Réponse française et européenne face à l'impérialisme états-unien
Posée le 08/01/2026 • Ministère interrogé : Premier ministre
Guillaume Gontard GEST
Sénateur — Isère
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 08/01/2026
M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Monsieur le président Gontard, je ne répéterai pas ce que j'ai dit en réponse à la présidente Cukierman. Je vais tenter d'aller un peu plus loin encore, nourrissant ainsi peut-être dès à présent le débat que vos groupes politiques respectifs ont réclamé en application de l'article 50-1 de la Constitution.
Le vrai sujet, au fond, c'est notre crédibilité. Sommes-nous prêts, une bonne fois pour toutes, à être forts ? La réponse à cette question n'est pas seulement gouvernementale. Il s'agit d'une oeuvre collective, qui doit être menée sur la base de plusieurs principes.
Le premier enjeu - je l'ai dit à la présidente Cukierman -, c'est la cohérence de notre histoire politique et diplomatique ; la cohérence de notre rapport au droit international ; la cohérence de nos engagements multilatéraux, dans un moment de crise du multilatéralisme.
À ce titre, un consensus objectif se fait jour sur l'ensemble des travées du Sénat : le danger majeur, c'est que cette crise ne devienne contagieuse par le truchement de différentes formations politiques cousines au sein de l'Union européenne - j'y reviendrai.
Le deuxième enjeu, c'est la crédibilité. À vous entendre, l'augmentation du budget de la défense ne suffira pas : il faut déjà qu'il y en ait un... S'y ajoute la question de la cohérence entre notre modèle de défense et notre diplomatie, ainsi que celle de l'engagement transatlantique, à laquelle nous revenons sans cesse.
J'y insiste avec la plus grande vigueur : au coeur de votre question, il y a la rupture à laquelle l'administration américaine est en train de se livrer.
Nous sommes membres d'une alliance, qui n'est pas politiquement consensuelle sur ces travées, mais qui ne date tout de même pas d'hier et qui régit complètement l'architecture de sécurité de notre continent. Si un certain nombre de pays européens ne se rallient pas toujours, à ce titre, aux positions françaises, c'est tout simplement parce qu'ils se trouvent nez à nez avec la Russie. Face à cette puissance nucléaire et à ses entreprises de prédation, la position d'un Britannique ou d'un Français n'a strictement rien à voir avec la réaction d'un Allemand, d'un Polonais ou d'un Balte.
La question de la sécurité va donc être déterminante, d'autant qu'elle englobera d'autres combats : un combat agricole - nous y reviendrons dans les heures et les jours à venir -, un combat énergétique,...
M. Fabien Gay. Et culturel !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. ... car, nous le savons clairement désormais, l'énergie est l'un des éléments de notre souveraineté future - nous devons éviter toute dépendance à cet égard -, et, effectivement, un combat culturel. Nous le voyons au travers des questions numériques et, plus largement, intellectuelles : un nouveau pouvoir est en train d'émerger. Dès lors, notre crédibilité est un impératif.
Le troisième enjeu, c'est notre unité. Cela ne signifie pas que nous devons renoncer à notre diversité et à nos combats politiques : nous aurons d'ailleurs suffisamment d'élections cette année, puis l'année prochaine, pour exprimer nos différences. Mais, je le disais il y a quelques instants, nous avons un combat culturel et intellectuel à mener, y compris auprès de la nouvelle génération ; et ce combat est lui aussi de nature politique.
Quelle place notre pays et notre continent doivent-ils prendre dans la nouvelle logique de blocs en train de se dessiner, laquelle n'a strictement rien à voir avec le contexte des années 1990, c'est-à-dire celui de l'après-guerre froide ? Sur cette base, le monde est en train de se composer bien plus vite que n'évoluent nos propres organisations.
Il s'agit bien évidemment d'un sujet préoccupant : à l'évidence, la tentation de la France est de se diviser, là où beaucoup de pays européens sont en train de s'unir, de faire Nation autour de quelques grands objectifs. Il s'agit là d'un sujet clé.
Le quatrième enjeu, c'est d'être ouverts. D'ailleurs, votre groupe politique est beaucoup intervenu à cet égard.
Le fait d'avoir réorienté la présence militaire française en Afrique est bienvenu - heureusement que nous l'avons fait à temps ! Je n'ignore rien des commentaires que nos décisions avaient suscités à l'époque. Mais, aujourd'hui, la manière dont notre présence militaire en Afrique est perçue nous protège d'une forme de double standard.
Je me dois également d'évoquer les engagements français au sein de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean), ainsi que notre capacité à développer et à dérouler la stratégie indo-pacifique. Car si les questions au Gouvernement nous amènent souvent à évoquer une actualité brûlante, ce n'est pas parce que nous regardons ce qui se passe en Amérique du Sud ou plus au nord qu'il faut négliger ce qui se passe en mer de Chine.
Nous devons repenser nos engagements multilatéraux avec beaucoup plus de rapidité.
J'en viens au dernier enjeu, celui qui, au fond, me préoccupe le plus. C'est d'ailleurs la question qu'il faudrait poser dans le cadre d'un débat de type article 50-1 de la Constitution : en avons-nous réellement envie ? À mes yeux, c'est la question la plus redoutable.
Dans les années 1960, pendant la guerre froide ou la guerre d'Algérie, nos grands anciens, gaullistes et communistes, ont su, malgré des engagements très différents, tracer un chemin, faire ce qu'il fallait et prendre les bonnes décisions.
Aujourd'hui, dans ce climat préélectoral, avec les divisions politiques que nous connaissons, sommes-nous capables d'avoir la même volonté et de la transformer de manière totalement désintéressée en plans d'action opérationnels ? Agriculture, énergie, défense ou encore combat culturel, intellectuel et numérique... Nous voyons bien ce qu'il faut faire.
À mon sens, si nous organisons un débat de type article 50-1, faisons-le sur le fond, mesures très concrètes à l'appui ! (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI et sur des travées des groupes INDEP et UC.)
Source : senat.fr ↗
Autres questions de Guillaume Gontard
Publication des derniers décrets d'application de la loi relative à la protection des enfants
Question orale sans débat • 02/07/2026
Gestion de la canicule par le Gouvernement et inaction climatique
Question au Gouvernement • 02/07/2026
Conditions d'enseignement et d'examen durant les canicules
Question écrite • 02/07/2026
Prévention des noyades de jeunes enfants
Question écrite • 02/07/2026