Pourquoi on en parle ? Le contexte en 5 points
  • Depuis le 4 mai 2026, tous les étudiants paient 1 euro leur repas au Crous. Avant, ce tarif était réservé aux boursiers et aux étudiants reconnus précaires ; les autres payaient 3,30 euros.
  • Cette généralisation n'est pas née d'une loi : elle a été décidée en janvier 2026 lors des négociations entre Sébastien Lecornu et le Parti socialiste sur le budget 2026, dont elle était l'une des conditions de non-censure.
  • Cette semaine, le Cnous (qui pilote les 26 Crous) a demandé qu'une capacité maximale soit fixée pour chaque point de restauration : les restaurants servent 48 % de repas en plus depuis la rentrée, soit 1,3 million de plateaux supplémentaires.
  • Le 25 septembre, Matignon a démenti toute suppression du dispositif dans le budget 2027. Cinq jours plus tôt, le ministre Philippe Baptiste avait prévenu que sans budget adopté d'ici la fin de l'année, le repas à 1 euro pour tous ne pourrait pas être assuré.
  • Un repas coûte 7,89 euros à produire (2025). L'étudiant en paie 1 ; l'État compense l'écart par une subvention au réseau des Crous.

Le repas à 1 euro pour tous les étudiants a été voté par l'Assemblée nationale il y a vingt mois. Le 23 janvier 2025, la proposition de loi de Fatiha Keloua Hachi (PS) était adoptée par 147 voix contre 5. Transmise au Sénat le lendemain, elle n'y a jamais été examinée : 610 jours plus tard, aucun rapporteur n'a été nommé. La mesure appliquée depuis mai ne s'appuie donc sur aucun article de loi. Elle tient à une ligne de crédits, que le budget 2027 doit reconduire.

147
Pour
5
Contre
17
Abstentions

Au vote, la gauche et le RN ; l'ex-majorité s'abstient

Le texte a été examiné un jeudi de « niche » socialiste, devant un hémicycle clairsemé : 169 votants. Les 147 voix « pour » viennent de toute la gauche (57 socialistes, 32 insoumis, 27 écologistes, 4 communistes), de 3 élus LIOT et de 23 députés du Rassemblement national. Côté macroniste, un seul député EPR a voté pour. Les 5 voix « contre » sont celles de deux EPR (dont Charles Sitzenstuhl) et de trois Horizons. Dix EPR, cinq MoDem, un Horizons et un député de la Droite républicaine se sont abstenus.

Le camp présidentiel, qui avait créé le repas à 1 euro pour les boursiers en 2020, défendait un ciblage social. Son amendement de « tarification progressive », porté par Laurent Croizier (MoDem), a été rejeté par 131 voix contre 23. C'est dans ce débat que le député du Doubs a prédit le sort du texte.

« S'agit-il seulement de faire l'affichage et de pouvoir dire demain, sur les réseaux sociaux, que vous avez fait adopter les repas à 1 euro ? Tout le monde sait ici qu'en l'état, le texte ne passera pas au Sénat. »

En défense de son amendement de tarification progressive, séance du 23 janvier 2025.

Laurent Croizier
Dem
Doubs (1)
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La Droite républicaine avait annoncé son opposition par la voix de Vincent Jeanbrun, qui dénonçait un texte « démagogique ». Aucun de ses membres n'a pourtant voté contre.

Le RN a voté un texte qu'il jugeait trop cher

Le groupe de Marine Le Pen a voté l'ensemble du texte après avoir tenté de le réécrire. Son amendement réservant le tarif à 1 euro aux boursiers et fixant à 2 euros le repas des autres étudiants a été rejeté (126 voix contre 22). Un second, défendu par Bruno Clavet, réservait le tarif le plus bas aux étudiants français, européens ou issus de pays liés à la France par un accord universitaire : il a été rejeté par 131 voix contre 22.

« Généraliser le repas à 1 euro pour tous représenterait un surcoût de 90 millions par an, soit une dépense difficilement justifiable dans le contexte budgétaire actuel. »

En défense de l'amendement RN (1 euro pour les boursiers, 2 euros pour les autres), séance du 23 janvier 2025.

Tiffany Joncour
RN
Rhône (13)
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« Nous ne sommes pas sectaires », a ensuite déclaré Bruno Clavet en annonçant le vote favorable de son groupe. Le chiffre de 90 millions d'euros avancé par le RN est celui que le ministre Philippe Baptiste a repris en février 2026 pour chiffrer la généralisation.

Au Sénat, pas de rapporteur

Transmise le 24 janvier 2025 à la commission de la culture du Sénat, la proposition de loi n° 268 n'a jamais été inscrite à l'ordre du jour. Le texte peut encore y être examiné.

