Système d'impunité accordé au gouvernement israélien
Posée le 28/05/2026 • Ministère interrogé : Premier ministre
Guillaume Gontard GEST
Sénateur — Isère
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 28/05/2026
M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Monsieur le président Gontard, je veux vous répondre de manière aussi détaillée que possible.
Face à cette situation, qui est plus que grave, il faut faire preuve de précision et de nuance. Aussi, je vous remercie du choix de vos mots, car j'ai suffisamment combattu, dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, La France insoumise qui, pour des raisons absolument abjectes, entretient la confusion entre l'État, le gouvernement et le peuple d'Israël - vous ne l'avez pas fait !
Permettez-moi de rappeler ce que nous apprenions jadis à l'école en cours d'éducation civique : un peuple a le droit à son existence, particulièrement le peuple israélien, tout comme son État. Dès lors, il est possible de critiquer le gouvernement qui est à la tête de ce même État.
Si cela paraît clair dans cet hémicycle, la contagion vertueuse ne gagne pas toujours l'autre chambre : ce n'est pas le cas à l'Assemblée nationale, du moins au sein du groupe La France insoumise.
Par souci de clarté, je veux donc rappeler que l'on peut défendre l'État d'Israël, son existence, sa capacité à se défendre ou encore la sécurité de son peuple, tout en critiquant son gouvernement.
Ensuite - et cela a été amplement reproché à la diplomatie française ces deux dernières années, ce que je suis bien placé pour savoir, en tant qu'ancien ministre des armées -, la France est le premier pays européen à s'être clairement fâché avec le gouvernement israélien.
Pour quelles raisons ? Nous nous sommes opposés à la violation du droit international et aux frappes à Gaza. Nous avions aussi à coeur la protection de nos propres intérêts et la sécurité de nos soldats, notamment de ceux qui servent au sein de la Finul, dans le cadre du mandat des Nations unies. N'oublions pas, enfin, que la libération de nos propres otages détenus par le Hamas a donné lieu à une divergence très profonde de vues et de stratégie sur la manière de les soustraire des mains de leurs geôliers.
Par ailleurs, il ne faut pas laisser croire que nous n'avons rien fait. Je le répéterai à l'envi : la France ne vend pas d'armes à Israël !
Cessons donc de parler d'embargo ou de prétendre qu'Israël a décidé de ne pas nous acheter d'armes. Il s'agit là d'une décision politique, qui a d'ailleurs été prise par d'anciens Présidents de la République, il y a bien longtemps. Pour quelle raison ? Les membres de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées présents dans cet hémicycle en savent quelque chose : Israël est l'un des plus gros concurrents de l'industrie de défense française ! Ne faisons donc pas croire qu'il existe des logiques de dépendance. Ce n'est pas vrai !
Les seuls composants vendus à Israël, et nous l'assumons, sont ceux qui sont nécessaires aux missiles de défense sol-air utilisés pour le dôme de fer israélien, parce qu'il s'agit alors de protéger des populations civiles. Nous en revenons ici au peuple israélien.
On peut s'opposer au Gouvernement ou au Président de la République, mais, de grâce, ne laissons pas croire aux Françaises et aux Français de telles choses.
M. Guillaume Gontard. Ce n'est pas ce que j'ai dit !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Monsieur le président Gontard, sur les réseaux sociaux, certains, très à gauche, laissent entendre à de nombreux citoyens français de bonne foi que le Gouvernement français ne serait pas clair sur la question des ventes d'armes à Israël.
Ensuite, il faut souligner tout le travail accompli par la diplomatie française. Vous n'avez évoqué la reconnaissance par la France des deux États qu'à la fin de votre question, pour appeler à l'ouverture de l'ambassade française en Palestine. Le ministre de l'Europe et des affaires étrangères s'est déjà exprimé à ce propos.
J'en viens à la question du comportement du ministre que vous évoquez, pour aller au bout de votre question, en reprenant le triptyque État, peuple et gouvernement.
Il est évident que le comportement de ce ministre israélien doit être condamné politiquement et moralement, mais cela ne suffit pas.
Je l'ai dit hier à la présidente du groupe écologiste, Cyrielle Chatelain, à l'Assemblée nationale : cela ne suffit pas, parce que ce ministre est récidiviste.
Cela ne suffit pas, parce que son comportement relève clairement d'une incitation à la haine.
Et puisque nous sommes ici au sein du Parlement de la République française, j'ajoute que cela ne peut pas suffire, parce que des ressortissants français sont concernés par cette mise en scène complètement scandaleuse, qu'il faut dénoncer.
C'est pourquoi une première mesure a été prise : l'interdiction du territoire national prononcée à l'encontre de ce ministre. Mais cela ne va pas assez loin. Une seconde mesure s'impose désormais : des sanctions.
Cependant, monsieur le président Gontard, vous savez que les sanctions ne sont efficaces que si elles sont décidées à l'échelle de l'Union européenne. Le changement à la tête de la Hongrie a déjà permis l'adoption d'un paquet de sanctions visant des colons. Nous souhaitons fortement qu'elles soient suivies d'autres mesures.
Tout cela va-t-il trop lentement ? C'est certain. Notez d'ailleurs que les Verts allemands, qui refusaient eux-mêmes ce type de mesures jusqu'à récemment, ont changé d'avis. (M. Yannick Jadot le confirme.)
Monsieur Jadot, vous savez que les voix de l'Allemagne sont nécessaires pour obtenir la majorité requise. Il nous faut donc convaincre les partenaires de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de changer de position sur ce sujet. Disons-le aux Françaises et aux Français qui nous regardent : la France souhaite que des sanctions soient prises et le Gouvernement agit en ce sens.
Par ailleurs, des citoyens français ont été pris dans cette mise en scène. Le ministre de l'Europe et des affaires étrangères recevra donc les avocats de nos compatriotes concernés. Un examen juridique est en cours. À titre personnel, je souhaite que la justice française soit saisie si les éléments relevés le permettent : il s'agit de nos compatriotes. Nous croyons encore dans l'État de droit, dans les relations entre États et dans le bon fonctionnement de notre diplomatie. Aussi, si la justice française doit être saisie, elle le sera.
Ne nous laissons pas enfermer dans le piège que nous tend une partie de l'extrême droite israélienne, pour dire les choses très directement. Il y a la diplomatie, il y a la grande histoire, et celle-ci passe par la défense de nos intérêts, mais aussi de nos valeurs. (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI, INDEP et RDSE, ainsi que sur des travées du groupe UC. - Mme Émilienne Poumirol et M. Marc-Philippe Daubresse applaudissent également.)
Source : senat.fr ↗
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