Question écrite ✓ Répondue #11#13#29#

Dérives du système de formation de pilotes

Posée le 12/02/2026 • Ministère interrogé : Transports

Marianne Margaté

Marianne Margaté CRCE-K

Sénatrice — Seine-et-Marne

La question

Mme Marianne Margaté attire l'attention de M. le ministre des transports sur les dérives du système privé de formation de pilotes dont l'école de pilotage Airways Aviation ESMA à Montpellier, placée en liquidation judiciaire en janvier 2026. Cette fermeture brutale de cette école de pilotage laisse 124 étudiants, dont certains originaires de Seine-et-Marne, dans une situation catastrophique. Ces jeunes et leurs familles ont investi des sommes colossales - souvent entre 30 000 et 100 000 euros, fréquemment via l'emprunt - pour une formation désormais interrompue. Le préjudice financier global est estimé à plus de 3 millions d'euros. Ce dossier n'est malheureusement pas isolé. En effet une série de faillites chroniques (Airways College, PFT, Eatis) mettent à jour les dérives d'un système de formation de pilotes abandonné au seul secteur privé uniquement déterminé par une logique de profits immédiats. Des professionnels du secteur dénoncent même des fonctionnements s'apparentant à des « pyramides de Ponzi », où les frais des nouveaux inscrits financent la formation des anciens. Actuellement, la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) n'effectue qu'un contrôle technique et de sécurité, se déclarant incompétente pour exercer une surveillance économique sur ces établissements. Par conséquent elle lui demande s'il ne faudrait pas que l'État engage des poursuites ou facilite les recours contre les dirigeants de centres de formation dont la gestion imprudente, voire frauduleuse, s'apparente à des détournements de fonds au détriment des familles. Plus globalement ne faudrait-il pas renforcer les pouvoirs de la DGAC pour instaurer un contrôle financier obligatoire et régulier des écoles de pilotage ? Dans la même logique, elle lui demande s'il ne faudrait pas renforcer les peines d'interdiction de gérer pour les administrateurs de sociétés ayant fait l'objet de faillites répétées dans le secteur de la formation aéronautique, afin de stopper le phénomène de renaissance de structures précaires sous de nouveaux noms. En outre, ne serait-il pas avantageux que la DGAC se voit dotée du pouvoir de suspendre immédiatement l'agrément de formation (ATO) dès lors qu'un défaut de transparence financière ou un risque de cessation de paiement est identifié, afin d'empêcher l'encaissement de nouveaux acomptes ? Elle lui demande si le Gouvernement compte mettre en place un fonds de garantie ou un compte de séquestre obligatoire pour protéger les fonds versés par les familles contre les défaillances de ces opérateurs privés. Elle lui demande enfin, s'il ne faudrait pas engager une réflexion sur la création d'un grand pôle public de formation aéronautique, qui renforcerait les capacités de l'École nationale de l'aviation civile (ENAC) ou nationaliserait des centres de formation défaillants, afin de garantir une formation de qualité, accessible au mérite et protégée des aléas des mécanismes du seul marché tout en respectant les nécessaires objectifs d'une forte diminution du transport aérien que le changement climatique rend urgent.

✓ Réponse du gouvernement

Le règlement 1178/2011 du 3 novembre 2011 déterminant les exigences techniques et les procédures applicables au personnel navigant de l'aviation civile fixe, depuis 2013, les règles qui s'imposent aux organismes de formation agréés chargés de dispenser une formation en vue de l'obtention des licences de pilotes et des qualifications et autorisations associées.

La direction générale de l'Aviation civile (DGAC), par sa direction de la sécurité de l'Aviation civile (DSAC), est l'autorité nationale compétente française, chargée, au titre du règlement (UE) 2018/1139 du Parlement européen et du Conseil du 4 juillet 2018, de veiller à la conformité à la règlementation européenne des certificats délivrés par ces organismes de formation.

Le cadre réglementaire européen ne régit toutefois pas l'activité commerciale de ces organismes, la DGAC n'est par conséquent pas compétente pour intervenir dans la gestion financière de ces entreprises privées.

La DGAC veille cependant à ce que l'organisme de formation dispose de personnels diplômés, ainsi que de locaux et de moyens techniques permettant aux élèves d'acquérir leur licence de pilotes dans des conditions optimales de sécurité.

Lorsqu'elle constate des infractions à la règlementation précitée, la DGAC prend toute action visant à limiter voire cesser les activités, notamment en retirant l'agrément de l'organisme défaillant.

La DGAC contribue également à prévenir les situations de fragilité qui sont décrites dans la question ci-dessus, en informant le public intéressé sur les risques financiers que font courir certains organismes de formation. La DGAC a ainsi rédigé un guide intitulé « Devenir pilote de ligne », publié sur le site du ministère des Transports, qui rappellent les principes de prudence et de lucidité qui doivent guider les élèves intéressés (informant par exemple des différentes étapes de formation, des coûts associés ou des pratiques commerciales à éviter comme payer à l'avance l'intégralité de la formation).

Enfin, la DGAC a soutenu et participé à la mise en place par les professionnels du secteur d'une charte déontologique des organismes de formation de l'aviation civile.

Source : senat.fr ↗

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