Mesures prises à la suite du meurtre du jeune Elias
Posée le 05/06/2025 • Ministère interrogé : Justice
Marie-Claire Carrère-Gée Les Républicains
Sénatrice — Paris
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 05/06/2025
M. Gérald Darmanin, ministre d'État, garde des sceaux, ministre de la justice. Madame la sénatrice Marie-Claire Carrère-Gée, je vais essayer de répondre à l'ensemble de vos interrogations, même si je me suis déjà exprimé sur ce sujet en réponse aux questions de Mme Jourda, de Mme Florennes et de M. Blanc.
Vous l'avez compris, j'ai la ferme volonté de construire rapidement de nouvelles places de prison, en procédant différemment de ce que fait habituellement le ministère de la justice.
Aujourd'hui, on construit, grosso modo, les mêmes établissements pénitentiaires sur l'ensemble du territoire national, sans véritablement différencier les profils de détenus selon leur dangerosité. On les catégorise seulement selon leur statut devant la justice : les personnes en détention provisoire sont orientées vers les maisons d'arrêt, tandis que les personnes condamnées sont placées dans des établissements pour peine. Résultat : surpopulation chronique en maison d'arrêt et sous-occupation des établissements pour peine. Ce déséquilibre traduit un dysfonctionnement du système.
Le 31 juillet prochain, comme vous l'avez voté, sera créée la première prison de haute sécurité dans le Pas-de-Calais. Puis ouvrira, le 15 octobre, celle de Condé-sur-Sarthe. Comme je l'ai indiqué à M. Blanc, nous développons également des prisons à taille humaine, moins carcérales, destinées aux auteurs de délits ou de crimes qui, une fois condamnés et incarcérés, ne poseront plus de problèmes à l'extérieur. Je pense, notamment, aux infractions routières, à certains faits de violences sexuelles ou de destruction. Les auteurs de ces faits, une fois qu'ils sont à l'intérieur de la prison, ne posent plus de difficulté à l'extérieur, ce qui n'est pas le cas des narcobandits ou des terroristes.
Oui, je suis favorable à la fin de l'aménagement de peine obligatoire. Vous avez cité la loi Belloubet, mais permettez-moi de rappeler que cette orientation a été mise en oeuvre par M. Perben, poursuivie par Mme Dati, puis par Mme Belloubet, enfin par M. Dupond-Moretti. Tous ont agi au nom d'un principe intelligent que nous avons collectivement soutenu : celui d'une régulation carcérale inversée, en refusant les peines ultracourtes, qui n'ont jamais véritablement eu leur place dans notre droit.
Un travail est en cours au Sénat sur ces peines courtes et ultracourtes. Je pense notamment aux travaux conduits par Mme Vérien. Nous devons également observer ce qui se fait au Royaume-Uni, en Allemagne ou aux Pays-Bas. Je suis prêt à en débattre. Mais j'indique d'ores et déjà que je proposerai la fin de l'aménagement de peine obligatoire dès le premier jour d'incarcération dans le texte que je compte vous présenter - je l'espère - dès septembre prochain.
J'en viens à la justice des mineurs. Vous avez, madame, voté la réforme du code de la justice pénale des mineurs proposée par mon prédécesseur, qui prévoit notamment la césure. Et dans le texte dont nous avons débattu ensemble - je parle ici de votre groupe politique -, vous n'avez pas proposé la suppression de ce dispositif.
Cependant, la loi qui vient d'être adoptée permet de faire beaucoup de choses. La comparution immédiate, l'assistance éducative suivie de sanctions, le couvre-feu, sont autant d'outils à notre disposition.
Mme la présidente. Il faut conclure !
M. Gérald Darmanin, garde des sceaux. Nous attendons à présent la décision du Conseil constitutionnel. (Applaudissements sur des travées du groupe UC.)
Mme la présidente. La parole est à Mme Marie-Claire Carrère-Gée, pour la réplique.
Mme Marie-Claire Carrère-Gée. Monsieur le ministre, vous avez cité M. Perben. Je me permets de vous rappeler - mais vous le savez certainement - que lors du mandat du président Jacques Chirac,...
Mme Marie-Pierre de La Gontrie. Oh là !
Mme Marie-Claire Carrère-Gée. ... nous avions fait voter une loi spéciale pour accélérer le rythme de construction de places de prison. Il y avait même, à l'époque, un ministre qui se consacrait entièrement à cette tâche.
Je tenais à vous adresser un mot d'encouragement pour les deux années qui viennent. Car, même en l'absence d'une majorité parlementaire forte, il est possible de réaliser des avancées considérables en matière de construction carcérale. (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)
Source : senat.fr ↗
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