Affaire Benalla
Patrick KannerSER
Sénateur — Nord
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 25/07/2018Une République irréprochable, ce n'est pas une République qui serait composée d'individus, d'élus, d'hommes et de femmes, à tout jamais infaillibles. Ce n'est d'ailleurs pas ce que vous avez dit.
Une République irréprochable, c'est une République qui regarde en face les dysfonctionnements, qui regarde en face ce qui ne va pas dans les comportements individuels, et qui en tire les conséquences.
De ce point de vue, monsieur le président, dès lors qu'ont été connus les faits qui sont à l'origine de la discussion que nous avons aujourd'hui, des décisions ont été prises. Des décisions ont été prises à l'endroit de l'individu concerné ;…
M. Pierre-Yves Collombat. Il a été grondé !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. … des décisions ont été prises, également, lorsqu'il a été connu, jeudi soir dernier, que des agents de la préfecture de police de Paris auraient probablement – je dis probablement, car je ne veux pas m'immiscer dans le processus judiciaire – violé la loi en transmettant des images au chargé de mission employé par la présidence de la République.
Mme Esther Benbassa et M. Pierre-Yves Collombat. Ce ne sont pas les faits les plus graves !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. Immédiatement, des mesures de suspension ont été prises, et, immédiatement, les procédures judiciaires ont été engagées. (Protestations sur plusieurs travées du groupe Les Républicains.)
M. Cédric Perrin. Vous n'aviez pas le choix !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. Ce qui eût été contestable, monsieur le président, c'est l'absence de mesures ; or des mesures ont été prises. (Protestations sur plusieurs travées.)
Mme Esther Benbassa. Quand ?
M. Édouard Philippe, Premier ministre. Et rien n'a été caché, absolument rien.
M. Cédric Perrin. Pendant deux mois et demi, vous avez caché les faits !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. Les commissions d'enquête et la procédure judiciaire permettront – j'en suis certain – de décrire précisément l'enchaînement des faits et, le cas échéant, s'agissant de la procédure judiciaire, de déterminer les responsabilités individuelles. Mais il n'existe aucune volonté de cacher quoi que ce soit ; l'exécutif, le Gouvernement et le Premier ministre ont au contraire la volonté d'assumer politiquement l'ensemble du processus qui est à l'œuvre.
Je vous le dis très clairement, monsieur le président : je ne crois pas que notre organisation institutionnelle ait à ce point changé au cours des dix dernières années (M. Olivier Paccaud s'exclame.) que la présidence, qui auparavant aurait été exemplaire, serait devenue si hyperprésidentialisée qu'elle en deviendrait insupportable.
M. Olivier Paccaud. Si veut le roi, si veut la loi !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. Nous vivons dans les institutions de la Ve République ; dans ces institutions, dans ce système parlementaire, le Premier ministre, le Gouvernement sont responsables devant le Parlement. C'est un fait, et c'est très bien ainsi. Le Président de la République, lui, n'est pas soumis à ce contrôle : ni lui politiquement, ni l'organisation de ses services. C'est un fait aussi, qui n'est pas neuf.
Nous avons, ou plutôt nous avions, l'opportunité de discuter de ce sujet à l'occasion de la révision constitutionnelle. Et probablement, monsieur le président, vous et moi ne sommes-nous pas d'accord sur le sens qu'il faut donner à l'évolution de nos institutions.
Un sénateur du groupe socialiste et républicain. Heureusement !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. Cette discussion importante, qui intéresse évidemment les parlementaires…
Mme Esther Benbassa. Ah oui ! Et la Nation !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. … n'a pas eu lieu à l'Assemblée nationale parce que, après avoir été engagée, elle s'est interrompue en raison d'un nombre considérable de rappels au règlement, dont la succession pourrait, aux yeux d'un esprit taquin, ressembler à quelque chose qui relèverait de l'obstruction.
M. Roger Karoutchi. C'est très taquin, en effet !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. Très taquin, oui : 298 rappels au règlement !
Le débat n'a donc pas eu lieu ; mais je me réjouis, monsieur le président, car il aura lieu. Il n'aura pas lieu à l'occasion de la présente session extraordinaire, mais lors d'une prochaine session. (Mme Esther Benbassa s'exclame.) Alors nous pourrons débattre de cette révision constitutionnelle…
Mme Esther Benbassa. On verra !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. … qui correspond aux engagements pris par le Président de la République, et qui sera discutée à l'Assemblée nationale et au Sénat – et c'est très bien ainsi. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche. – MM. Didier Guillaume et Jean-Marc Gabouty applaudissent également.)
M. le président. La parole est à M. Patrick Kanner, pour la réplique, en quelques secondes.
M. Patrick Kanner. Affaiblir le Parlement, affaiblir les corps intermédiaires, affaiblir les collectivités territoriales, affaiblir la presse, tout cela n'est pas bon, monsieur le Premier ministre. Retirez votre réforme constitutionnelle (Bravo ! et applaudissements sur plusieurs travées.), et permettez au Parlement, par son travail, de l'améliorer au profit de l'intérêt général. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain, ainsi que sur des travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste, du groupe Les Républicains et du groupe Union Centriste. – M. Joël Labbé applaudit également.)
Source : senat.fr ↗
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