Député élu sénateur : ce que dit la loi, en 5 points
  • On ne peut pas être à la fois député et sénateur. L'article LO 137 du code électoral est sans option : « tout député élu sénateur […] cesse, de ce fait même, d'appartenir » à l'Assemblée nationale.
  • Il n'y a donc pas de choix à faire : le mandat de sénateur, le dernier acquis, l'emporte. L'élu ne peut « en aucun cas participer aux travaux de deux assemblées ».
  • Le siège de député n'est pas remis au vote. L'article LO 176 prévoit que le député est remplacé, jusqu'au prochain renouvellement de l'Assemblée, par la personne élue en même temps que lui à cet effet : son suppléant. Une élection partielle n'a lieu que si ce remplacement est impossible (article LO 178).
  • Si l'élection sénatoriale est contestée, la vacance du siège de député n'est proclamée qu'après la décision du Conseil constitutionnel confirmant l'élection. Les recours peuvent être déposés jusqu'au dixième jour qui suit la proclamation des résultats.
  • Les huit suppléants avaient été élus sur le même bulletin que les titulaires, lors des législatives de juin et juillet 2024.

Huit députés en exercice ont été élus sénateurs le 27 septembre : quatre du Rassemblement national, Edwige Diaz, Manon Bouquin, Sylvie Josserand et Frank Giletti ; deux du groupe Horizons, Loïc Kervran et Christophe Plassard ; une de la Droite républicaine, Valérie Bazin-Malgras ; et un insoumis, Gabriel Amard. Tous quittent l'Assemblée nationale, et huit suppléants y entrent à leur place. Ces huit sièges ont compté : sur les 8 434 scrutins publics de la législature enregistrés dans notre base, 93 auraient donné le résultat inverse si leurs votes n'avaient pas été décomptés.

8
députés élus sénateurs
4
venus du groupe RN, sur 122
93
scrutins qui auraient basculé sans leurs voix

Qui part, qui arrive

Les huit élus ont gagné leur siège de sénateur dans leur propre département. Les résultats par département sont sur notre page sénatoriales 2026 en direct. Chacun cède son siège de député à la personne inscrite comme suppléante lors des législatives de 2024, selon l'archive des mandats publiée par l'Assemblée nationale.

Circonscription : Gironde, 11e.
Sénat : Gironde (Rassemblement national).
Son siège revient à Mme Christine Dumas
Circonscription : Hérault, 4e.
Sénat : Hérault (Rassemblement national).
Son siège revient à M. Benoit Gilhet
Circonscription : Aube, 2e.
Sénat : Aube (Les Républicains).
Son siège revient à M. Bernard De La Hamayde
Circonscription : Gard, 6e.
Sénat : Gard (Rassemblement national).
Son siège revient à Mme Laurence Gardet
Circonscription : Rhône, 6e.
Sénat : Rhône (La France insoumise).
Son siège revient à Mme Melouka Hadj-Mimoune
Circonscription : Cher, 3e.
Sénat : Cher (Horizons).
Son siège revient à M. Emmanuel Riotte
Circonscription : Var, 6e.
Sénat : Var (liste d'union à l'extrême droite).
Son siège revient à Mme Muriel Fiol
Circonscription : Charente-Maritime, 5e.
Sénat : Charente-Maritime (divers centre).
Son siège revient à Mme Vanessa Parent

D'après notre base, aucun des huit suppléants n'a siégé à l'Assemblée au cours de cette législature. Leur rattachement à un groupe politique sera connu à leur entrée en fonctions.

Le RN perd deux de ses députés les plus présents

Le Rassemblement national est le groupe le plus touché, avec quatre départs sur 122 députés. Ce ne sont pas des départs anodins. Edwige Diaz, vice-présidente du parti chargée de la formation, a pris part à 5 026 des 8 434 scrutins publics de la législature, soit 60 %. C'est le 9e total de l'Assemblée et le 7e de son groupe. Manon Bouquin, élue pour la première fois en 2024, en compte 3 939 : 32e rang de l'Assemblée, 18e du groupe RN. Le député RN médian a voté 2 696 fois.

« Cet amendement n’est qu’un numéro de claquettes qui ne protégera pas les Français : il n’inquiétera pas les trafiquants et il ne sera en rien utile aux forces de l’ordre et aux services d’enquête. »

En séance, le 18 mars 2025.

Edwige Diaz
RN
Gironde (11)
Voir la fiche →

Les deux autres élus RN sont moins présents dans les votes. Sylvie Josserand a voté 2 953 fois (50e du groupe) et n'a posé qu'une question écrite de toute la législature. Frank Giletti a voté 2 075 fois, ce qui le place au 91e rang sur 122 dans son groupe. Il est en revanche celui des huit dont le plus d'amendements ont été adoptés : 19 sur 110 déposés.

Après ce scrutin, le RN compte 12 sénateurs, assez pour former un groupe au Sénat, comme nous l'expliquons dans notre article sur le seuil des dix sénateurs. À l'Assemblée, ses quatre sièges restent occupés, mais par des suppléants.

