Pourquoi ce rapport ? Le contexte en cinq points
  • L’Union européenne fait payer depuis 2005 leurs émissions de CO2 aux industriels et aux producteurs d’électricité, via un marché de quotas, le SEQE.
  • Une directive de mai 2023 crée un second marché, le SEQE-UE 2 — dit ETS2 — qui couvre cette fois les carburants routiers, le chauffage des bâtiments, le gazole non routier des chantiers et la petite industrie.
  • Les redevables ne sont pas les automobilistes ni les ménages, mais les fournisseurs d’énergie et les metteurs à la consommation, qui répercuteront le coût sur les prix à la pompe et sur les factures de gaz et de fioul.
  • Le démarrage, prévu en 2027, a été repoussé d’un an par les ministres européens de l’environnement en novembre 2025 : ce sera 2028. Les obligations déclaratives, elles, ont déjà commencé.
  • Aucun seuil minimal n’est prévu : en France, tous les redevables des accises sur les produits pétroliers, le gaz naturel et le charbon sont concernés.

La commission des finances de l’Assemblée nationale a autorisé le 16 septembre la publication d’un rapport d’information sur le marché carbone européen et la réforme du système d’échange de quotas d’émission. Il est signé par deux députées : Claire Marais-Beuil, Rassemblement national, première circonscription de l’Oise, et Eva Sas, groupe Écologiste et social, huitième circonscription de Paris. C’est le seul document que les deux femmes aient cosigné depuis le début de la législature. Sur les 1 879 scrutins publics où l’une et l’autre ont exprimé un vote, elles ont choisi le même camp 311 fois.

1 879
scrutins votés par les deux
311
votes identiques
1 345
votes strictement opposés

Seize pour cent d’accord

Le calcul porte sur tous les scrutins publics de la dix-septième législature où les deux députées ont exprimé un vote, l’absence et la non-participation étant écartées. Résultat : 311 votes identiques, soit 16,6 % ; 1 345 fois l’une a voté pour quand l’autre votait contre, soit 71,6 % ; 223 divergences plus douces, où l’une s’abstenait pendant que l’autre tranchait.

Les 1 879 scrutins où Claire Marais-Beuil et Eva Sas ont toutes deux voté
1 879 scrutins
311 votes identiques16,6 % des scrutins communs
1 345 votes opposés71,6 % — l’une pour, l’autre contre
223 divergences partielles11,9 % — une abstention face à un vote

L’écart n’a rien d’une surprise : les deux groupes s’opposent frontalement sur la politique énergétique. Le cas d’école tient en un scrutin, celui du 24 juin 2025 sur la proposition de loi de programmation nationale pour l’énergie et le climat. Claire Marais-Beuil a voté pour, Eva Sas contre. Le texte a été rejeté par 362 voix contre 141.

Un vote où le RN était seul de son côté

Ce jour-là, le Rassemblement national apporte au texte ses 121 voix exprimées, rejoint par les 15 députés du groupe UDR et trois non-inscrits. Tous les autres groupes votent contre, sauf la Droite républicaine, qui s’abstient à 40 voix. C’est l’une des rares configurations où le RN se retrouve isolé avec une majorité de 141 voix face à 362.

Programmation énergie-climat, 24 juin 2025 : le vote par groupe
Pour
Contre
Abstention
RN
121 pour
EPR
80 contre + 1 abs.
LFI-NFP
71 contre
SOC
68 contre
DR
2 pour + 40 abs.
ECOS
37 contre
DEM
35 contre
HOR
32 contre
LIOT
20 contre
UDDPLR
15 pour
GDR
13 contre
NI
3 pour + 6 contre

« d’un côté, vous faites effectivement payer les émissions de CO2 par l’intermédiaire du marché européen du carbone tandis que, de l’autre, vous offrez une ristourne fiscale sur le plus sale des combustibles existants aux entreprises énergivores ! »

séance du 19 novembre 2025

Eva Sas
Eva Sas
ECOS
Paris (8)
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Ce sur quoi elles se retrouvent

Les 311 votes communs ne sont pas des votes anodins : 195 fois pour, 96 fois contre, 20 fois une abstention partagée. On y trouve le sport professionnel et la stratégie contre les maladies cardio-neuro-vasculaires, adoptés le 20 juillet 2026, la solidarité envers les retraités pauvres le 11 juin 2026, les droits voisins des éditeurs de presse le 26 mars 2026, le droit de l’enfant à être assisté d’un avocat en décembre 2025, et la loi spéciale de fin d’année budgétaire. Un seul de ces textes touche à la décarbonation : la proposition de loi sur le transport maritime à propulsion vélique, adoptée le 12 mai 2026, pour laquelle les deux ont voté pour.

