Pourquoi ces auditions ? Le contexte en cinq points
  • À Paris, des dizaines d'animateurs du périscolaire ont été suspendus depuis 2025, dont une partie pour des soupçons de violences sexuelles sur des enfants. Des affaires comparables sont apparues dans d'autres villes.
  • La mission d'information de la commission de la culture du Sénat a les prérogatives d'une commission d'enquête : les témoins déposent sous serment. Rapporteure : Agnès Evren (Les Républicains, Paris). Président : Laurent Lafon (Union centriste, Val-de-Marne).
  • Au cœur des débats : un guide interne de 2021 qui permettait à la Ville de ne pas saisir le procureur (article 40 du code de procédure pénale) quand les parents avaient déjà porté plainte. Anne Hidalgo dit ne pas en avoir été informée ; l'ex-directrice des affaires scolaires Bérénice Delpal affirme qu'il a été validé par le cabinet de la maire et par le secrétariat général.
  • Le 8 octobre, la mission a entendu le sommet de l'administration parisienne : Marie Villette, secrétaire générale de la Ville de 2020 à avril 2026, et Éric Laurier, ancien directeur adjoint des affaires scolaires, devenu directeur des ressources humaines en mars 2025.
  • Les travaux « touchent à leur fin » : la rapporteure veut verser ses propositions dans le projet de loi relatif à la protection des enfants, adopté par l'Assemblée le 21 juillet et attendu au Sénat le 27 octobre selon elle.

Le guide qui a espacé les signalements au procureur était-il passé par le bureau de la secrétaire générale de la Ville de Paris ? Devant la mission d'information du Sénat, le 8 octobre, Marie Villette a répondu sous serment qu'elle ne s'en souvenait pas. Bérénice Delpal, qui dirigeait les affaires scolaires, avait affirmé devant la même mission que le document avait été « visé » par le secrétariat général et par le cabinet d'Anne Hidalgo. À ses côtés, l'actuel directeur des ressources humaines, Éric Laurier, a présenté ses excuses pour avoir qualifié de « chevaliers blancs » des animateurs qui signalaient des maltraitances.

Marie Villette : ni informée « explicitement », ni signataire dans ses souvenirs

La question est venue de Laurent Lafon, qui a résumé plusieurs semaines d'auditions par un constat : « on a un peu le sentiment que chacun se repasse la patate chaude ». Anne Hidalgo a renvoyé vers son administration, son administration vers le cabinet. Laurent Lafon a donc demandé à l'ancienne secrétaire générale si elle avait été informée, dès 2020, du changement de pratique de la direction des affaires juridiques.

Marie Villette conteste d'abord le mot. Il ne s'agissait pas, selon elle, d'un « changement de doctrine » mais d'une « pratique » de la direction des affaires juridiques : quand les parents avaient porté plainte, la Ville jugeait « redondant » d'adresser en plus un signalement au parquet, avec qui les échanges restaient « extrêmement réguliers ». Elle reconnaît que cette pratique a été « dommageable », parce que les familles ont pu la vivre comme un abandon, et rappelle que la Ville est revenue en octobre 2025 au signalement systématique, avec en plus un dépôt de plainte de la Ville pour toute violence sexuelle sur mineur.

Pressée par la rapporteure de dire si elle avait, oui ou non, visé le document, elle a répondu ne pas se souvenir d'avoir eu connaissance du « guide comportement adulte », ni de l'avoir validé. Agnès Evren a indiqué attendre toujours le document promis par Bérénice Delpal.

« Non, je ne peux pas vous le confirmer en l'état de mes souvenirs, je suis désolée. »

Marie Villette, secrétaire générale de la Ville de Paris de 2020 à 2026, devant la mission le 8 octobre

L'échange le plus dur a porté sur l'école maternelle Bullourde, dans le 11e arrondissement. La rapporteure a lu un rapport d'inspection selon lequel, après qu'une enfant a dénoncé des violences sexuelles visant aussi quatre autres enfants, la « décision a été prise de ne pas contacter les autres familles après échange avec la secrétaire générale ». Ces parents l'ont appris par d'autres familles. Marie Villette dit se souvenir « évidemment » de ce cas, mais estime qu'il n'appartenait pas à la Ville de s'immiscer dans une enquête en cours, et qu'elle-même ne disposait pas des informations de l'enquête. Elle a précisé n'avoir jamais été en lien avec la brigade de protection des mineurs. L'animateur en cause, a-t-elle ajouté, avait déjà été suspendu puis mis hors de cause : faute de traçabilité à l'époque, rien ne permettait de l'écarter quand il a recandidaté.

Sur le bilan du rapport d'inspection de 2015, la rapporteure cite une « mission flash » de l'inspection de la Ville, remise en février 2026, selon laquelle la moitié des recommandations n'ont pas été appliquées. Marie Villette oppose un autre chiffre du même audit : 87 % des recommandations des rapports d'inspection sur les violences entre 2015 et 2025 auraient été mises en œuvre. Elle explique qu'aucune des commissions de suivi qu'elle a présidées n'a porté sur le rapport de 2015, jugé « ancien ». Ce rapport flash n'est pas publié sur le site de la Ville ; ni elle ni Éric Laurier n'ont dit qui en décidait.

