Pourquoi ce texte ? Le contexte en 5 points
  • L'ASPA (Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées) est le « minimum vieillesse » : elle complète les pensions jusqu'à 1 034 €/mois pour une personne seule. Fin 2024, environ 650 000 personnes la percevaient.
  • Problème : quand un bénéficiaire décède, l'État peut récupérer les sommes versées sur sa succession — au-delà de 100 000 € d'actif (150 000 € en outre-mer). Résultat : des retraités renoncent à demander l'aide pour ne pas pénaliser leurs héritiers.
  • Le taux de non-recours est estimé à 50 % : environ 300 000 personnes éligibles ne demandent pas l'ASPA.
  • La proposition de loi déposée par Émeline K/Bidi (GDR, La Réunion) supprime la récupération sur succession. Un amendement gouvernemental de dernière minute introduit un forfait logement pour limiter l'impact budgétaire.
  • La PPL était portée par le groupe GDR dans le cadre de sa journée de niche parlementaire du 11 juin 2026 — et a été renvoyée au Sénat, qui l'avait rejetée en première lecture.

C'est un vote rare à l'Assemblée nationale : 165 voix pour, zéro contre, 3 abstentions. Le 11 juin 2026, les députés ont adopté à la quasi-unanimité la proposition de loi visant à renforcer la solidarité envers les retraités pauvres, portée par Émeline K/Bidi (GDR, La Réunion). Le texte supprime le mécanisme de récupération sur succession de l'ASPA, ce filet de sécurité que 300 000 personnes éligibles refusent chaque année par crainte de grever l'héritage de leurs enfants.

165
Pour
0
Contre
3
Abstentions
Résultat du vote solennel — 11 juin 2026
168 votants
165 pour98,2 % des votants
3 abstentionsgroupe HOR
0 contreaucun groupe dans l'opposition

Un scandale silencieux : 300 000 renoncements par an

Le problème que vient corriger ce texte est méconnu mais documenté. L'ASPA — le minimum vieillesse — est une prestation de solidarité pour les retraités dont la pension ne suffit pas à vivre. Elle est récupérable sur la succession quand l'actif dépasse 100 000 euros. Or dans les communes populaires, ce seuil peut être atteint avec un simple pavillon : le retraité qui a tout fait pour transmettre son logement à ses enfants préfère se priver de 500 à 600 euros par mois plutôt que de léguer une dette à ses héritiers. Le non-recours atteint 50 % des personnes éligibles.

« Il est temps de clore un chapitre injuste de l'histoire de notre protection sociale. Chaque année, plus de 300 000 personnes âgées éligibles à l'Aspa renoncent à la demander. La proposition de loi que je vous présente entend répondre à ce scandale. »

Émeline K/Bidi (GDR, La Réunion), rapporteure — discussion générale, 11 juin 2026.

Émeline K/Bidi
Émeline K/Bidi
GDR
Réunion (4)
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Unanimité : du RN à LFI, tous les groupes ont voté pour

Le vote du 11 juin est politiquement inhabituel : aucun groupe n'a voté contre. Le Rassemblement national (41 pour) constitue le contingent le plus important en nombre absolu, devant LFI-NFP (30) et les Socialistes (21). La Droite Républicaine (4 pour) et les centristes EPR (16) et DEM (9) ont également voté pour. Seuls trois députés HOR se sont abstenus.

Vote par groupe politique
Pour
Abstention
RN
41 pour
LFI-NFP
30 pour
SOC
21 pour
EPR
16 pour
EcoS
15 pour
GDR
15 pour
DEM
9 pour
HOR
9 pour + 3 abs
DR
4 pour
UDR
4 pour
LIOT
1 pour

« Trop de nos anciens vivent dans la crainte, parfois honteuse, de demander ce qui leur est dû. Un système qui parle beaucoup de solidarité mais laisse ses aînés dans cette situation a quelque chose à se reprocher. Ce texte est utile et doit être adopté. »

Guillaume Florquin (RN, Nord) — séance du 11 juin 2026.

Guillaume Florquin
Guillaume Florquin
RN
Nord (20)
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La dimension outre-mer : dix fois plus de grande pauvreté

Le texte a une portée particulière dans les territoires ultramarins. Les pensions de retraite y sont en moyenne 28 % plus faibles qu'en métropole, dans un contexte de coût de la vie structurellement plus élevé. Résultat : 11 % des retraités sont en grande pauvreté à La Réunion et en Guadeloupe, 15 % en Guyane — contre 1 % en métropole. C'est précisément pour La Réunion qu'Émeline K/Bidi, qui en représente la 4e circonscription, a déposé ce texte.

« N'en déplaise aux pasionarias de la valeur travail, il est possible en France d'être pauvre en ayant travaillé toute sa vie. Changer cela commence par l'abrogation de l'injuste réforme des retraites de 2023. »

Sandrine Rousseau (EcoS, Paris) — discussion générale, 11 juin 2026.

Sandrine Rousseau
Sandrine Rousseau
EcoS
Paris (9)
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Ce que change la loi

🚫
Fin de la récupération sur succession
Les sommes versées au titre de l'ASPA ne pourront plus être récupérées par l'État sur l'actif successoral à la mort du bénéficiaire.
🏠
Forfait logement compensatoire
Un amendement gouvernemental réduit légèrement l'ASPA pour les allocataires propriétaires de leur logement ou hébergés à titre gratuit — pour neutraliser l'impact budgétaire.
📈
300 000 recours attendus
En levant le frein psychologique de la récupération, le texte vise à réduire le taux de non-recours estimé à 50 % des éligibles.
🌏
Seuil outre-mer maintenu
Le mécanisme spécifique aux territoires ultramarins (seuil de 150 000 €) est supprimé comme le reste du dispositif. Priorité affichée aux DOM-TOM.
À noter : Le Sénat avait rejeté ce texte en première lecture. La navette parlementaire continue — une commission mixte paritaire devra trouver un accord. Sans compromis, l'Assemblée aura le dernier mot, mais le calendrier parlementaire reste serré avant la fin de session.

Chronologie

Fin 2024
650 000 personnes perçoivent l'ASPA, mais 300 000 éligibles supplémentaires y ont renoncé — dont une majorité de femmes seules.
2025
Émeline K/Bidi (GDR, La Réunion) dépose la PPL. Le Sénat la rejette en première lecture.
3 juin 2026
Examen en commission des affaires sociales à l'Assemblée. Le texte est profondément modifié : la commission va plus loin que la PPL initiale en supprimant totalement la récupération sur succession.
11 juin 2026
Vote solennel : 165 pour, 0 contre, 3 abstentions. Unanimité de tous les groupes politiques. Le gouvernement dépose un amendement de dernière minute instaurant un forfait logement compensatoire.
Prochaine étape
Retour au Sénat. Commission mixte paritaire ou nouvelle lecture. Le texte doit être définitivement adopté pour entrer en vigueur.

Votes, amendements, profils des 165 députés qui ont voté pour : retrouvez les détails sur la fiche d'Émeline K/Bidi et dans nos classements.