- Les maladies cardio-neuro-vasculaires (infarctus, AVC, insuffisance cardiaque…) sont la deuxième cause de mortalité en France — et la première chez les femmes : environ 140 000 décès et 1,2 million d'hospitalisations par an, pour un coût proche de 20 milliards d'euros.
- Une grande partie de ces accidents est évitable : 6 millions de Français ignorent qu'ils sont hypertendus, et l'hypercholestérolémie familiale, maladie génétique qui touche une personne sur 250, est massivement sous-diagnostiquée.
- La proposition de loi a été déposée le 23 décembre 2025 par Yannick Neuder, cardiologue et député Droite Républicaine de l'Isère, cosignée par 80 députés de presque tous les groupes.
- Le texte mise tout sur le dépistage : bilans de prévention aux âges clés musclés, rendez-vous obligatoire dès 6 ans, mesure de la tension ouverte aux pharmaciens et kinésithérapeutes.
- Adopté à l'unanimité dans les deux chambres puis en commission mixte paritaire le 1er juillet, il revient à l'Assemblée lundi 20 juillet pour son adoption définitive.
C'est l'une des dernières lois que le Parlement adoptera avant la fin de la session : lundi 20 juillet, l'Assemblée nationale examine les conclusions de la commission mixte paritaire sur la proposition de loi de Yannick Neuder visant à doter la France d'une « stratégie nationale de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires ». Le Sénat a déjà validé le texte le 9 juillet ; le vote de lundi vaudra adoption définitive. Fait rare dans cette législature sans majorité : le texte a traversé toute la navette — commission, hémicycle, Sénat, CMP — sans rencontrer un seul vote hostile sur son ensemble.
La loi d'un cardiologue, votée sans opposition
Yannick Neuder connaît son sujet : avant d'être député de l'Isère, il dirigeait un service de cardiologie au CHU de Grenoble. Sa proposition de loi, examinée le 8 avril à l'Assemblée, part d'un constat épidémiologique que personne n'a contesté dans l'hémicycle : les maladies cardio-neuro-vasculaires sont la première cause de handicap acquis, et leur prévention repose sur des facteurs de risque connus — tabac, alcool, sédentarité, obésité, cholestérol, diabète, hypertension — que la médecine sait dépister pour quelques euros.
« Un Français sur six fera un accident vasculaire cérébral — cela signifie, dans cet hémicycle de 577 députés, que 96 personnes parmi nous feront un AVC ! »
Le 8 avril, l'Assemblée a adopté le texte à l'unanimité, à main levée — sans même qu'un scrutin public soit demandé sur l'ensemble. Le Sénat a suivi le 9 juin, en rebaptisant le texte « stratégie nationale de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires », sur le rapport de Khalifé Khalifé, sénateur de la Moselle et lui aussi cardiologue. La commission mixte paritaire du 1er juillet a été conclusive du premier coup.
Le vrai clivage s'est joué à deux voix : qui organise la prévention en entreprise ?
Derrière l'unanimité de façade, la séance du 8 avril a connu une vraie bataille — non pas sur le principe de la prévention, mais sur son organisation dans l'entreprise. Le socialiste Élie Califer proposait de rétablir l'obligation, supprimée en commission, pour chaque employeur d'organiser au moins une fois par an une action de sensibilisation aux facteurs de risque cardiovasculaire. Son amendement a été rejeté par 37 voix contre 35 : la gauche unie (socialistes, insoumis, écologistes, communistes) a voté pour, le RN et le bloc central (EPR, Horizons) ont voté contre.
« Même si ces actions de prévention sont essentielles, elles doivent être organisées et réalisées par la médecine du travail et non par l'employeur. »
C'est cette ligne — défendue par le RN comme par la rapporteure générale macroniste Stéphanie Rist — qui l'a emporté dans le texte final : la sensibilisation annuelle aux facteurs de risque incombera aux services de prévention et de santé au travail, pas directement à l'employeur. La visite médicale de mi-carrière devra en revanche systématiquement proposer un dépistage précoce des maladies cardio-neuro-vasculaires.
Tabac, assureurs : là où la gauche voulait aller plus loin
Les insoumis ont tenté d'élargir le texte à la lutte contre le tabagisme, premier facteur de risque évitable, en défendant notamment le remboursement intégral des substituts nicotiniques pour les personnes à risque — rejeté, comme la plupart des amendements d'extension, au nom d'un texte volontairement resserré sur le dépistage.
« Le tabac tue 75 000 personnes par an en France. Parmi elles, 22 % succombent du fait d'une maladie cardiovasculaire. Or pour arrêter de fumer, nous connaissons des moyens qui fonctionnent : les substituts nicotiniques. »
Autre ligne de fracture : le rôle des acteurs privés. Yannick Neuder assume d'associer « toute l'assurance maladie non obligatoire » — mutuelles, institutions de prévoyance, assureurs — aux actions de prévention en entreprise. L'écologiste Hendrik Davi a tenté d'en exclure les compagnies d'assurance à but lucratif, y voyant un cheval de Troie commercial : son sous-amendement a été rejeté de trois voix (39 pour, 42 contre). Les assureurs figurent donc bien dans la loi.
Ce que change concrètement la loi
Et maintenant ?
Le détail des seize scrutins du 8 avril, position par position, est consultable sur la page de la loi de prévention cardio-neuro-vasculaire, et sur les fiches de chaque député — dont celles de Yannick Neuder, Élie Califer et Karen Erodi.