Question orale sans débat
✓ Répondue le 29/04/2026
élevage
Indemnisation des éleveurs et rémunération des vétérinaires suite à la DNC
Posée le 21/04/2026 • Ministère interrogé : Ministère de l’agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire
Antoine Valentin UDDPLR
Député — Haute-Savoie (3)
La question
M. Antoine Valentin attire l'attention de Mme la ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire sur les conditions d'indemnisation des éleveurs et sur la rémunération des vétérinaires dans le cadre de l'épisode de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui a frappé la Haute-Savoie à compter de l'été 2025. La Haute-Savoie, terre d'élevage bovin d'excellence, a été l'un des premiers départements français touchés par cette maladie virale, détectée pour la première fois sur le territoire national le 29 juin 2025 en Savoie voisine. Avec 44 foyers confirmés sur son territoire, soit le département le plus affecté de France, la Haute-Savoie a subi de plein fouet les conséquences sanitaires et économiques de cette épidémie. Les éleveurs concernés se sont conformés aux arrêtés d'abattage pris par les autorités compétentes, dans le cadre du dispositif de lutte contre la propagation du virus. Or, plusieurs mois après les faits, des dossiers d'indemnisation demeurent non réglés ou contestés. La question de la valorisation des animaux abattus est au cœur des difficultés signalées. En Haute-Savoie, les animaux ont fait l'objet, préalablement à leur abattage, d'une évaluation réalisée par deux experts locaux mandatés, en présence des bêtes vivantes. Il convient de souligner que ces experts étaient eux-mêmes des exploitants agricoles, pleinement engagés dans la filière bovine haut-savoyarde, indemnisés à hauteur d'une centaine d'euros pour une journée entière d'expertise, rémunération manifestement dérisoire au regard de la mission accomplie et qui, ce faisant, s'exposaient personnellement au risque de contaminer leur propre cheptel à leur retour dans leur exploitation. Leur engagement relevait donc autant du sens civique que de la compétence professionnelle. Cette procédure d'évaluation sur le vif, contradictoire et réalisée par des pairs disposant d'une connaissance intime du marché local, constitue par nature l'unique moment où une expertise fiable est possible : une fois les animaux abattus, toute réévaluation a posteriori repose nécessairement sur des éléments indirects - documents d'élevage, historique sanitaire, photographies - qui ne sauraient présenter les mêmes garanties de fiabilité qu'un examen sur le vif. Or il semblerait que l'administration ait engagé des procédures de révision de ces évaluations initiales. M. le député interroge Mme la ministre sur la base juridique et méthodologique d'une telle démarche : sur quels éléments objectifs et contradictoires peut s'appuyer une contre-évaluation réalisée après abattage pour remettre en cause l'appréciation d'experts ayant examiné les animaux vivants ? Cette situation place les éleveurs dans une position de vulnérabilité procédurale particulièrement inéquitable, dans la mesure où la disparition de l'objet même de l'expertise les prive de toute possibilité de contre-expertise contradictoire effective. Par ailleurs, il souhaite attirer son attention sur une question d'efficience budgétaire. Il lui demande que lui soient communiqués le coût total des procédures de révision et de contre-évaluation engagées par les services de l'État (frais d'expertise, mobilisation d'agents, frais de procédure éventuels) et que ce montant soit mis en regard du différentiel financier global entre les évaluations initiales de terrain et les montants finalement retenus par l'administration. Aussi, les vétérinaires mobilisés pour assurer la vaccination de l'ensemble du cheptel bovin de Haute-Savoie, campagne de première dose désormais achevée, la seconde dose étant actuellement en cours, n'auraient pas perçu, à ce jour, la rémunération correspondant à leurs prestations. Ces professionnels de santé animale, qui ont répondu présent dans l'urgence et dont l'action a été déterminante dans la maîtrise de l'épizootie, se trouvent dans l'incompréhension face au non-respect apparent des engagements financiers de l'État à leur égard. Afin de permettre une appréciation complète et documentée de ces dysfonctionnements, M. le député souhaite