Le bilan des huit à l'Assemblée

Chiffres de la 17e législature (depuis juillet 2024) : scrutins publics auxquels chacun a pris part, amendements dont il est le premier signataire, questions écrites au gouvernement. Pour comparaison, parmi les 577 députés en exercice, le député médian a voté 1 994 fois, déposé 130 amendements et posé 23 questions écrites.

Député sortantScrutins votésAmendements déposésQuestions écrites
Edwige Diaz
RN, Gironde (11)
5 026 (60 %)
9e sur 577
50 (2 adoptés)75
Manon Bouquin
RN, Hérault (4)
3 939 (47 %)
32e sur 577
138 (6 adoptés)43
Valérie Bazin-Malgras
DR, Aube (2)
3 902 (46 %)
38e sur 577
381 (15 adoptés)78
Sylvie Josserand
RN, Gard (6)
2 953 (35 %)
116e sur 577
88 (9 adoptés)1
Gabriel Amard
LFI-NFP, Rhône (6)
2 502 (30 %)
179e sur 577
120 (10 adoptés)13
Loïc Kervran
HOR, Cher (3)
2 195 (26 %)
241e sur 577
61 (16 adoptés)45
Frank Giletti
RN, Var (6)
2 075 (25 %)
273e sur 577
110 (19 adoptés)22
Christophe Plassard
HOR, Charente-Maritime (5)
1 801 (21 %)
333e sur 577
135 (6 adoptés)51

Valérie Bazin-Malgras est la députée la plus active de la Droite républicaine dans les votes : 1re de son groupe de 48 députés. Elle a aussi déposé 381 amendements, près de trois fois plus que Manon Bouquin, deuxième des huit avec 138, et posé 78 questions écrites.

« Le constat est là : notre pays est devenu un enfer réglementaire et fiscal pour ceux qui travaillent. »

En séance, le 29 avril 2025, dans le débat sur le travail le 1er mai.

Côté Horizons, Loïc Kervran et Christophe Plassard ont pris part respectivement à 26 % et 21 % des scrutins. Le groupe perd deux de ses 36 députés. Gabriel Amard, seul élu de gauche de la liste, a voté 2 502 fois et déposé 120 amendements.

« Nous ne pouvons pas balayer d’un revers de main le fait que ces JOP 2030 peuvent conduire à l’artificialisation de l’équivalent de vingt-huit terrains de football. »

En séance, le 17 décembre 2025, dans le débat sur les Jeux olympiques et paralympiques d'hiver de 2030.

Gabriel Amard
LFI-NFP
Rhône (6)
Voir la fiche →

93 votes où leurs voix ont décidé du résultat

Pour mesurer le poids de ces huit sièges, nous avons recompté chaque scrutin public de la législature en retirant leurs votes. Dans 93 cas, le résultat s'inverse : 53 textes ou amendements ont été adoptés grâce à eux, 40 ont été rejetés grâce à eux. 23 de ces scrutins portent sur un projet de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale.

Le cas le plus serré est celui du 30 octobre 2025 : la proposition de résolution visant à dénoncer les accords franco-algériens de 1968 a été adoptée par 185 voix contre 184. Cinq des huit futurs sénateurs ont voté pour : Edwige Diaz, Manon Bouquin, Sylvie Josserand, Frank Giletti et Loïc Kervran. Sans eux, le texte était rejeté.

C'est Edwige Diaz qui a le plus souvent pesé : dans 62 des 93 scrutins, elle a voté dans le sens du résultat final. Manon Bouquin l'a fait 56 fois, Valérie Bazin-Malgras 33 fois, Gabriel Amard 6 fois.

À noter : ce recomptage ne prédit pas les votes à venir. Les suppléants ont été élus sur le même bulletin que les titulaires et peuvent voter comme eux. Il montre ce que pesaient ces huit sièges quand leurs titulaires étaient présents. La présence des nouveaux députés dans l'hémicycle comptera autant que leur position.

Les étapes

30 juin et 7 juillet 2024
Élection des huit députés et de leurs suppléants. Edwige Diaz et Frank Giletti sont élus dès le premier tour, les six autres au second.
30 octobre 2025
La résolution sur les accords franco-algériens de 1968 est adoptée par 185 voix contre 184. Cinq des huit votent pour.
27 septembre 2026
Les huit sont élus sénateurs. Ils cessent d'appartenir à l'Assemblée nationale (article LO 137).
Dix jours après la proclamation
Fin du délai de recours devant le Conseil constitutionnel. En cas de contestation, la vacance du siège de député n'est proclamée qu'après sa décision.
Jusqu'aux prochaines législatives
Les huit suppléants siègent à la place des titulaires (article LO 176).

Le bilan complet des huit élus reste consultable sur leur fiche : Edwige Diaz, Manon Bouquin, Sylvie Josserand, Frank Giletti, Valérie Bazin-Malgras, Loïc Kervran, Christophe Plassard et Gabriel Amard. Tous les résultats du scrutin sont sur notre page sénatoriales 2026.