Question écrite ✓ Répondue le 02/07/2026 #23#

Mise en oeuvre des engagements gouvernementaux relatifs à la prévention et à la prise en charge du chemsex

Posée le 06/11/2025 • Ministère interrogé : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées

Ian Brossat

Ian Brossat CRCE-K

Sénateur — Paris

La question

M. Ian Brossat attire l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur la nécessité de renforcer la réponse publique face au phénomène croissant du chemsex et sur la mise en oeuvre des engagements pris par le Gouvernement en la matière. Le chemsex, qui désigne la consommation de produits psychoactifs, principalement des cathinones de synthèse et du Gamma - Hydroxybutyrate (GHB) / Gamma Butyrolactone (GBL), dans un contexte sexuel, s'est considérablement développé ces dernières années, notamment parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Cette pratique, facilitée par l'accès croissant aux nouveaux produits de synthèse et par l'usage des applications de rencontres, entraîne des risques sanitaires, psychologiques et sociaux majeurs : exposition accrue aux infections sexuellement transmissibles, épisodes d'overdose, hospitalisations, ruptures professionnelles ou affectives et, dans les cas les plus graves, décès. Les retours des associations de terrain démontrent qu'elle nécessite un accompagnement spécifique, fondé sur les principes de prévention, de réduction des risques et de non-stigmatisation. Sur ce sujet, de nombreuses associations communautaires telles qu'AIDES, SAFE, Chemspause, Play Safe ou encore SIS mènent depuis plusieurs années un travail exemplaire d'écoute, d'information, de dépistage et d'accompagnement, souvent avec des moyens limités. Certaines collectivités territoriales, au premier rang desquelles la Ville de Paris, se sont également engagées avec détermination. Un voeu adopté à l'unanimité en mars 2021 a permis la mise en oeuvre d'un Plan parisien d'information et de réduction des risques liés au chemsex, impulsé par Jean-Luc Romero-Michel et Anne Souyris, faisant de Paris la première collectivité à se saisir pleinement de cette question de santé publique. En 2022, le professeur Amine Benyamina a remis au ministère de la santé un rapport exhaustif proposant de structurer une réponse nationale, à travers l'élaboration d'une stratégie publique de santé sur le chemsex, la mise en place d'une coordination territoriale sous l'égide des agences régionales de santé, le financement pérenne des associations communautaires, la formation des professionnels de santé et le renforcement de la recherche. Le 31 mars 2025, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une proposition de résolution invitant le Gouvernement à agir résolument sur ce sujet. À cette occasion, le ministre de la santé alors en fonction s'était engagé publiquement à présenter, avant septembre 2025, un « plan chemsex » articulant prévention, accompagnement et formation des professionnels de santé. Dans la continuité de cet engagement, Monsieur Yannick Neuder a missionné, le 8 septembre 2025, le professeur Amine Benyamina pour remettre au Gouvernement, dans un délai de trois mois, un rapport comportant des mesures spécifiques destinées à être intégrées à la feuille de route 2025-2030 de la stratégie nationale de santé sexuelle. Dans ce contexte, il souhaite connaître les suites concrètes données à ces engagements. Il l'interroge sur l'état d'avancement du plan national dédié au chemsex et sur le calendrier envisagé pour sa présentation. Il souhaiterait également être informé des moyens humains et financiers qui seront alloués à sa mise en oeuvre, afin de soutenir durablement les associations communautaires et de renforcer la coordination entre les acteurs de santé publique. Enfin, il lui demande comment le Gouvernement entend associer les collectivités territoriales et les associations de terrain à l'élaboration et au suivi de cette politique publique, à l'image de ce qui a été initié à Paris.

✓ Réponse du gouvernement

Publiée le 02/07/2026

Le Gouvernement a pleinement conscience des risques sanitaires, psychologiques et sociaux liés aux pratiques de chemsex. Ces pratiques appellent une réponse structurée, transversale et fondée sur les principes de prévention, de réduction des risques et des dommages, d'accompagnement global et de non-stigmatisation. Dans cette perspective, le choix a été fait d'intégrer directement une stratégie nationale dédiée au chemsex au sein de la stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030, à travers sa déclinaison opérationnelle dans la feuille de route 2026-2030, qui sera rendue publique prochainement. Ce positionnement permet d'inscrire durablement l'action publique dans une approche articulant santé sexuelle, santé mentale et addictologie, et d'éviter une réponse fragmentée. Depuis le début de l'année 2025, des travaux approfondis ont été conduits afin d'aboutir à des mesures concrètes et opérationnelles. Un groupe de travail spécifique a été constitué, réunissant de nombreux professionnels de santé, des représentants associatifs et des acteurs institutionnels, dont les agences régionales de santé. Les rapporteurs de ce groupe sont issus respectivement de l'association AIDES et de l'agence régionale de santé d'Île-de-France, garantissant un croisement d'expertises entre approche communautaire et pilotage territorial. D'autres acteurs ont également été auditionnés afin d'assurer la pluralité des points de vue et des connaissances. Ces travaux ont permis de formuler un ensemble de propositions articulées autour de plusieurs priorités : - le renforcement des actions de réduction des risques et des dommages adaptées aux pratiques observées ; - la consolidation du soutien aux associations communautaires, dont l'expertise et la capacité d'aller vers les publics concernés sont essentielles ; - l'amélioration des parcours de prise en charge, en renforçant les articulations entre santé sexuelle, addictologie et santé mentale ; - le développement de la formation des professionnels de santé et des acteurs de terrain. Par ailleurs, la mission confiée au professeur Amine Benyamina sur le sujet par la ministre chargée de la santé arrive à son terme. Ses conclusions seront rendues publiques très prochainement. Les premières orientations qui ont été remontées aux services du ministère convergent avec les propositions élaborées dans le cadre du groupe de travail de la feuille de route 2026-2030 de la stratégie nationale de santé sexuelle, avec pour objectif la nécessité d'une réponse nationale structurée et intégrée. Les collectivités territoriales et les associations de terrain ont été étroitement associées à l'ensemble des travaux et continueront de l'être dans la phase de mise en oeuvre et de suivi de la feuille de route. Le ministère chargé de la santé poursuivra son soutien financier aux acteurs associatifs intervenant dans les champs de la santé sexuelle, de la santé mentale et de la lutte contre les addictions, afin d'assurer la pérennité des actions engagées. Le Gouvernement est déterminé à déployer, dans un cadre partenarial et interministériel, une politique publique ambitieuse et cohérente face à ce phénomène, au service de la santé et de la protection des personnes concernées.

Source : senat.fr ↗

← Retour à la fiche de Ian Brossat