obtenir de Mme la ministre les éléments suivants : sur les dossiers d'indemnisation des éleveurs, il souhaite connaître le nombre total de dossiers d'indemnisation déposés au titre des arrêtés d'abattage liés à la DNC, à l'échelle nationale et en Haute-Savoie, le nombre de ceux ayant donné lieu à une contestation formelle de la part des services de l'État, ainsi que le volume financier total en litige mise en perspective par le volume totale des indemnisations liées à la DNC. Il souhaite également savoir sur quelle base juridique et méthodologique les services de l'État ont engagé des révisions des évaluations initiales réalisées par des experts mandatés en présence des animaux vivants, quels éléments de preuve a posteriori ont été retenus pour fonder ces révisions, et si celles-ci ont fait l'objet d'une procédure contradictoire effective avec les éleveurs concernés. Il lui demande par ailleurs que lui soit communiqué le coût total engagé par les services de l'État pour instruire ces révisions et contre-évaluations, incluant les frais d'expertise, la mobilisation de personnels et les éventuels frais de procédure, ainsi que le nombre d'agents des directions départementales de la protection des populations, de la DGAL ou d'autres services déconcentrés mobilisés à cette fin et la durée de cette mobilisation. Il lui demande enfin ce qui justifie, aux yeux du Gouvernement, un délai de traitement pouvant atteindre neuf mois pour des dossiers d'indemnisation liés à une catastrophe sanitaire déclarée, alors même que les éleveurs concernés continuent d'assumer des charges d'exploitation dans un contexte économique dégradé. Sur la rémunération des vétérinaires, M. le député souhaite connaître le nombre de vétérinaires ayant participé à la campagne de vaccination de première dose du cheptel bovin de Haute-Savoie dont la rémunération n'a pas encore été intégralement versée, le montant total des impayés correspondants, et, dans l'hypothèse où l'ensemble des paiements auraient été effectués, la date à laquelle ils ont eu lieu. Il lui demande également dans quel délai le Gouvernement entend régulariser les situations en suspens, et quelles dispositions sont prévues pour garantir la fluidité des paiements dans le cadre de la campagne de deuxième dose actuellement en cours.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 29/04/2026
DERMATOSE NODULAIRE CONTAGIEUSE
M. le président. La parole est à M. Antoine Valentin, pour exposer sa question, no 724, relative à la dermatose nodulaire contagieuse.
M. Antoine Valentin. La Haute-Savoie a été durement touchée par la dermatose nodulaire contagieuse lors de l'été 2025. Avec plus de quarante-quatre foyers recensés dans les deux Savoie, notre territoire s'est retrouvé en première ligne de cette crise sanitaire majeure. Les éleveurs haut-savoyards ont fait preuve d'un sang-froid remarquable et d'un sens des responsabilités qui les honorent. Ils ont respecté avec rigueur l'ensemble des préconisations du ministère et des autorités sanitaires. Ce comportement exemplaire a permis de contenir la propagation de la maladie dans notre territoire. Néanmoins, la situation demeure préoccupante : la maladie n'est pas totalement éradiquée et d'autres épizooties se développent en Europe et dans le monde, faisant peser une menace constante sur nos exploitations agricoles.
Dans ce contexte, je souhaite revenir sur plusieurs dossiers d'indemnisation spécifiques à la Haute-Savoie, sur lesquels nous avons déjà eu l'occasion d'échanger avec Mme la ministre de l'agriculture dans le cadre des questions au gouvernement et dans celui d'une question écrite, restée à ce jour sans réponse.
Pouvez-vous d'abord nous indiquer précisément le nombre de dossiers d'indemnisation ayant posé des difficultés en Haute-Savoie, afin de les mettre en perspective avec les quarante-quatre foyers recensés dans les deux départements ?
Pouvez-vous ensuite nous éclairer sur les éventuels écarts constatés entre les expertises de terrain et les expertises théoriques conduites par le ministère ? Quels sont les montants en cause ? Quelles ressources le ministère alloue-t-il à ces contre-expertises ?
S'agissant toujours du traitement des indemnités, pouvez-vous préciser les délais moyens de traitement ainsi que les principales difficultés rencontrées par les éleveurs dans leurs démarches administratives ?
