Pourquoi cette loi ? Le contexte en 5 points
  • La fraude fiscale coûte entre 80 et 100 milliards d'euros par an à l'État français — dix fois plus que la fraude aux prestations sociales dans son ensemble
  • La fraude sociale est estimée à 13 milliards : 8 milliards imputables aux employeurs (travail dissimulé), le reste aux allocataires individuels
  • Le texte associe pour la première fois dans une même loi les deux types de fraude, avec des dispositions renforcées sur le croisement de données entre administrations et les sanctions
  • L'Assemblée nationale a examiné le projet du 30 mars au 1er avril 2026 en première lecture, avant adoption définitive via commission mixte paritaire (CMP) le 5 mai
  • Le gouvernement projette 1,5 milliard d'euros de gains sur le volet social grâce aux nouvelles mesures de contrôle et d'échange de données

Le 5 mai 2026, l'Assemblée nationale adoptait définitivement le projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, par 335 voix pour et 182 contre. Le texte, porté par les ministres Astrid Panosyan-Bouvet et Laurent Saint-Martin, franchit la ligne d'arrivée avec une coalition entièrement à droite et au centre — le Rassemblement national en tête, avec 109 voix pour, devant EPR (79), DR (48) et DEM (34). En face, la gauche tout entière vote contre, sans exception ni abstention notable.

335
Pour
182
Contre
5
Abstentions
Résultat du vote solennel — 5 mai 2026
522 votants
335 pour64,2 % des votants
182 contre34,9 % des votants
5 abstentions1,0 % des votants

Une adoption entièrement à droite — le RN, premier contingent du soutien

Le vote dessine une fracture idéologique d'une netteté rarement observée. Du côté des 335 voix pour, tous les groupes de droite et de centre votent en bloc : zéro abstention au RN (109 voix), zéro abstention à EPR (79), zéro à DR (48), zéro à DEM (34), zéro à Horizons (33), zéro à l'UDDPLR (16). Seul LIOT, groupe de terrain aux sensibilités variées, se divise : 10 pour, 7 contre, 4 abstentions. Le Rassemblement national représente à lui seul 32,5 % des voix favorables — un soutien plus important numériquement que le groupe gouvernemental EPR.

Vote par groupe politique — loi anti-fraude, 5 mai 2026
Pour
Contre
Abstention
RN
109 pour
EPR
79 pour
DR
48 pour
DEM
34 pour
HOR
33 pour
UDDPLR
16 pour
LIOT
10 + 7 cont. + 4 abs
NI
6 + 1 cont.
SOC
64 contre + 1 abs
LFI
60 contre
ECOS
34 contre
GDR
16 contre

« Il me semble primordial d'avoir la volonté politique de lutter contre la fraude, qu'elle soit sociale ou fiscale. C'est pourquoi nous créerons dès l'année prochaine, avec Marine Le Pen et Jordan Bardella, un ministère de la lutte contre la fraude. »

Jordan Guitton
Jordan Guitton
RN
Aube (1)
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La gauche unanime : « un projet de loi contre les pauvres »

Du côté des 182 voix contre, la gauche présente un front uni sans précédent. Les Socialistes constituent le contingent le plus important (64 voix), devant LFI-NFP (60), les Écologistes (34) et GDR (16). Aucun groupe de gauche ne vote pour, aucun ne s'abstient en nombre significatif. L'argument central : la loi, bien qu'affichant une ambition double, concentre ses dispositions les plus contraignantes sur les bénéficiaires de prestations sociales, laissant selon eux la grande fraude fiscale en marge.

Les opposants rappellent que la fraude fiscale est estimée à 80 à 100 milliards d'euros par an — une somme dix fois supérieure à la fraude sociale totale. Ils soulignent aussi que sur les 13 milliards de fraude sociale recensés, 8 milliards sont imputables aux employeurs pratiquant le travail dissimulé, non aux allocataires du RSA ou aux chômeurs. « Deux poids, deux mesures », résument les intervenants LFI dans l'hémicycle.

« Mais à quoi condamne-t-on ces personnes ? À ne pas pouvoir payer le loyer, l'électricité, la nourriture ? Globalement, vous les condamnez à la précarité extrême pour des années et des années. Est-ce une peine proportionnée pour une fraude au RSA ? »

Louis Boyard
Louis Boyard
LFI-NFP
Val-de-Marne (3)
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Ce que change la loi

🔍
Croisement massif de données
CAF, URSSAF et caisses de retraite accèdent aux bases immobilières (BNDP, Patuela), aux contrats d'assurance (Ficovie) et aux comptes bancaires (Ficoba) pour détecter les incohérences de ressources déclarées.
⏸️
Suspension des allocations chômage
En cas de soupçon sérieux de fraude, les allocations chômage peuvent être temporairement suspendues — une mesure encadrée par des garanties sur la durée, introduites lors des débats.
🏥
Arrêts maladie encadrés
Le renouvellement des certificats d'arrêt maladie par téléconsultation est limité, pour réduire les renouvellements abusifs détectés par les caisses d'assurance maladie.
🚛
Flagrance sociale
Une nouvelle procédure de « flagrance sociale » permet la saisie préventive d'actifs des entreprises suspectées de travail dissimulé, alignant le droit social sur les outils du droit pénal.
📋
CPF et formation professionnelle
Le contrôle des formations financées par le compte personnel de formation (CPF) est renforcé, ciblant les organismes frauduleux détectés depuis 2022.
🏦
Dissolution des fonds dormants
Les fonds de dotation inactifs depuis deux ans pourront être dissous par l'autorité administrative — une mesure visant la philanthropie utilisée à des fins d'optimisation fiscale.

« Au terme d'un parcours législatif sans surprise – et sans beaucoup de monde dans l'hémicycle non plus –, le texte qui nous revient de la commission mixte paritaire confirme nos pires craintes : ce n'est pas un projet de loi contre la fraude, mais un projet de loi contre les pauvres. »

Sophie Taillé-Polian
Sophie Taillé-Polian
ECOS
Val-de-Marne (11)
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À noter : Sur les 13 milliards de fraude sociale estimés, 8 milliards sont imputables aux employeurs pratiquant le travail dissimulé — et non aux allocataires individuels. Les dispositions les plus contraignantes du texte (suspension des allocations, croisement de données sur les allocataires) ciblent pourtant en priorité les bénéficiaires de prestations, non les entreprises.
30 mars – 1er avril 2026
Débats en séance publique à l'Assemblée nationale ; vote en première lecture.
Fin avril 2026
Commission mixte paritaire (CMP) Assemblée–Sénat : accord sur le texte définitif.
5 mai 2026
Vote solennel à l'Assemblée nationale : 335 pour, 182 contre, 5 abstentions. Adoption définitive.
11 mai 2026
Vote de confirmation au Sénat. Texte transmis pour promulgation.
Été 2026
Promulgation et entrée en vigueur progressive des mesures de croisement de données et des nouvelles sanctions.

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