Un an plus tard, la mesure est arrivée par une autre voie. En janvier 2026, pendant les négociations budgétaires, le gouvernement a accordé au PS la généralisation du repas à 1 euro. Ce choix de passer par le budget plutôt que par la loi explique pourquoi la mesure dépend aujourd'hui du vote du budget 2027 : rien, dans le code de l'éducation, n'oblige les Crous à proposer un repas à 1 euro à tous les étudiants. C'est précisément ce que prévoyait l'article 1er du texte voté par les députés.

« Certes, les Crous ne sont pas prêts, mais cela ne signifie pas que l'on ne doit pas rendre accessible à tous les étudiants le repas à 1 euro. Il faut le faire dès à présent. »

Rapporteure du texte, en réponse à un amendement de Charles Sitzenstuhl, séance du 23 janvier 2025.

Fatiha Keloua Hachi
SOC
Seine-Saint-Denis (8)
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Ce qu'a mesuré le rapport de la commission des finances

Le 2 juillet 2026, Charles Sitzenstuhl (EPR), rapporteur spécial des crédits de la vie étudiante, a publié un rapport d'information sur la mise en œuvre des repas Crous à 1 euro. Opposé à la mesure depuis 2025, il la juge « contestable » et écrit qu'elle « se trompe de cible ». Son rapport contient aussi les chiffres qui éclairent la situation de septembre.

🍽️
44 millions de repas en 2025
Servis par les Crous en 2025, dont 22,5 millions à 1 euro. Les repas aux deux tarifs sociaux ont augmenté de 35 % en trois ans, pendant que le nombre d'étudiants progressait de 2,3 %.
📈
Prévision : +1,8 million sur l'année
Le Cnous tablait sur 1,8 million de repas supplémentaires sur toute l'année 2026. Depuis la rentrée, il en a déjà servi 1,3 million de plus qu'à la rentrée 2025.
💶
50 millions pour un besoin de 61 à 89
Enveloppe 2026 : 30 millions pour compenser l'écart de tarif, 20 millions pour le personnel et l'équipement. Les évaluations citées par le rapport situent le besoin entre 61 et 89 millions en 2026, et à 116 millions en année pleine.
⏱️
76 % des étudiants ont moins d'une heure
Pour déjeuner, d'où des pics de fréquentation entre 12 h 15 et 13 h. Le temps d'attente était déjà la première source d'insatisfaction avant la généralisation (53 % des étudiants le jugeaient excessif).

Le rapport formule six recommandations. Trois répondent directement à la saturation actuelle : coordonner les Crous et les universités pour allonger la pause de midi, poursuivre la rénovation et l'agrandissement des restaurants universitaires, et sortir les emplois étudiants du plafond d'emplois des Crous (environ 600 postes, orientés vers la gestion des files). La dernière demande d'« achever la réforme du système d'attribution des bourses ». Une proposition de loi réformant les bourses, rapportée par la communiste Soumya Bourouaha, a été adoptée par l'Assemblée le 11 juin 2026.

À noter : le rapport de la commission des finances indique que la direction de l'enseignement supérieur (DGESIP) n'a eu besoin d'« aucune opération d'ampleur » dans ses systèmes d'information pour appliquer la mesure, et que celle-ci « pouvait donc être facilement réversible », en revenant à la distinction entre boursiers et non-boursiers. Sans loi, un retour en arrière ne demanderait pas de vote spécifique du Parlement : il suffirait de ne pas reconduire les crédits. Le gouvernement annonce au contraire 143 millions d'euros pour 2027, contre 50 millions en 2026.

Chronologie

Septembre 2020
Repas à 1 euro créé pour les étudiants boursiers pendant la crise sanitaire.
Janvier-juillet 2021
Étendu à tous les étudiants pendant un semestre, puis recentré sur les boursiers et les étudiants reconnus précaires.
29 octobre 2024
Dépôt de la proposition de loi de Fatiha Keloua Hachi (PS), n° 519.
23 janvier 2025
Adoption à l'Assemblée nationale : 147 pour, 5 contre, 17 abstentions.
24 janvier 2025
Transmission au Sénat. Aucun rapporteur n'a été nommé depuis.
Janvier 2026
La généralisation est accordée au PS dans les négociations sur le budget 2026.
4 mai 2026
Tous les étudiants paient 1 euro. Un seul repas par service.
2 juillet 2026
Rapport de Charles Sitzenstuhl à la commission des finances.
20 septembre 2026
Philippe Baptiste lie le maintien du dispositif à l'adoption du budget 2027.
24-25 septembre 2026
Le Cnous annonce des capacités maximales par restaurant ; Matignon dément toute suppression.
Automne 2026
Examen du budget 2027, qui prévoit 143 millions d'euros pour le dispositif.

Retrouvez sur NosParlementaires la fiche de la proposition de loi, le travail de Fatiha Keloua Hachi sur ce texte, notre fiche du rapport Sitzenstuhl et le compte rendu de la séance du 23 janvier 2025. Le résultat du vote de chaque député est consultable dans le module ci-dessus.