Enfin, face aux risques d'apparition de nouvelles épizooties ou d'une nouvelle vague de dermatose, quels sont les retours d’expérience de la gestion de cette crise ? Quelles mesures concrètes entendez-vous mettre en œuvre pour améliorer la réactivité de l'État dans le traitement de l’épizootie, ainsi que dans le traitement de l’après-crise ? Au fond, il s’agit de maintenir la confiance de nos agriculteurs, qui font le choix de la responsabilité, dans la parole publique et dans la capacité de l’État à honorer sa parole.
M. le président. La parole est à M. le ministre délégué chargé de la ruralité.
M. Michel Fournier, ministre délégué chargé de la ruralité. Je réponds au nom de Mme la ministre de l'agriculture.
Depuis l’apparition de la dermatose nodulaire contagieuse à l'été 2025, quatre-vingt-dix-sept dossiers d’indemnisation ont été déposés, dont quarante et un en Haute-Savoie. Des acomptes ont été versés très rapidement après la détection des foyers afin de soutenir sans délai les éleveurs touchés. Les indemnisations étant encadrées par l'Union européenne, l'État a dû conduire une instruction rigoureuse, conformément à l'arrêté du 30 mars 2001, pour vérifier la cohérence des montants proposés par les experts avec les réalités du marché, l'activité des exploitations et les justificatifs complémentaires disponibles. Ce travail, long mais indispensable, a permis de corriger certaines erreurs, d'intégrer des plus-values génétiques et de garantir l'équité de traitement entre les exploitants.
En Haute-Savoie, sur quarante et un dossiers, seuls douze ont conduit à un montant final inférieur à l'expertise initiale. Sur un total de 5 millions d'euros d’indemnisation, l'écart constaté représente moins de 0,5 %. À l'échelle des Savoie, les cinquante-sept dossiers atteignent 7,43 millions d'euros, soit 1,05 % de plus que les montants expertisés.
À ce jour, plus de 6,3 millions d’euros ont déjà été versés aux exploitants concernés. Le solde, notamment lié au repeuplement, sera versé au fur et à mesure de la transmission des factures.
Pour la première campagne de vaccination, trente-sept cabinets vétérinaires ont été mobilisés en Haute-Savoie. Je tiens d'ailleurs à saluer leur engagement. Le retard de paiement, que je regrette, s'explique par la nécessaire adaptation en urgence de nos systèmes d'information.
Aujourd'hui, en Haute-Savoie, 75 % des sommes dues ont été versées et la ministre s'engage à ce que l'ensemble des paiements soient effectués d'ici à la fin du mois de juin.
M. le président. La parole est à M. Antoine Valentin.
M. Antoine Valentin. Il n'y a pas lieu de se réjouir que 30 % des dossiers rencontrent des difficultés. Plus de dix mois après le début de l'épizootie, certains agriculteurs n'ont toujours pas pu toucher le solde, alors que l'écart entre les évaluations des hommes de l'art sur le terrain et celles des technocrates n'est que de 0,5 % – c'est le chiffre que vous venez de donner. Il est d'ailleurs à craindre que les contrôles technocratiques coûtent en fin de compte plus cher que la différence entre les deux estimations.
Cette situation soulève un problème de taille. Sur le terrain, les agriculteurs, que j'ai encore eu l'occasion de rencontrer ce week-end, sont en grande difficulté. Ils doivent mener de front un combat personnel, faire le deuil de troupeaux constitués au fil des générations et repeupler leur exploitation en partant de zéro. Ce faisant, ils rencontrent des obstacles inhérents à ce processus mais aussi des complications administratives. À tous ces écueils s'ajoutent les difficultés financières causées par les délais de paiement. Je peux certes en comprendre les raisons mais ils suscitent des interrogations et mettront l'État en mauvaise posture lorsqu'il faudra une nouvelle fois demander aux agriculteurs de procéder au sacrifice ultime au service de l'intérêt général.
M. le président. La parole est à M. le ministre délégué – pour cinq secondes.
M. Michel Fournier, ministre délégué. Ayant moi-même vécu une situation similaire, je sais ce que ces difficultés représentent pour les agriculteurs. Je ne peux donc qu'être en accord avec ce que vous venez de souligner.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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