Résultats du 27 septembre : 12 sénateurs, le seuil de dix est franchi
Les listes du Rassemblement national, seules ou en union avec l'UDR, remportent 9 sièges le 27 septembre. Ajoutés aux trois sénateurs élus en 2023, qui n'étaient pas renouvelables, cela fait 12 sénateurs, au-dessus des dix qu'exige le Règlement du Sénat pour former un groupe.
- Fabien Bravi, Bouches-du-Rhône · Liste d'union à l'extrême-droite
- Marie-Pierre Callet, Bouches-du-Rhône · Liste d'union à l'extrême-droite
- Sylvie Josserand, Gard · Liste du Rassemblement National — députée en exercice (Gard, 6e circonscription)
- Edwige Diaz, Gironde · Liste du Rassemblement National — députée en exercice (Gironde, 11e circonscription)
- Manon Bouquin, Hérault · Liste du Rassemblement National — députée en exercice (Hérault, 4e circonscription)
- Léon Levasseur, Seine-Maritime · Liste du Rassemblement National
- Carine Leroy, Var · Liste d'union à l'extrême-droite
- Frank Giletti, Var · Liste d'union à l'extrême-droite — député en exercice (Var, 6e circonscription)
- Thierry d'Aigremont, Vaucluse · Liste du Rassemblement National
- Gaëlle Frontoni, Alpes-Maritimes · Liste d'union des droites pour la République
- Laurent Castillo, Alpes-Maritimes · Liste d'union des droites pour la République
Source : résultats publiés par le Sénat (senatoriales2026.senat.fr), nuances attribuées par les préfectures. Détail des voix : les résultats en direct.
Il faut y ajouter 2 élus sous la nuance « Union des droites pour la République », le parti d'Éric Ciotti allié au RN : Gaëlle Frontoni (Alpes-Maritimes), Laurent Castillo (Alpes-Maritimes). Ils ne sont pas comptés ci-dessus, mais le RN annonce avec eux un groupe commun RN-UDR de 14 sénateurs, selon Public Sénat.
Stéphane Ravier, seul non-inscrit renouvelable, n'est pas réélu dans les Bouches-du-Rhône : sa liste « Libertés communales, bon sens provençal » n'obtient aucun siège, face à la liste RN-UDR qui en remporte deux.
Trois réserves avant de parler de groupe RN :
- Le groupe n'existe pas encore formellement. Annoncé dès le soir du scrutin, il se constitue après l'entrée en fonction des élus, le 1er octobre, par une déclaration politique signée d'au moins dix membres et remise à la présidence du Sénat.
- Les listes d'union ne sont pas toutes RN. Dans le Var et les Bouches-du-Rhône, les listes communes RN-UDR font entrer des élus dont l'affiliation exacte se précisera au moment de la déclaration.
- 4 des élus sont députés en exercice (Sylvie Josserand, Edwige Diaz, Manon Bouquin, Frank Giletti) : ils n'ont pas le choix. Un député élu sénateur « cesse, de ce fait même, d'appartenir » à l'Assemblée (article LO 137 du code électoral) ; son suppléant le remplace (article LO 176).
Ce que change un groupe de 14 sénateurs
« Cela va nous permettre de rentrer dans le jeu institutionnel », a résumé Jordan Bardella dimanche soir, cité par franceinfo. Le premier effet se lit dans les scrutins publics. Depuis octobre 2023, les trois sénateurs RN, non-inscrits, n'ont voté qu'à 28 % des 909 scrutins publics, faute de collègues pour déposer leur bulletin en leur absence. Un groupe dispose d'une clé de vote : ses 14 voix seront décomptées à chaque scrutin, que ses membres soient en séance ou non.
Quatorze voix ne font pas une majorité dans une assemblée de 348 membres. Elles suffisent pourtant à peser sur les votes serrés. Depuis octobre 2023, 17 scrutins publics sur 909 se sont décidés à 14 voix d'écart ou moins. Le 1er décembre 2025, des amendements identiques au projet de loi de finances pour 2026 ont été adoptés par 170 voix contre 169, contre l'avis des trois élus RN. La composition du Sénat change avec ce renouvellement, et ces scrutins ne se rejoueraient pas à l'identique. Mais ils donnent l'ordre de grandeur.