Éric Laurier : des excuses, et des agents réaffectés au remboursement du passe Navigo

La première question d'Agnès Evren visait une visioconférence de janvier 2022 avec le collectif SOS Périscolaire, révélée par Mediapart, où Éric Laurier qualifiait de « chevaliers blancs » des animateurs qui dénonçaient des maltraitances. Il a parlé de propos « totalement inappropriés » et présenté ses « excuses les plus sincères » aux familles. Il a ajouté que ces propos n'avaient pas été tenus « dans un cadre public » ; la rapporteure lui a répondu que la réunion avait fait l'objet d'une convocation officielle des parents.

Sur les animateurs déplacés d'une école à l'autre après des soupçons de violences, il a défendu le cadre de l'époque : depuis 2022, la Ville ne peut plus prononcer de déplacement d'office comme sanction, et la loi lui interdit d'affecter un agent hors de ses fonctions statutaires. Des agents réaffectés ailleurs malgré un classement sans suite ont gagné leurs recours. Il a dit avoir proposé une saisine du ministre de la Fonction publique, signée le 3 juin selon lui, pour allonger la durée de la suspension. En attendant, des animateurs écartés sont reconvertis : certains traitent aujourd'hui le remboursement des passes Navigo à la direction de la voirie.

« Si c'était à refaire, j'intérioriserais moins les contraintes juridiques, certainement, avec le regard d'aujourd'hui. »

Éric Laurier, directeur des ressources humaines de la Ville de Paris, devant la mission le 8 octobre

La Ville tient désormais un fichier des agents signalés pour violences sexuelles : depuis une décision de fin 2025, un agent qui y figure ne sera « jamais repris », quelle que soit l'issue de la procédure, a-t-il été expliqué à la mission, alors que ce fichier n'a « pas de valeur légale ». Sur les vacataires, qui représentent selon la rapporteure environ 10 000 des 14 000 à 15 000 animateurs parisiens, Éric Laurier a jugé plausible un ordre de grandeur de 2 500 à 3 000 recrutements par an, sans valider le total de 40 000 depuis 2013 avancé par les syndicats. Il a confirmé qu'avant l'école du périscolaire lancée en 2025, ces vacataires ne suivaient pas de formation systématique avant d'être placés face aux enfants.

Ce que les sénateurs ont cherché à établir

  • Qui savait, et quand. Laurent Lafon a demandé à qui la direction des affaires scolaires rendait compte des suspensions. Réponse d'Éric Laurier : un compte rendu hebdomadaire informait la mairie d'arrondissement, le secrétariat général, le cabinet de la maire et celui de l'adjoint aux affaires scolaires, sans que ceux-ci interviennent dans les décisions.
  • Des recrutements « entre amis ». Agnès Evren a cité l'inspection : à l'école Bullourde, 65 % des animateurs avaient été recrutés directement par le responsable éducatif de l'école, sans contrôle du contenu des entretiens. La Ville assure que ces responsables n'ont plus le droit de recruter eux-mêmes.
  • Sécuriser les maires. Adel Ziane (Socialiste, Seine-Saint-Denis) a demandé comment protéger juridiquement les élus qui suspendent un animateur « en dehors de tout cadre légal », et plaidé pour un fichier national contre le « nomadisme pédocriminel ».
  • Au-delà de Paris. Adel Ziane a regretté que la mission n'ait eu qu'un mois de travaux, alors que le collectif SOS Périscolaire signale une « deuxième vague » de signalements en province. La rapporteure a répondu que Paris n'était « pas une exception » et que les propositions iraient dans le projet de loi.
Une question toujours sans réponse. Après Anne Hidalgo, Bérénice Delpal et Marie Villette, trois responsables ont donné trois versions sur la validation du guide de 2021 : l'ancienne maire dit n'avoir pas été informée, l'ancienne directrice des affaires scolaires dit qu'il a été visé par le secrétariat général et le cabinet, l'ancienne secrétaire générale ne s'en souvient pas. Le document lui-même, demandé par la rapporteure, n'avait pas été transmis à la mission le 8 octobre.
Juin 2015
Rapport de l'inspection générale de la Ville de Paris sur les violences dans le périscolaire.
2021
Guide interne « comportement adulte » : pas de signalement au procureur quand les parents ont déjà porté plainte.
Janvier 2022
Visioconférence entre la direction des affaires scolaires et SOS Périscolaire, révélée par Mediapart en septembre 2026.
Octobre-novembre 2025
Retour au signalement systématique, dépôt de plainte de la Ville en cas de violence sexuelle, fichier interne des agents signalés, nouveau plan d'action présenté aux familles.
Février 2026
« Mission flash » de l'inspection de la Ville sur la mise en œuvre du rapport de 2015, non publiée.
15 et 29 septembre 2026
Auditions d'Anne Hidalgo puis de Bérénice Delpal, qui se contredisent sur la validation du guide.
8 octobre 2026
Audition de Marie Villette et d'Éric Laurier.
27 octobre 2026
Examen annoncé au Sénat du projet de loi relatif à la protection des enfants ; conclusions de la mission attendues d'ici là.

Vous pouvez suivre les travaux de la mission sur la page du Sénat, et retrouver l'activité de la rapporteure Agnès Evren et du président Laurent Lafon sur leurs fiches.