Inégalités territoriales et précarité des étudiants dans les territoires d'outre-mer
Posée le 27/02/2025 • Ministère interrogé : Éducation nationale, enseignement supérieur et recherche
Monique de Marco GEST
Sénatrice — Gironde
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 30/04/2025
La parole est à Mme Monique de Marco, auteure de la question n° 343, adressée à Mme la ministre d'État, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Mme Monique de Marco. Monsieur le ministre, la population étudiante dans les territoires ultramarins a très fortement augmenté ces vingt dernières années.
On constate que 40 % des jeunes Ultramarins effectuent au moins une partie de leur cursus dans le supérieur en France hexagonale. Les raisons, connues de tous, sont la faiblesse de l'offre universitaire dans les territoires d'outre-mer et la difficulté des conditions de vie pour les étudiants. En effet, le niveau de précarité des étudiants est nettement plus élevé en outre-mer que dans l'Hexagone. Ainsi, à Mayotte, plus de 71 % d'entre eux vivent dans la pauvreté.
Cette précarité s'explique notamment par un coût de la vie plus important. En 2024, le coût de la vie d'un étudiant ultramarin boursier était supérieur de 17,4 % à celui d'un étudiant de France hexagonale. La très forte inflation de ces dernières années n'a fait qu'accentuer cette réalité, avec un niveau général des prix à la consommation 7 % à 12 % plus élevé dans les outre-mer.
Les jeunes Ultramarins sont également victimes d'un sous-investissement chronique dans les services publics, les centres régionaux des oeuvres universitaires et scolaires (Crous) et les cités universitaires. Ainsi, en 2022, à La Réunion, il y avait 5 000 demandes de logement universitaire pour seulement 1 330 chambres disponibles. La situation est la même en matière d'accès à l'alimentation, à la santé ou aux transports.
Les jeunes Ultramarins sont les grands oubliés de la République. Or la seule réponse apportée par l'État est la mise en place d'un complément de bourse de 30 euros par mois.
Pour la première fois, le Gouvernement reconnaît la nécessité d'une aide supplémentaire attribuée à ces étudiants. Mais celle-ci est largement insuffisante et n'apporte aucune solution aux non-boursiers, qui sont également victimes de ces inégalités territoriales.
Monsieur le ministre, comment comptez-vous lutter contre ces inégalités et développer l'offre universitaire locale, alors que les jeunes représentent un tiers de la population ultramarine ?
Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.
M. Philippe Baptiste, ministre auprès de la ministre d'État, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche. Madame la sénatrice Monique de Marco, l'accompagnement vers la réussite de tous les étudiants, y compris ultramarins, est une priorité de l'État.
Cela passe évidemment par un renforcement de l'offre de formation, afin de permettre aux jeunes qui le souhaitent de suivre l'ensemble de leurs études sur leur territoire. La première des inégalités est bien celle que vous décrivez : 39 000 des 50 000 étudiants ultramarins choisissent ou sont contraints, à un moment ou un autre, de faire leurs études dans l'Hexagone. Nous déployons des actions spécifiques à leur intention.
La majoration des bourses de 30 euros, tout d'abord, bénéficie aujourd'hui à plus de 27 000 étudiants. Cette revalorisation n'est pas négligeable, puisqu'elle représente jusqu'à 21 % du montant des bourses.
Ensuite, près de 800 logements Crous seront rénovés d'ici à 2027 - près d'un tiers du parc existant est aujourd'hui en cours de rénovation.
Par ailleurs, nous avons décidé de majorer la nouvelle aide individuelle à la restauration pour les étudiants qui n'ont pas accès à une offre du Crous. Plus de 4 000 étudiants d'outre-mer en bénéficient déjà.
Nous avons aussi fortement augmenté les moyens des Crous d'outre-mer : 1,7 million d'euros supplémentaires ont été attribués au Crous Antilles-Guyane et 1,3 million d'euros au Crous La Réunion-Mayotte.
Bien sûr, cette lutte contre la précarité se joue aussi lors des crises. Je pense notamment au cyclone qui a frappé Mayotte. Au-delà de la mobilisation exceptionnelle des agents publics sur le terrain et à distance pour assurer une assistance téléphonique, l'État a décidé de verser une aide d'urgence de 300 euros à tous les étudiants mahorais, sur place et dans l'Hexagone, afin de les aider à traverser ce moment. Nous aidons aussi l'université, qui a d'ores et déjà bénéficié de près de 2 millions d'euros de crédits pour réaliser des travaux. Nous allons poursuivre ce soutien dans la durée.
Source : senat.fr ↗
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