Pourquoi ce vote ? Le contexte en 5 points
  • Chaque contrat d’assurance auto supporte une taxe, la taxe spéciale sur les conventions d’assurance (TSCA). Sur les garanties facultatives (vol, incendie, dommages au véhicule), son taux est de 18 %.
  • Après les incendies de l’été 2026 en Gironde, dans les Landes et dans le Var, le gouvernement a inscrit dans l’article 14 du budget 2027 une hausse de ce taux à 18,9 %, pour environ 200 millions d’euros par an.
  • Le texte versait ces 200 millions au budget de l’État ; seul l’exposé des motifs promettait de les « flécher » vers les pompiers.
  • Les services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) sont financés surtout par les départements, qui touchent déjà une part de cette taxe : 6,45 points sur les 18, soit 1,45 milliard d’euros en 2024 selon le ministère de l’intérieur.
  • En janvier 2026, l’Assemblée avait déjà supprimé une hausse comparable (de 18 % à 19 %) ajoutée par le Sénat au budget 2026, avec l’accord du gouvernement.

Vendredi 30 octobre, en fin de séance, l’Assemblée nationale a adopté par 30 voix contre 22 l’amendement n° 1767 de Julien Rancoule (RN) à l’article 14 du budget 2027. Il supprime les alinéas qui portaient la taxe sur l’assurance auto de 18 % à 18,9 %, et augmente de 0,9 point la part de cette taxe reversée aux départements pour leurs pompiers, en la prenant sur la part de l’État. Les 30 voix pour sont toutes venues du Rassemblement national ; aucun autre groupe n’a voté pour.

30
Pour
22
Contre
11
Abstentions

Un vote à 63 députés, gagné par le groupe le plus présent

Le scrutin public n’a réuni que 63 votants sur 577. Le RN, qui compte 121 députés, en alignait 30 ; Ensemble pour la République (EPR), deuxième groupe avec 90 membres, en comptait 10, dont la présidente de l’Assemblée, qui ne vote pas. Contre l’amendement : 8 députés EPR, 4 socialistes, 3 MoDem (DEM), 3 Droite républicaine (DR), 2 écologistes et 2 communistes (GDR). Se sont abstenus les 5 insoumis présents, 3 DR, 2 Horizons et 1 EPR. Les abstentions comptent : à 63 votants et 52 suffrages exprimés, la majorité était de 27 voix.

Ce n’est pas une volte-face du RN. En commission des finances, début octobre, Emmanuel Fouquart (RN) avait déjà demandé la suppression de la hausse (amendement n° 926, rejeté), en invoquant la voiture « indispensable pour travailler », « surtout en zone rurale ». Et le 14 janvier 2026, 63 députés RN avaient voté la suppression de la hausse de 18 % à 19 % ajoutée par le Sénat au budget 2026.

« Cet amendement tendait à améliorer la situation des Sdis sans changer le taux de la TSCA, mais, par votre dogmatisme aveugle, vous l’avez rejeté. »

En séance, le 14 janvier 2026

Hervé de Lépinau
RN
Vaucluse (3)
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Les autres groupes voulaient garder la hausse, mais la donner aux départements

Sur le fond, la plupart des groupes réclamaient la même chose que le RN pour l’argent : qu’il aille aux départements, pas au budget de l’État. La différence porte sur le taux. La commission des finances avait adopté l’amendement n° 1792 de Sophie Mette (DEM, Gironde), qui conservait les 18,9 % et transférait le produit de la hausse aux départements. Mais pour un budget, la séance repart du texte du gouvernement : cette version a dû être redéposée dans l’hémicycle.

Dix-sept amendements au contenu proche avaient été déposés pour la séance, venus de la Droite républicaine, d’EPR (Danielle Brulebois, n° 554), du MoDem (n° 3786), des socialistes, des écologistes, d’Horizons, de LIOT et de non-inscrits. Tous gardaient la hausse et en donnaient le produit aux départements. L’amendement RN ayant été adopté avant eux, ils sont tous « tombés » sans être mis aux voix.

