Pourquoi ce texte ? Le contexte en 5 points
  • Depuis dimanche 12 juillet à midi, 37 départements sont en vigilance rouge canicule et 46 en orange (Météo-France) : 38 à 41 °C attendus, environ 26 millions de Français concernés.
  • La France se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale : le Gouvernement a retenu en mars 2025 une trajectoire de réchauffement de référence de +4 °C en 2100 (+2,7 °C dès 2050) pour son 3ᵉ plan national d'adaptation — mais cette politique ne reposait sur aucune loi.
  • Le régime d'indemnisation des catastrophes naturelles (CatNat), créé en 1982 et financé par une surprime sur les contrats d'assurance, est sous tension : la surprime est passée de 12 % à 20 % au 1ᵉʳ janvier 2025.
  • Le député socialiste Fabrice Barusseau a déposé le 28 octobre 2025 une proposition de loi pour inscrire l'adaptation au changement climatique dans la loi et adapter les mécanismes d'assurance.
  • Adopté par les députés le 8 avril 2026, le texte a été transmis au Sénat le lendemain — où il n'est inscrit à l'ordre du jour que le 19 octobre 2026.

Pendant que 37 départements suffoquent en vigilance rouge, la première loi consacrant une politique nationale d'adaptation au changement climatique attend son tour au Sénat. Les députés ont adopté le 8 avril, en première lecture, la proposition de loi de Fabrice Barusseau par 70 voix pour, aucune contre et 27 abstentions. Transmis au Palais du Luxembourg le 9 avril, le texte n'y sera examiné en séance publique que le 19 octobre — plus de six mois après son adoption, et au sortir d'un été que Météo-France annonce durablement brûlant.

70
Pour
0
Contre
27
Abstentions

Zéro voix contre, mais 27 abstentions

Le scrutin dessine un consensus rare : aucun groupe n'a voté contre. Les socialistes, à l'origine du texte, fournissent le premier contingent de soutiens (20 voix), suivis des écologistes (13), du bloc central — EPR (11), Horizons (9), Démocrates (5) — et de La France insoumise (9 pour, 2 abstentions). Les 27 abstentions viennent presque toutes de la droite et de l'extrême droite : le Rassemblement national en concentre 19, la Droite républicaine 3 et l'UDR d'Éric Ciotti 3.

L'abstention du RN s'est cristallisée sur l'article 3, qui autorise la modulation de la surprime d'assurance dans les zones à risque. En séance, la députée Claire Marais-Beuil a défendu la suppression pure et simple du dispositif.

« Une maison ou une entreprise peuvent être situées dans une zone qui n'est pas exposée à un instant T et qui peut le devenir par la suite. Que se passe-t-il alors ? Vous êtes surtaxé, vous êtes imposé. »

Claire Marais-Beuil
Claire Marais-Beuil
RN
Oise (1)
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La Droite républicaine, elle, ne s'est pas opposée au principe mais a réclamé des garde-fous face à la « liberté nouvelle » accordée aux assureurs. Josiane Corneloup a demandé — sans succès — un rapport d'évaluation au Parlement.

« …vérifier que l'adaptation de notre système assurantiel face aux changements climatiques se fasse dans un cadre équilibré, soutenable et universel. »

Josiane Corneloup
Josiane Corneloup
DR
Saône-et-Loire (2)
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Ce que change concrètement le texte

Le cœur de la proposition de loi est d'abord symbolique et juridique : elle grave dans le code de l'environnement une politique d'adaptation qui n'existait jusqu'ici que par voie réglementaire. Mais elle touche aussi, très concrètement, au contrat d'assurance habitation de chaque Français.

🌡️
Une trajectoire de réchauffement dans la loi
La « trajectoire de réchauffement de référence » — projection climatique jusqu'en 2100 — sera fixée par arrêté, après avis du Conseil national de la transition écologique et du Haut Conseil pour le climat.
🗺️
Un plan d'adaptation tous les cinq ans
Le plan national d'adaptation devient quinquennal et obligatoire. Les plans locaux d'urbanisme devront intégrer les projections climatiques de la trajectoire de référence.
🏠
Reconstruire mieux après un sinistre
Après une catastrophe naturelle, l'indemnité d'assurance pourra dépasser la valeur du bien si elle finance des travaux de réduction de la vulnérabilité, déterminés par une expertise obligatoire. En cas de refus de l'assuré, sa franchise augmentera.
📈
Des surprimes modulables en zone à risque
Le taux de la surprime CatNat sera révisé tous les cinq ans. Les assureurs pourront moduler la surprime des résidences secondaires et des biens professionnels de plus de 20 millions d'euros situés en zone à risque, dans des limites fixées par décret.

Derrière la technique assurantielle, l'enjeu est l'avenir du régime CatNat, dont la Caisse centrale de réassurance est le garant public. Le rapporteur Fabrice Barusseau l'a défendu pied à pied en séance, y compris contre les amendements de suppression.

« Il arrive que des assureurs spéculent sur les sinistres. […] Si le fonds Cat nat se vide, son garant, le gouvernement, devra puiser dans son budget. Quand on connaît l'état des finances publiques, il y a de quoi s'inquiéter ! »

Fabrice Barusseau
Fabrice Barusseau
SOC
Charente-Maritime (3)
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À noter : la loi ne débloque aucun financement nouveau. Son gage budgétaire repose sur une taxe additionnelle sur le tabac, et le coût global de l'adaptation de la France au réchauffement n'est toujours pas chiffré — le secrétariat général à la planification écologique y travaille, a reconnu le rapporteur en séance, pour écarter les demandes de rapport de LFI comme de la Droite républicaine.

Et maintenant ? Six mois d'attente au Sénat

Le calendrier du texte illustre la lenteur de la navette sur les propositions de loi, tributaires des « niches » et des fenêtres d'ordre du jour : quatre mois se sont écoulés entre son adoption en commission (3 décembre 2025) et la séance publique à l'Assemblée (8 avril 2026). Il en faudra plus de six entre sa transmission au Sénat et son examen, prévu le 19 octobre. D'ici là, l'été 2026 aura fait la démonstration, canicule après canicule, de l'urgence que le législateur entend traiter.

28 octobre 2025
Dépôt de la proposition de loi de Fabrice Barusseau (n° 2037) à l'Assemblée nationale.
3 décembre 2025
Adoption en commission du développement durable (rapport n° 2193).
8 avril 2026
Adoption en première lecture par l'Assemblée nationale : 70 pour, 0 contre, 27 abstentions.
9 avril 2026
Transmission au Sénat et renvoi en commission.
12 juillet 2026
Météo-France place 37 départements en vigilance rouge canicule, 46 en orange : 38 à 41 °C attendus.
19 octobre 2026
Examen du texte en séance publique au Sénat.

Pour suivre le parcours complet du texte, consultez la fiche de la proposition de loi, et retrouvez la position de votre député sur le widget de vote ci-dessus ou sur sa fiche NosParlementaires.