Question écrite ✓ Répondue #3#

Difficultés de financement du dragage des ports de Loire-Atlantique

Posée le 14/05/2026 • Ministère interrogé : Aménagement du territoire et décentralisation

Laurence Garnier

Laurence Garnier Les Républicains

Sénatrice — Loire-Atlantique

La question

Mme Laurence Garnier attire l'attention de Mme la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation sur les difficultés de financement du dragage des ports de Loire-Atlantique. Les collectivités autorités portuaires n'ont plus les moyens de financer durablement les opérations de dragage pourtant essentielles pour permettre aux bateaux d'entrer et de sortir de nos ports en toute sécurité. Les travaux de dragage sont incontournables pour maintenir l'accessibilité de nos ports. Comme de nombreux gestionnaires publics, le syndicat mixte des ports de Loire-Atlantique est confronté à une augmentation continue des coûts des opérations de dragage sachant que les entreprises spécialisées doivent s'adapter au durcissement des opérations réglementaires en matière environnementale. En comptabilité publique, ces opérations de dragage sont aujourd'hui classées en dépenses de fonctionnement et cette classification pose deux difficultés majeures : l'impossibilité de recourir à l'emprunt pour en financer les opérations et la fragilisation de l'équilibre d'exploitation des ports. Aujourd'hui, pour les 13 ports gérés par le syndicat mixte « Les ports de Loire-atlantique », les seules dépenses liées au dragage devraient atteindre près de 5 millions d'euros d'ici 2030 alors que les recettes annuelles s'élèvent à 2,5 millions d'euros. Dans un contexte où les marges budgétaires se réduisent, les collectivités gestionnaires ne disposent plus, dans la durée, des capacités de financement de ces opérations indispensables pour les navires de pêche et de plaisance. Sans changement du cadre actuel, les collectivités gestionnaires seront contraintes d'espacer voire de renoncer aux opérations de dragage. Les conséquences seront nombreuses pour la sécurité de la navigation, l'activité de pêche, les énergies marines renouvelables et l'attractivité des territoires littoraux et fluviaux. Dans ces conditions, elle lui demande si le Guvernement entend faire évoluer la réglementation financière et comptable en requalifiant les opérations de dragage en investissement, car elles ne sont pas de simples opérations d'entretien, et d'autoriser un recours partiel à l'emprunt, notamment pour financer d'éventuels coûts supplémentaires liés au traitement à terre des sédiments dont les seuils de pollution les rendent impropres à toute immersion au large.

✓ Réponse du gouvernement

Les ports, maritimes et fluviaux, de pêche comme de plaisance, jouent un rôle important pour l'économie du département et, plus fondamentalement, pour l'aménagement du territoire d'un département maritime comme celui de la Loire-Atlantique. Leur impact en termes économiques, sociaux et environnementaux se matérialise bien au-delà des comptes du syndicat mixte chargé de leur gestion. C'est pourquoi la collectivité publique subventionne à bon droit leur fonctionnement, à l'image des contributions en exploitation et en investissement que l'État apporte aux grands ports fluvio-maritime et maritimes qu'il détient.

Leur fonctionnement suppose, comme pour tout actif, des dépenses d'entretien régulier permettant de maintenir en bon état ces infrastructures.

Dans le cas particulier des ports, maritimes comme fluviaux, ces opérations d'entretien consistent à draguer les chenaux d'accès pour faire en sorte que le domaine public, maritime ou fluvial et les infrastructures qui ont été aménagées (quai, chenaux d'accès, naturel ou aménagés) restent disponibles. Le coût de ces opérations est un facteur de préoccupation naturel, d'autant qu'il est directement impacté par l'évolution du coût du carburant. Par ailleurs, la mise en oeuvre récente de l'article 85 de la loi n° 2016 816 du 20 juin 2016 pour l'économie bleue, prévoyant l'interdiction, depuis 2025, du rejet en mer des sédiments et résidus de dragage pollués, nécessite un traitement à terre d'une part plus importante des sédiments.

Toutefois, l'un des principes inhérents au fonctionnement des services publics industriels et commerciaux (SPIC) locaux est l'équilibre strict de chaque section, conformément aux dispositions de l'article L. 2224-1 du code général des collectivités territoriales. Ces services, qui interviennent dans un champ d'action ouvert à la concurrence, doivent tenir une comptabilité conforme aux principes fixés par le plan comptable général.

Le financement de l'activité de ces services par un tarif perçu auprès des usagers nécessite de déterminer le coût complet des services rendus. Ce principe a un effet direct sur les tarifs payés par les usagers du service conformément à la jurisprudence du Conseil d'État du 30 septembre 1996 « Société stéphanoise des eaux - Ville de Saint-Étienne ».

En effet, le financement d'un SPIC doit être assuré essentiellement par l'usager, dans un cadre prenant en compte la valeur économique du service rendu. À cet égard, nonobstant la section supportant la charge des travaux, des difficultés de financement des opérations de dragage doivent conduire la collectivité à l'ouverture d'une réflexion quant à la nature et au montant de ses recettes d'exploitation.

En outre, la nature comptable de ces dépenses constitue, sans aucun doute possible, une charge annuelle. Leur récurrence, qui est soulignée dans votre question, et leur nature permettant de maintenir un bien en l'état jusqu'à la fin de sa durée normale d'utilisation, qualifient ces dépenses de charges d'entretien et de réparation au sens des normes comptables (compte 61523 du plan de comptes M4) applicables aux entités publiques comme aux entités privées.

En outre, l'instruction budgétaire et comptable M4 applicable aux services publics à caractère industriel et commercial, dont font partie les ports, indique bien que « les frais d'entretien et de réparations s'entendent des dépenses qui n'ont d'autre objet que de maintenir un élément de l'actif en état [...]. Les frais d'entretien et de réparations doivent être rattachés aux exercices au cours desquels les travaux ont été exécutés. Les grosses réparations sur les constructions peuvent faire l'objet de provisions ».

S'agissant de la distinction entre immobilisation (imputable en section d'investissement) et charge (imputable en section d'exploitation), l'instruction précise que « ne constituent pas des frais d'entretien et de réparations, mais des frais d'investissement ne pouvant donner lieu qu'à amortissement, les dépenses entraînant une augmentation de la valeur d'actif d'un bien immobilisé ou ayant pour effet de prolonger d'une manière notable la durée d'utilisation d'un élément d'actif ».

Toutefois, compte tenu du fait que ces dépenses sont parfois trop importantes à supporter sur un seul exercice budgétaire, il est rappelé que les dépenses de dragage des collectivités territoriales correspondent aux charges pouvant faire l'objet d'une provision pour gros entretien, conformément au commentaire du compte 157 « provisions pour charges à répartir sur plusieurs exercices ». Plus précisément, « les provisions pour charges à répartir sur plusieurs exercices correspondent à des charges prévisibles importantes, ne présentant pas un caractère annuel, telles que les frais de gros entretien et de grandes visites, qui ne sauraient être supportés par le seul exercice au cours duquel elles sont engagées. Pour être traitée comme provision pour gros entretien ou grandes révisions, la provision correspondante doit être destinée à couvrir des charges d'exploitation très importantes ayant pour seul objet de vérifier le bon état de fonctionnement des installations et d'y apporter un entretien sans prolonger leur durée de vie au-delà de celle prévue initialement. Les petites dépenses courantes d'entretien sont exclues de ce dispositif ».

Source : senat.fr ↗

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