Question écrite ✓ Répondue #6#15#

Suppression d'une soixantaine de postes d'éducateurs dans le département du Nord

Posée le 13/02/2025 • Ministère interrogé : Travail, santé, solidarités et familles

Michelle Gréaume

Michelle Gréaume CRCE-K

Sénatrice — Nord

La question

Mme Michelle Gréaume attire l'attention de Mme la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles sur la baisse de 25 % des crédits départementaux alloués aux associations de prévention spécialisée pour l'année 2025. Reconnue comme une compétence obligatoire pour les départements au titre de l'aide sociale à l'enfance, la prévention spécialisée joue un rôle déterminant afin de conserver un lien social avec des jeunes en grande difficulté et pour prévenir leur marginalisation. Ce rôle est essentiel dans le département du Nord qui est l'un des plus peuplés et l'un des plus jeunes du pays. La suppression de postes d'éducateurs aurait des conséquences alarmantes et aggraverait des fractures sociales déjà bien marquées dans le département du Nord. En effet, les conséquences de ce désengagement ne pourraient se limiter aux seuls jeunes accompagnés, mais toucheraient l'ensemble des territoires. Confrontées à des contraintes budgétaires intensifiées avec l'adoption du dernier projet de loi de finances, les communes ne sauraient compenser ce désengagement. De nombreuses études démontrent que l'investissement dans la prévention au plus près des adolescents en difficulté est efficace et permet d'éviter l'application des politiques répressives bien plus coûteuses. L'État ne peut rester spectateur de ce qu'il se joue. Décentraliser ne signifie pas abandonner. En conséquence, elle lui demande quelles sont les mesures prévues par le Gouvernement pour assurer le financement des associations de prévention spécialisée et plus largement celle de la protection de l'enfance.

✓ Réponse du gouvernement

La prévention spécialisée est un dispositif essentiel de protection de l'enfance visant à prévenir et réduire les phénomènes de marginalisation et de décrochage social des jeunes d'un territoire prescrit, et à renforcer les capacités éducatives de leur environnement social et familial.

Aux termes de l'article L. 123-1 du Code de l'action sociale et des familles (CASF), le département est responsable du service de l'Aide sociale à l'enfance (ASE) et en assure le financement. L'article L. 221-1 du CASF fixe les missions du service de l'ASE. Il est ainsi chargé d' « organiser, dans les lieux où se manifestent des risques d'inadaptation sociale, des actions collectives visant à prévenir la marginalisation et à faciliter l'insertion ou la promotion sociale des jeunes et des familles, notamment des actions de prévention spécialisée visées au 2° de l'article L. 121-2 ».

L'article L. 121-2 du CASF prévoit que le département participe aux actions visant à prévenir la marginalisation et à faciliter l'insertion ou la promotion sociale des jeunes et des familles dans les quartiers prioritaires de la ville ou dans les lieux où se manifestent des risques d'inadaptation sociale sous la forme notamment d'actions « dites de prévention spécialisée auprès des jeunes et des familles en difficulté ou en rupture avec leur milieu ».

L'article L. 121-5 du CASF confère un caractère obligatoire aux dépenses résultant de l'application de ces dispositions. Le caractère obligatoire de ces dépenses, lorsqu'il existe sur le territoire départemental des lieux où se manifestent des risques d'inadaptation sociale, a été reconnu par la jurisprudence administrative (CAA Nantes, 21 juin 2017, n° 15NT01292) qui précise que le département peut toutefois librement en définir les conditions d'exercice.

Pour soutenir les départements dans l'exercice de leurs compétences, l'Etat s'est engagé ces dernières années dans un soutien renforcé à la prévention spécialisée au travers de différentes politiques publiques :

La politique de protection de l'enfance notamment de lutte contre l'exploitation sexuelle des mineurs :

- les clubs de prévention spécialisée sont nombreux à être lauréats des appels à projets lancés par la direction générale de la cohésion sociale depuis 2022 ;

- la politique de lutte contre la pauvreté : 5 millions d'euros par an ont permis entre 2018 et 2022 de développer des actions de prévention spécialisée afin d'aller vers les publics les plus en difficulté ;

- les politiques de prévention de la délinquance : le fonds interministériel de prévention de la délinquance pouvant financer des actions de prévention spécialisée ;

- les politiques de la ville, à travers notamment le dispositif des bataillons de la prévention. 

Dans le cadre des travaux en cours sur la protection de l'enfance, le Gouvernement réaffirme son engagement à soutenir la prévention spécialisée. La contractualisation en prévention et protection de l'enfance prévue en 2025, dotée de 120 Meuros, vise notamment à inciter les départements à s'engager pleinement dans les dispositifs de prévention.

Par ailleurs, la haute autorité de santé travaille actuellement à l'élaboration d'une recommandation de bonnes pratiques professionnelles relative à la prévention spécialisée. Ces travaux, menés en concertation avec les acteurs de terrain, visent à structurer et harmoniser les pratiques, en consolidant leur efficacité et en facilitant leur appropriation par l'ensemble des professionnels concernés.

Ce renforcement des dispositifs traduit la volonté d'assurer un accompagnement durable et adapté aux jeunes en difficulté, dans le respect des compétences départementales et au service de la cohésion sociale.

Source : senat.fr ↗

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