Question écrite ✓ Répondue le 25/06/2026 #6#10#

Évaluation et ajustements en matière de fiscalité locale

Posée le 01/01/2026 • Ministère interrogé : Économie, finances, souveraineté industrielle, énergétique et numérique

Olivier Bitz

Olivier Bitz UC

Sénateur — Orne

La question

M. Olivier Bitz appelle l'attention de M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique sur la répartition de l'effort fiscal demandé aux collectivités territoriales. La suppression de la taxe d'habitation sur les résidences principales a modifié les circuits financiers de la fiscalité locale. Si la réforme est arrivée à maturité, elle souffre de certaines lacunes préjudiciables. La compensation de la taxe d'habitation sur les résidences principales s'est concrétisée par le versement au profit des villes de l'ancien taux du département pour la section communale de la taxe foncière. Ce taux départemental contenait des disparités très importantes en fonction des territoires. L'Orne est un département dont le niveau de vie médian se situe dans le quart inférieur à la moyenne nationale. Pour soutenir ses finances, le Conseil départemental avait déterminé un taux de 7 points supérieurs au taux médian hexagonal. Certaines communes perçoivent ainsi une compensation conséquente au titre de la suppression de la taxe d'habitation sur les résidences principales. C'est le cas en particulier du chef-lieu de département, Alençon. Toutefois, ce flux financier fait l'objet d'une retenue de 38 % au titre de la solidarité nationale. Cet effort est significatif : cela représente 23,9 millions d'euros lors des cinq derniers exercices pour la seule ville d'Alençon. Les collectivités territoriales assurent chaque jour des services publics de proximité en direction des habitants. Le système de retenues tel qu'actuellement pratiqué dans certains territoires fragilise les finances des villes et amoindrit leurs politiques publiques locales. Une première évaluation pourrait donc être menée pour envisager les éventuels correctifs et ajustements qui pourraient être introduits. Aussi, il souhaite connaitre l'appréciation du Gouvernement sur les évolutions qu'il entendrait prendre sur ces enjeux fiscaux.

✓ Réponse du gouvernement

Publiée le 25/06/2026

La suppression de la taxe d'habitation sur les résidences principales (THRP) s'est traduite pour les communes par une perte de ressources qui est compensée à l'euro près par le transfert à leur profit de la part départementale de taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB) à compter de 2021. Au niveau d'une commune, le montant transféré de TFPB n'est pas nécessairement équivalent au montant de la THRP perdu pouvant être supérieur (commune surcompensée) ou inférieur (commune sous-compensée). Afin de garantir à toutes les communes une compensation égale à l'euro près au montant de THRP supprimée, un mécanisme d'équilibrage neutralisant les sur ou sous-compensations, dénommé coefficient correcteur, a été mis en place au IV de l'article 16 de la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 de finances pour 2020. Ce coefficient est fixe et s'applique chaque année aux recettes de TFPB de la commune. Mis en oeuvre pour la première fois en 2021, il est calculé en divisant le produit de TFPB perçu par une commune donnée après réforme par la somme des produits de THRP et TFPB perçus par cette même commune avant réforme. D'une valeur inférieure à 1 pour les communes surcompensées et supérieure à 1 pour les communes sous-compensées, le coefficient correcteur se traduit par une minoration ou un complément de recettes pour garantir la neutralité de la réforme. Les communes pour lesquelles la surcompensation était inférieure ou égale à 10 000 euros ne sont pas intégrées par le mécanisme et conservent cette surcompensation. Bien qu'étant fixe, le coefficient correcteur tient compte, d'une part, de toutes les évolutions des bases de fiscalité directe locale. En effet, à taux constant, l'augmentation annuelle des bases pour tenir compte de l'inflation se traduit ainsi par un complément de fiscalité dynamique aux communes sous-compensées. De même, le coefficient correcteur ne prive en rien une commune surcompensée de la dynamique de ses bases et son produit fiscal continue à s'accroître si ses bases augmentent. D'autre part, les effets du coefficient correcteur sont neutralisés sur la politique de vote de taux de TFPB adoptée par chaque commune. En effet, à bases constantes, une commune surcompensée qui décide d'augmenter son taux de TFPB conserve l'intégralité du supplément de produit qui en résulte. A l'inverse, une commune sous-compensée qui augmente ses taux bénéficie de la hausse de taux sur la part qui lui revient, mais sans majoration : le coefficient ne s'applique pas sur la part qui lui est attribuée. Dans le département de l'Orne, la majorité des communes sont prélevées au titre du dispositif. Ce dernier vise à garantir, dès l'année de mise en oeuvre de la réforme, une compensation à l'euro près de la perte de référence subie. Pour les années suivantes, l'État participe à l'équilibre de la réforme. En effet, dès lors que les contributions des communes surcompensées ne permettent pas de procurer en totalité les compléments de fiscalité revenant aux communes sous-compensées, la charge de la compensation supplémentaire incombe à l'État, via un abondement prévu au G du IV de l'article 16 de la loi de finances pour 2020. L'État est ainsi garant de l'équilibre du mécanisme. Dans sa décision n° 2019-796 DC du 27 décembre 2019, le Conseil constitutionnel a validé les dispositions concernant la compensation de la réforme de la taxe d'habitation. Pour ces raisons, il n'est pas envisagé de revenir sur les modalités de calcul et de mise en oeuvre du dispositif du coefficient correcteur.

Source : senat.fr ↗

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