Le reste tient au Règlement du Sénat, dont les outils sont détaillés plus bas dans notre analyse d'août. Les sièges des commissions permanentes sont répartis à la proportionnelle des groupes : les élus RN y siégeront comme membres d'un groupe et non plus comme non-inscrits. Le groupe aura aussi des questions au gouvernement attribuées chaque semaine et un temps de parole garanti dans les discussions générales. Son président aura un siège à la Conférence des présidents, qui fixe l'ordre du jour. Il obtiendra enfin un droit de tirage annuel pour une commission d'enquête ou une mission d'information, ainsi que des bureaux et des crédits pour recruter des collaborateurs.
L'analyse d'avant scrutin (29 août 2026)
- Le 27 septembre 2026, 178 des 348 sièges du Sénat sont remis en jeu dans 64 circonscriptions (série 2), élus par les grands électeurs issus des municipales de mars.
- Le Sénat compte aujourd'hui 9 groupes politiques. Le Rassemblement national n'en a aucun : ses 3 sénateurs, élus en 2023 dans le Nord, le Pas-de-Calais et la Seine-et-Marne, siègent parmi les 4 « non-inscrits ».
- Le Règlement du Sénat fixe à 10 sénateurs le minimum pour former un groupe. Il manque donc 7 élus au RN — ses 3 sièges actuels ne sont pas renouvelables cette année, tout gain s'y ajoute.
- Sans groupe, un sénateur n'a ni clé de vote collective, ni siège à la Conférence des présidents, ni « espace réservé » à l'ordre du jour : les données de vote le montrent brutalement.
- La direction de campagne du RN dit viser un doublement ou un triplement de ses effectifs, avec des cibles concentrées en Provence-Alpes-Côte d'Azur et en Occitanie.
À 29 jours des sénatoriales, les trois sénateurs du Rassemblement national affichent, dans nos données, une participation de 28 % aux 909 scrutins publics tenus depuis octobre 2023 — contre une médiane supérieure à 96 % dans chacun des neuf groupes du Sénat. Ce n'est pas d'abord une question d'absentéisme : c'est la mécanique d'une chambre où les groupes votent pour leurs absents, et où les sénateurs sans groupe ne comptent que lorsqu'ils sont dans l'hémicycle. Le 27 septembre, le RN joue exactement cela : franchir la barre des dix élus pour cesser d'être une « réunion administrative » et devenir un groupe.
Neuf groupes, 344 sénateurs encartés — et quatre sans groupe
Le palais du Luxembourg est structuré par ses groupes. Les Républicains en forment le premier, avec 131 sénateurs, suivis des socialistes (64) et des centristes (59). Les six autres groupes comptent entre 16 et 20 membres : c'est l'étiage des « petits » groupes, celui que le RN voudrait rejoindre. En face, la réunion administrative des sénateurs ne figurant sur la liste d'aucun groupe (RASNAG) ne compte que quatre élus : les trois RN et Stéphane Ravier (Bouches-du-Rhône), élu sous l'étiquette Front national en 2014, passé à Reconquête en 2022.
Sièges remis en jeu le 27 septembre : LR 77, SER 30, UC 30, RDPI 10, RDSE 9, LI-RT 8, GEST 7, CRCE-K 4, sans groupe 1 (Stéphane Ravier). Lecture complète dans notre décryptage des sièges en jeu. Source : base NosParlementaires.
Sans groupe, on ne vote presque pas : 28 % de participation
C'est le chiffre le plus parlant du dossier. Christopher Szczurek (Pas-de-Calais) a pris part à 260 des 909 scrutins publics depuis son élection, Aymeric Durox (Seine-et-Marne) à 257, Joshua Hochart (Nord) à 254. Les trois occupent les rangs 342, 343 et 344 sur 348 au classement de la participation ; Stéphane Ravier ferme la marche à 126 votes (14 %). Dans le même temps, la médiane des sénateurs LR est à 99,9 %, celle du groupe socialiste à 96,1 %.
L'explication tient à une pratique propre au Sénat : lors des scrutins publics, un sénateur de chaque groupe dépose les bulletins de tous ses collègues, présents ou non — une « clé de vote » collective que les sénateurs socialistes et écologistes ont tenté de faire abolir en 2025 au nom de l'article 27 de la Constitution. Un non-inscrit, lui, n'a pas de groupe pour voter à sa place : sa voix n'apparaît que lorsqu'il est physiquement présent ou qu'il a confié une délégation individuelle. La conséquence est arithmétique : 652 fois sur 909, Aymeric Durox est enregistré « non-votant ».
