le rappeler, c'est une décision de justice qui a amené le Gouvernement à prendre cette décision de fermeture à la pêche du golfe de Gascogne, laquelle vaut pour trois ans, le temps nécessaire au déploiement de mesures alternatives destinées à l'effarouchement des cétacés, ce qui permettra de concilier la préservation de ces populations avec les activités de pêche.
Dans cette attente, des mesures d'urgence ont été prises. D'une part, ainsi que vous l'avez indiqué, 20 millions d'euros ont été débloqués afin de compenser les pertes de chiffre d'affaires des pêcheurs à hauteur de 80 % à 85 %, ce qui est un niveau très élevé si on le compare à celui auquel sont indemnisés les pêcheurs espagnols, à savoir 47 %. D'autre part, en aval, les pertes d'excédent brut d'exploitation des mareyeurs sont également compensées.
Cela étant, vous avez raison sur ce point, monsieur le sénateur, on ne peut pas se satisfaire de cette situation. L'enjeu est donc de parvenir à des solutions permettant de rouvrir la pêche en 2027 tout en protégeant la nature. Je pense en particulier aux dispositifs d'effarouchement des cétacés, qui font l'objet d'évaluations par les scientifiques.
M. le président. La parole est à M. Max Brisson, pour la réplique.
M. Max Brisson. Madame la ministre, je suis très surpris par vos affirmations. Moi, je sais compter : on a dénombré 273 échouages l'année dernière, en l'absence de tout bateau de pêche, contre 187 l'année précédente, alors que les bateaux de pêche opéraient.
Que vous vouliez faire porter aux pêcheurs cette responsabilité, soit, mais, ce faisant, vous avez tort de vous en prendre à la pêche : ces échouages ont certainement bien d'autres causes. Les pêcheurs du golfe de Gascogne servent aujourd'hui de boucs émissaires, ce qu'ils vivent très mal.
Votre réponse ne donne pas l'impression que le Gouvernement a réellement l'intention de sauver la filière pêche. On continuera d'importer, d'être dépendants. Où est la souveraineté alimentaire ?
Source : senat.fr ↗
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