Situation d'Air France
Cyril PellevatUCI
Sénateur — Haute-Savoie
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 21/08/2018Le 4 mai dernier, dans un contexte de conflit social, le P-DG d'Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac, a démissionné, à la suite de l'échec du référendum qu'il avait lui-même engagé. La difficulté est grande pour les actionnaires de trouver un P-DG pour une entreprise complexe, au dialogue social difficile.
Monsieur le secrétaire d'État, j'aborderai trois points.
Tout d'abord, je m'interroge sur l'utilité de la présence de l'État au capital du groupe privatisé Air France-KLM, car les syndicats disposent ainsi d'une arme importante. L'État a-t-il une stratégie de désengagement, et si oui, à quel terme ?
Je voudrais ensuite porter votre attention sur le problème de gouvernance d'Air France. Certes, les médias ne le relaient pas l'information, mais Air France subit actuellement une grève des bagagistes, ainsi qu'une grève de la maintenance. Entre le 15 juin et le 15 juillet dernier, quelque 84 vols ont été annulés pour cause technique et 55 vols pour manque d'équipage.
Le problème de gouvernance et de management ne se situe pas seulement au niveau de la direction. Toute l'entreprise est concernée et souffre d'un manque d'anticipation des formations et des départs en retraite, alors même que le personnel de l'entreprise est vieillissant.
La hausse de 6 % des salaires demandée par l'intersyndicale représente un coût trop élevé pour l'entreprise. Il y a un véritable malaise social chez Air France.
Monsieur le secrétaire d'État, quelle est la vision de l'État actionnaire concernant la gouvernance de cette société ? Le Gouvernement a-t-il un avis ? Ne faut-il pas aller plus loin dans la refonte de la gouvernance ?
J'aborderai enfin le défaut de stratégie globale. Air France va devoir faire face dans les prochaines années à un renouvellement de sa flotte. Beaucoup d'avions ont plus de vingt ans. Il faut investir vite, mais il s'agit d'un investissement de 1,5 à 2 milliards d'euros.
Comment la compagnie va-t-elle financer le renouvellement de sa flotte ? Monsieur le secrétaire d'État, quelle est la stratégie de développement d'Air France ? Si nous prenons l'exemple de Joon, produit hybride dont la visibilité et l'identification sont très difficiles, il est compliqué de comprendre la stratégie mise en place.
Permettez-moi pour terminer de vous poser une question d'actualité. Alors que sont en cours les assises du transport aérien censées donner à la France les moyens de combattre la concurrence déloyale efficacement, la direction générale de l'aviation civile, la DGAC, vient de faire un cadeau à la compagnie Emirates Airlines, qui va pouvoir augmenter la fréquence de ses vols entre Dubaï et la France. Comment justifiez-vous cette décision ?
M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'État auprès du ministre de l'action et des comptes publics.
M. Olivier Dussopt, secrétaire d'État auprès du ministre de l'action et des comptes publics. Monsieur Pellevat, vous avez posé de nombreuses questions. Je répondrai en vous indiquant quelles sont les priorités du Gouvernement dans la période à venir, mais je précise d'emblée que je ne dispose pas des éléments pour répondre à votre dernière question concernant les décisions récentes de la DGAC – je me les procurerai et vous les transmettrai.
Les résultats du groupe Air France pour 2018 vont malheureusement être lourdement affectés par les grèves du printemps dernier, puisque la compagnie estime que le coût de ces grèves s'élève à au moins 300 millions d'euros. Cette situation est d'autant plus préoccupante que, malgré la hausse du trafic annoncé par la compagnie pour le mois de juin dernier, en augmentation de 3,7 %, ce manque à gagner dégrade sa situation.
Il est donc indispensable que le groupe Air France-KLM déploie une stratégie offensive de développement, l'un des leviers étant la compétitivité par rapport à ses grands concurrents, notamment européens. La priorité est donc que le groupe se dote à nouveau d'un dirigeant apte à définir la stratégie d'entreprise face aux défis de compétitivité et de développement auxquels le groupe doit faire face, notamment pour sa filiale Air France.
L'objectif immédiat de l'État, en qualité de premier actionnaire d'Air France-KLM, est que le conseil d'administration de l'entreprise choisisse rapidement un nouveau dirigeant, en accord avec les grands actionnaires présents au conseil d'administration, pour conduire le redressement de l'entreprise, qui fait face à une concurrence très forte sur différents marchés.
La nouvelle équipe dirigeante d'Air France-KLM aura bien sûr pour mission de motiver l'ensemble des collaborateurs autour de nouveaux axes de développement pour le groupe, ce qui répondra à la plupart de vos interrogations relatives au management et à la gouvernance de l'entreprise.
À ma connaissance, et à ce jour, le processus de recrutement n'est pas terminé, et le comité de nomination poursuit ses travaux. Nous souhaitons que le candidat qui sera proposé au conseil d'administration puisse disposer d'une solide expérience internationale, être un manager reconnu et porter une vision pour le groupe, qui fait face à des défis majeurs, de manière à l'aider à sortir de l'impasse dans laquelle il se trouve aujourd'hui.
M. le président. La parole est à M. Cyril Pellevat, pour répondre à M. le secrétaire d'État.
M. Cyril Pellevat. Je vous remercie de ces éléments de réponse, monsieur le secrétaire d'État. Vous l'avez dit, le coût des grèves est estimé à 300 millions d'euros, mais l'image de la compagnie est également ternie. Les voyageurs ont désormais pris l'habitude de voyager avec une autre compagnie ; d'après les échos que l'on peut entendre, je ne suis pas sûr qu'ils reviendront vers Air France.
Concernant ma dernière question, je comprends que vous ne disposiez pas de l'intégralité des informations et j'attends donc la réponse de la DGAC. Malgré le gel des droits de trafic accordés aux compagnies du Golfe, Emirates Airlines a obtenu le feu vert pour passer de vingt à vingt et un vols par semaine à Paris et de cinq à sept vols hebdomadaires à Lyon, soit une augmentation de sa capacité en sièges en France de 10 %.
J'ai peur que cette augmentation n'affecte fortement et à long terme Air France, mais aussi d'autres compagnies aériennes françaises.
Source : senat.fr ↗
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