Médiane des taux de participation individuels des sénateurs actifs de chaque groupe. Source : base NosParlementaires, scrutins publics du Sénat.
Quand ils votent, les trois élus RN votent ensemble : sur 251 scrutins où les trois se sont exprimés, ils ont pris la même position 249 fois. Leur groupe de référence n'est pas celui que l'on croit : leurs positions coïncident le plus souvent avec l'Union centriste (62 %) et LR (60 %), et le moins avec les écologistes (37 %). Mais ils s'en détachent sur les textes structurants : contre le rejet sans débat de l'aide à mourir le 7 juillet 2026 (motion adoptée par 169 voix contre 164), contre la première partie du budget 2026 et contre le budget de la Sécurité sociale 2026, votés par la droite sénatoriale, contre la révision constitutionnelle sur la Nouvelle-Calédonie (215 voix pour, 41 contre).
Trois sénateurs, 563 amendements, 9 adoptés
Hors hémicycle, le trio n'est pas inactif. Ils ont déposé, comme premiers signataires, 563 amendements en trois sessions — Christopher Szczurek en est au 49e rang du Sénat sur ce critère, Joshua Hochart au 70e — et 249 questions écrites. Mais sans groupe pour négocier, presque rien ne passe : 9 amendements adoptés sur 563, soit 1,6 %, quand un sénateur LR en fait adopter en moyenne 36 et un centriste 33. Le seul amendement d'Aymeric Durox adopté l'a été en juin 2026 sur la loi d'urgence agricole ; les six de Christopher Szczurek sont pour l'essentiel des suppressions d'article et des redéploiements de crédits budgétaires.
Ce qu'un dixième sénateur changerait
Le seuil de dix n'est pas symbolique. Il ouvre, d'un coup, la panoplie que le Règlement du Sénat réserve aux groupes :
Où trouver sept sièges ? Le chemin le plus court passe par la proportionnelle
Ludovic Pajot, directeur de campagne du RN pour les sénatoriales, parle de « doubler voire tripler » les effectifs : « C'est un objectif ambitieux, mais ce n'est pas inatteignable », dit-il à Public Sénat. La stratégie s'appuie sur des députés bien implantés — Laure Lavalette à Toulon, Bryan Masson à Cagnes-sur-Mer et Alexandra Masson à Menton dans les Alpes-Maritimes, Christophe Barthès dans l'Aude — et sur les mairies conquises en mars. Dans une note du 28 mai, la Fondation Jean-Jaurès identifie les Alpes-Maritimes, le Var, le Vaucluse et le Tarn-et-Garonne comme cibles prioritaires, l'Hérault, le Gard et la Sarthe en zones d'opportunité.
L'arithmétique du scrutin joue en faveur de cette carte. Dans les circonscriptions qui élisent trois sénateurs ou plus, les sièges sont attribués à la proportionnelle en un seul tour : une liste qui rassemble 15 à 20 % des grands électeurs y décroche un siège. C'est le cas des cibles principales du RN :
Cliquer sur un département pour voir ses sortants et ses communes. Source : base NosParlementaires (senate_renewal_seats), Fondation Jean-Jaurès, Public Sénat.
Un siège dans chacune de ces neuf circonscriptions suffirait, avec les trois élus de 2023, à dépasser le seuil. Mais la marche reste haute : les sortants des Alpes-Maritimes sont cinq LR sur cinq, ceux du Var trois LR et un RDSE, ceux du Vaucluse deux LR et un socialiste. Dans les deux départements à scrutin majoritaire, l'Aude et le Tarn-et-Garonne, il faudra une majorité absolue au premier tour ou relative au second — un exercice où les alliances de conseillers municipaux pèsent plus que l'étiquette.
Ce que le résultat ne dira pas
Même avec un groupe, le RN resterait très loin de peser sur la majorité sénatoriale : la droite et le centre alignent 190 sièges à eux deux, et défendent cette année 107 sièges sur 178. Un groupe de dix modifierait la scène plus que le rapport de force — en donnant à ses membres une clé de vote, un temps de parole garanti et une présence à la Conférence des présidents. C'est précisément ce que trois années de non-inscription leur ont refusé, et ce que mesurent leurs 28 % de participation.
Suivez vos sénateurs sortants et le mode de scrutin qui s'applique chez vous sur notre page des sénatoriales 2026, département par département, et le bilan d'activité de chaque élu sur la liste des sénateurs.