- Fin juin 2026, une canicule exceptionnelle frappe la France : environ 7 000 départs de feu et 8 700 hectares brûlés sont recensés depuis le début de la saison.
- Le Fonds vert, principal outil budgétaire d'adaptation au changement climatique, est passé de 2,4 milliards d'euros en 2024 à 837 millions en 2026 — avec un rabot supplémentaire de 162,5 millions d'euros décidé en pleine vague de chaleur.
- Le 2 juillet, 58 députés menés par Cyrielle Chatelain (Écologiste et Social) et Nadège Abomangoli (LFI) déposent une motion de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, dénonçant son « impréparation » face aux canicules.
- Ses promoteurs la présentent comme la première motion de censure de la Ve République entièrement consacrée à l'action climatique. C'est la huitième visant le gouvernement Lecornu.
- Article 49, alinéa 2 de la Constitution : il faut 289 voix pour renverser le gouvernement, et seuls les députés favorables à la censure prennent part au vote.
L'Assemblée nationale a rejeté, lundi 6 juillet, la motion de censure déposée par les Écologistes et une partie de la gauche après la canicule de juin : 132 députés l'ont votée, loin des 289 voix requises. Mais derrière ce rejet sans suspense, le scrutin n°7979 dessine une gauche en ordre dispersé — et un Parti socialiste coupé en deux, dont le premier secrétaire Olivier Faure a voté la censure quand 48 de ses 68 députés s'y sont refusés.
Une gauche en ordre dispersé
Le détail du scrutin raconte une histoire plus intéressante que son résultat. Seule La France insoumise a voté comme un bloc : 71 voix sur 71 membres. Le groupe Écologiste et Social, à l'origine du texte, a réuni 32 de ses 38 députés. Partout ailleurs à gauche, la motion a fracturé les groupes : 20 socialistes sur 68, 7 députés GDR sur 17 — dont les communistes Stéphane Peu et Nicolas Sansu et les ultramarines Karine Lebon et Émeline K/Bidi — et 2 élus LIOT sur 23, Olivier Serva et Estelle Youssouffa. Aucune voix ne s'est ajoutée depuis les autres bancs.
À la tribune, c'est la députée écologiste Marie-Charlotte Garin qui a défendu le texte, accusant le gouvernement d'avoir « organisé un grand chaos », à la fois « climatique » et « social », et adressant une pensée aux victimes de la vague de chaleur de juin.
« Les Écologistes ne jouent ni avec le feu, ni avec le climat. »
Le PS, entre lettre de revendications et vote de rupture
La vraie bataille s'est jouée au Parti socialiste. Dès samedi 4 juillet, les députés PS avaient choisi une autre voie que la censure : une lettre de revendications adressée à Matignon, réclamant l'inscription à l'ordre du jour du Sénat de la proposition de loi d'adaptation au changement climatique du député Fabrice Barusseau, le dégel des crédits du Fonds vert et la levée de plusieurs verrous réglementaires. Le groupe, par la voix de sa direction, disait partager « la colère contre l'inaction climatique » mais estimait que les Français attendent « des solutions plutôt que d'entrer dans une crise politique sur ce sujet ».
Coup de théâtre dimanche : dans Le Parisien, Olivier Faure annonce qu'il votera personnellement la censure. Lundi, 19 députés socialistes l'ont suivi — parmi lesquels Arthur Delaporte, Sandrine Runel, Marietta Karamanli ou Céline Thiébault-Martinez — tandis que les 48 autres, fidèles à la ligne du groupe, n'ont pas pris part au vote.
« Un avertissement clair » — c'est ainsi qu'Olivier Faure a justifié, dans Le Parisien, son vote pour la censure, à rebours de la position officielle de son propre groupe.
Face à la pression socialiste, Sébastien Lecornu a lâché une seule concession : l'inscription de la proposition de loi Barusseau à l'agenda du Sénat. Il a en revanche refusé de dégeler les 162,5 millions d'euros du Fonds vert, tout en reconnaissant que si la France est « mieux préparée aux canicules » qu'en 2003, elle « ne l'est pas encore suffisamment ».
Lecornu contre-attaque : « Ce n'est pas une alerte, c'est une faute »
À la tribune, le Premier ministre a accusé les signataires d'« instrumentaliser les victimes de la canicule », contestant les bilans humains avancés par les censeurs : « Présenter comme définitifs des chiffres qui ne le sont pas, additionner des décès de nature différente et accuser le gouvernement d'avoir des morts sur la conscience n'est pas une alerte. C'est une faute. » Selon lui, « cette motion n'a pas été déposée pour obtenir un débat sur la canicule », mais pour tester les rapports de force à gauche avant l'élection présidentielle.
À droite, le Rassemblement national n'a jamais laissé planer le doute. Dès le 1er juillet, son vice-président Sébastien Chenu prévenait devant l'Association des journalistes parlementaires :
« Nous n'allons pas rendre service à Cyrielle Chatelain, qui veut déposer une motion de censure pour tenter de masquer ce qu'elle et son groupe n'ont pas fait. »
Ce que la motion reprochait au gouvernement
Et maintenant ?
Le gouvernement Lecornu survit donc à sa huitième motion de censure, la première centrée sur le climat. La séquence laisse toutefois des traces à gauche : un premier secrétaire socialiste qui vote contre la ligne de son propre groupe, à dix mois de l'élection présidentielle, ce n'est pas un détail. Dès mardi 7 juillet, l'Assemblée reprend le fil législatif ordinaire avec les votes solennels sur le projet de loi sur la justice criminelle et son volet organique.
Pour savoir comment votre député s'est positionné lors de ce scrutin et des précédents, consultez sa fiche sur NosParlementaires : chaque vote, chaque amendement et chaque prise de parole y sont recensés.