« Lorsque je présidais son conseil départemental, le département de la Lozère recevait 1,8 million d’euros au titre de la TSCA – une somme dérisoire – et versait quatre fois ce montant au Sdis. »

En séance, le 7 novembre 2024

Sophie Pantel
SOC
Lozère (1)
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Pourquoi la droite et le gouvernement se méfient du transfert

L’objection revient à chaque budget : la part de taxe reversée aux départements n’est pas affectée juridiquement aux SDIS. En novembre 2025, le rapporteur général de la commission des finances, Philippe Juvin (DR), s’opposait pour cette raison à un transfert comparable. La Droite républicaine s’est d’ailleurs partagée vendredi, 3 voix contre et 3 abstentions.

« Rien n’obligerait les départements, s’ils touchent cette plus-value de TSCA, à attribuer les sommes récoltées aux Sdis puisqu’elles tomberaient dans leur budget général. »

En séance, le 20 novembre 2025

Philippe Juvin
DR
Hauts-de-Seine (3)
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Le revirement le plus net est celui du gouvernement. Le 14 janvier 2026, il était favorable à la suppression de la hausse votée par le Sénat. « Nous n’avons pas besoin d’alourdir, sans fait générateur, la taxation des automobilistes qui sont de simples assurés », déclarait alors Amélie de Montchalin au banc du gouvernement. L’Assemblée avait supprimé la hausse par 127 voix contre 55 : RN, EPR, MoDem, DR et Horizons pour, la gauche contre. Neuf mois plus tard, le budget 2027 propose une hausse de 0,9 point, justifiée par les incendies de l’été.

Ce que change l’amendement adopté

🚗
Pas de hausse pour les assurés
La taxe sur les garanties auto facultatives reste à 18 % au lieu de passer à 18,9 % au 1er janvier 2027.
🚒
+0,9 point pour les départements
Leur part de la taxe passe de 6,45 à 7,35 points, soit environ 200 millions d’euros selon l’exposé de l’amendement.
🏛️
L’État paie deux fois
Il perd la recette attendue de la hausse et cède aux départements 0,9 point de sa propre part de la taxe.
🔥
Les aides aux entreprises sinistrées restent
Le reste de l’article 14 (allègements de taxes locales 2026 pour les entreprises des communes évacuées) n’est pas touché ; un second amendement RN, adopté 30-28, y ajoute la commune de Pomas (Aude), frappée par une tornade.
À noter : l’exposé de l’amendement présente la mesure comme une façon d’« affecter directement aux départements la hausse » de 0,9 point. Son texte fait plus : il supprime les alinéas 1 à 4 de l’article 14, ceux qui relevaient le taux à 18,9 %. Le taux reste donc à 18 %, et les 200 millions des départements sont prélevés sur la part de l’État.
Comment ça marche : rien n’est définitif. Avant le vote sur l’ensemble, le gouvernement ou la commission peut demander une seconde délibération pour faire revoter un article, ce qui permet de revenir sur un amendement adopté contre son avis. La partie recettes du budget doit être votée le 3 novembre : si elle est rejetée, tout le budget tombe à l’Assemblée. Suivre le budget 2027 →

Chronologie

7 novembre 2024
Budget 2025 : l’Assemblée vote par 139 voix contre 26 un transfert de taxe d’assurance vers les départements pour les SDIS, effacé ensuite par le rejet de la partie recettes.
14 janvier 2026
Budget 2026 : l’Assemblée supprime, par 127 voix contre 55 et avec l’accord du gouvernement, la hausse de 18 % à 19 % ajoutée par le Sénat.
1er octobre 2026
Le gouvernement dépose le budget 2027 : l’article 14 porte la taxe à 18,9 %, environ 200 millions d’euros pour le budget de l’État.
Début octobre 2026
La commission des finances garde la hausse et en transfère le produit aux départements (amendement de Sophie Mette, MoDem) ; la suppression demandée par le RN est rejetée.
30 octobre 2026
En séance, l’amendement de Julien Rancoule (RN) supprime la hausse et augmente la part des départements, par 30 voix contre 22.
3 novembre 2026
Vote de l’Assemblée sur la partie recettes du budget 2027, puis examen au Sénat.

Votre député était-il dans l’hémicycle ce vendredi soir ? Le widget ci-dessus donne le vote de chacun des 63 votants. Sur sa fiche, vous retrouverez aussi ses votes sur les transferts de taxe vers les SDIS depuis 2024 et un bouton pour l’interpeller avant le vote du 3 novembre. Pour l’historique complet, lisez notre bilan des votes sur le financement des pompiers et le portrait de Julien Rancoule, pompier volontaire.