« Une solution pour tenir compte des enjeux climatiques ? Une taxe. Une solution pour répondre aux questions énergétiques ? Une taxe. Vous n’avez que ce mot à la bouche. »

séance du 20 février 2025

Claire Marais-Beuil
Claire Marais-Beuil
RN
Oise (1)
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Ce que le marché carbone va changer

Le SEQE-UE 2 ne fonctionne pas comme une taxe votée au Parlement français : c’est un marché de quotas dont le prix se forme à l’échelle européenne, et dont les redevables sont les fournisseurs d’énergie. Le calendrier des obligations est déjà engagé, alors même que le marché ne démarrera qu’en 2028.

Carburants routiers
Essence et gazole entrent dans le champ du marché. Les estimations avancées par les acteurs du transport situent l’effet entre 10 et 15 centimes par litre.
🔥
Chauffage des bâtiments
Gaz, fioul et charbon utilisés pour se chauffer sont couverts. Le coût passe par les fournisseurs, donc par la facture.
🏗️
Chantiers et petite industrie
Le gazole non routier des chantiers et les installations industrielles trop petites pour relever du premier marché sont ajoutés.
📅
Les obligations ont commencé
Plan de surveillance à remettre depuis le 31 décembre 2025, première déclaration d’émissions vérifiée au 30 avril 2026, démarrage du marché en 2028.

« Quelle est la première cause d’émission de CO2 dans notre pays ? En 2024, la moitié de notre empreinte carbone provenait des seules importations. Cela signifie que la première mesure à prendre pour préserver le climat est de favoriser la production en France. »

séance du 6 juillet 2026

Eric Liégeon
Eric Liégeon
DR
Doubs (5)
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À noter : la commission des finances a autorisé la publication du rapport le 16 septembre, mais son texte intégral n’était toujours pas en ligne sur le site de l’Assemblée au 20 septembre — l’adresse du document renvoie une page de présentation, sans contenu. Nous ne pouvons donc pas rendre compte de ses conclusions, seulement de son existence et de ses signataires. La fiche du document est consultable sur notre page du rapport.

Un sujet quasi absent de l’hémicycle

Le marché carbone n’a jamais donné lieu à un scrutin public portant son nom à l’Assemblée : aucun des scrutins de la législature n’a pour objet le SEQE ou les quotas d’émission. Le sujet passe par les questions écrites, et celles-ci portent presque toutes sur un point précis — la compensation des coûts indirects du carbone réclamée par les verriers, la chimie et les industries énergivores. Sur les ménages, ce que l’ETS2 fera aux prix du carburant et du chauffage, l’Assemblée n’a rien voté.

10 mai 2023
La directive européenne 2023/959 crée le SEQE-UE 2, second marché carbone pour le transport routier et les bâtiments.
24 juin 2025
L’Assemblée rejette la programmation énergie-climat par 362 voix contre 141. Claire Marais-Beuil vote pour, Eva Sas contre.
Novembre 2025
Les ministres européens de l’environnement repoussent d’un an le démarrage du marché, de 2027 à 2028.
31 décembre 2025
Date limite de remise du plan de surveillance pour les fournisseurs de carburants et de combustibles.
30 avril 2026
Première déclaration d’émissions vérifiée des entités réglementées.
16 septembre 2026
La commission des finances autorise la publication du rapport d’information n° 3179, signé Claire Marais-Beuil et Eva Sas.
2028
Démarrage effectif du marché carbone sur les carburants et le chauffage.

Les votes de chaque députée, scrutin par scrutin, sont consultables sur leurs fiches : Claire Marais-Beuil et Eva Sas. Les rapports parlementaires déposés depuis le début de la législature sont recensés sur notre index des rapports, et les débats mentionnant le marché carbone se retrouvent par la recherche.