- Le 27 septembre 2026, 178 sièges du Sénat sont renouvelés. Trente-quatre députés en exercice figurent sur les listes déposées, et quinze d'entre eux sont en position d'être élus : tête de liste au scrutin proportionnel, ou candidat dans un département au scrutin majoritaire.
- Un député élu sénateur quitte l'Assemblée sans délai ni choix (article LO 137 du code électoral). Son suppléant, élu en même temps que lui, prend le siège jusqu'au renouvellement de l'Assemblée (article LO 176).
- Une élection législative partielle n'est organisée que si ce remplacement est impossible (article LO 178).
- Le projet de loi de finances pour 2027 est présenté en conseil des ministres le 30 septembre, trois jours après le scrutin sénatorial, et la session ordinaire s'ouvre le 1er octobre.
- Depuis juillet 2024, aucun bloc ne détient la majorité absolue à l'Assemblée : les 577 sièges se répartissent entre douze groupes, le plus important en comptant 122.
Sur les 8 434 scrutins publics organisés à l'Assemblée nationale depuis le début de la 17e législature, 113 auraient donné le résultat inverse si les quinze députés en position d'être élus sénateurs le 27 septembre n'avaient pas siégé. Soixante-quatre textes ou amendements ont été adoptés grâce à leurs voix, quarante-neuf ont été rejetés grâce à elles. Ces quinze députés peuvent quitter l'Assemblée dimanche soir : leurs suppléants siégeraient alors à leur place, en pleine discussion budgétaire d'automne.
Une Assemblée où un vote sur treize se joue à cinq voix
Le calcul n'a de sens que dans une chambre sans majorité. Il en a beaucoup ici. Sur les 8 434 scrutins publics enregistrés depuis le 18 juillet 2024, 1 131 ont été tranchés par un écart de dix voix ou moins, soit un sur sept. Et 629 l'ont été par cinq voix ou moins : un scrutin sur treize. Ces écarts ne concernent pas seulement des amendements marginaux de fin de nuit — la médiane des votants dans ces scrutins serrés est de 120, contre 123 pour l'ensemble des scrutins de la législature.
Trente de ces bascules concernent le projet de loi de finances ou le projet de loi de financement de la sécurité sociale — les deux textes dont l'équivalent revient dans l'hémicycle en octobre.
Une voix d'écart sur les accords franco-algériens
Le cas le plus spectaculaire date du 30 octobre 2025. La proposition de résolution demandant la dénonciation des accords franco-algériens du 27 décembre 1968 a été adoptée par 185 voix contre 184, l'écart le plus serré possible sur un texte aussi disputé. Parmi les quinze députés candidats au Sénat, huit ont voté pour — les sept élus du Rassemblement national et l'élu Horizons Loïc Kervran — et trois ont voté contre. Sans eux, le décompte s'inverse : 177 pour, 181 contre. La résolution était rejetée.
« Pour faire un point sur le texte, puisque certains amendements ont été adoptés à quelques voix près et qu'il est assez compliqué de s'y retrouver… »
Le Rassemblement national expose sept sièges, le socle gouvernemental six
Les quinze candidats en position d'être élus ne se répartissent pas également. Sept siègent au groupe Rassemblement national, le plus nombreux de l'Assemblée avec 122 députés. Six appartiennent aux groupes qui soutiennent le gouvernement : deux à Ensemble pour la République, deux à Horizons, un à la Droite républicaine, un aux Démocrates. Les deux derniers sont des Insoumis, Emmanuel Fernandes dans le Bas-Rhin et Gabriel Amard dans le Rhône.
Rapporté aux effectifs, l'exposition est modeste : 5,7 % du groupe RN, 5,6 % du groupe Horizons, 2,2 % du groupe EPR. Mais l'arithmétique de cette législature ne se joue pas en pourcentages. Elle se joue en unités, et quatre groupes sur les six concernés perdraient des voix dans le même camp.
« Monsieur le ministre, pensez-vous qu'il soit raisonnable de débattre d'un sujet aussi grave que celui des fraudes alors que nous sommes douze députés présents dans l'hémicycle ? »
Qui pèse le plus dans les 113 votes
Les quinze ne participent pas aux mêmes scrutins. Edwige Diaz, députée de Gironde et tête de liste RN, a pris part à 71 des 113 votes concernés — le plus haut total du groupe, cohérent avec ses 4 553 suffrages exprimés depuis 2024. À l'autre extrémité, Philippe Latombe n'en a voté que 9 : avec 770 suffrages exprimés, il est de loin le moins présent aux scrutins publics des quinze.
Ce que le calendrier impose
Le scrutin sénatorial tombe trois jours avant la présentation du budget 2027 en conseil des ministres et quatre jours avant l'ouverture de la session ordinaire. Un député élu sénateur cesse d'appartenir à l'Assemblée dès la proclamation des résultats (ou, en cas de recours, après la décision du Conseil constitutionnel) ; son suppléant prend aussitôt sa place. L'Assemblée abordera donc le budget avec ses 577 sièges pourvus : ce sont les votants qui changent, pas le nombre de sièges.
« Nous ne pouvons pas dire le contraire. L'hémicycle a rarement été aussi vide. On compte d'ailleurs plus de députés dans les rangs de la gauche qu'ailleurs. »
Le détail des candidatures département par département est consultable sur notre dossier sénatoriales 2026. Les bilans des quinze députés concernés sont accessibles depuis leur fiche : Edwige Diaz (Gironde), Manon Bouquin (Hérault), Julien Rancoule (Aude), Emmanuel Fernandes (Bas-Rhin), Géraldine Grangier (Doubs), Valérie Bazin-Malgras (Aube), Pascal Markowsky et Christophe Plassard (Charente-Maritime), Sylvie Josserand (Gard), Frank Giletti (Var), Julie Delpech (Sarthe), Gabriel Amard (Rhône), Loïc Kervran (Cher), Olga Givernet (Ain) et Philippe Latombe (Vendée).