Gilets jaunes
G Gérard LonguetLes Républicains Sénateur — MeuseLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 28/11/2018La première relève de la remarque.
En vous écoutant, j'entends la dénonciation de ce qui serait du mépris, de la condescendance. Vous l'avez dit vous-même, monsieur le sénateur : on a parfaitement le droit de ne pas être d'accord – cela nous arrive – ; on a d'ailleurs aussi le droit d'être parfois d'accord – cela nous arrive.
M. Roger Karoutchi. Moins souvent !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. Cela nous arrive…
Le débat politique est vif, et il est vif dans tous les sens. Je pense que vous êtes, comme moi, attaché à la nuance et à la mesure. Il ne vous aura donc pas échappé, monsieur le sénateur, reconnaissons-le, que sur tous les bancs des deux assemblées, et parfois lorsqu'on est membre du Gouvernement, on subit des critiques, qui sont parfaitement fondées – c'est la démocratie et je ne m'en émeus en aucune façon –, qui sont parfois dures, parfois peut-être un peu excessives. Elles sont même parfois blessantes.
Chacun des ministres peut citer des exemples et chacun des parlementaires, dans sa vie politique, peut citer des exemples d'attaques parfois injustes et parfois blessantes dont il a pu faire l'objet.
M. François Grosdidier. Mais la condescendance est constante !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. J'essaie pour ma part, et vous le savez parfaitement, monsieur le sénateur, de rester toujours dans l'expression mesurée et nuancée et je ne doute pas qu'un jour on me le reprochera, en faisant justement état d'une forme de condescendance. Il n'en est rien, j'essaie simplement d'utiliser les mots les plus adaptés et ceux que je crois les plus justes pour décrire une réalité qui est toujours complexe.
Monsieur le sénateur, elle est toujours complexe, cette réalité. Est-ce que l'on peut se dire, entre nous, qu'il est possible de reconnaître la bonne foi de ceux qui ont mis un gilet jaune pour manifester, qu'ils expriment une colère, une angoisse, un désaccord parfaitement légitimes ? Peut-on le dire et l'assumer ? Et en même temps, peut-on dire, à l'occasion, qu'un certain nombre d'entre eux – pas tous, et on peut faire la différence – ont eu un comportement qui, à l'évidence, ne relevait pas de l'expression simple de la colère ou de l'angoisse, mais qui leur a fait franchir des limites, qu'il s'agisse de l'intimidation physique ou de la menace physique – c'est arrivé à des collègues parlementaires – ou, parfois, de la destruction de biens publics ou de violences, y compris à l'égard de forces publiques ?
Le dire, monsieur le sénateur, ce n'est pas faire preuve de mépris, ce n'est pas faire preuve de condescendance : c'est simplement essayer de décrire une réalité qui, effectivement, est complexe, avec des mots que je crois justes.
Vous m'interrogez – et c'est la deuxième partie de votre question – sur la perspective qu'a tracée le Président de la République, sur le cap qu'il a fixé en matière de transition écologique et notamment de trajectoire carbone.
Le Président de la République a eu l'occasion de dire que ce cap avait été fixé, avait été présenté aux Français et qu'il n'en changerait pas. C'est un élément que je porte au débat ou, plus exactement, qu'il a porté ce matin au débat et que j'assume pour ma part parfaitement, devant l'Assemblée nationale comme devant le Sénat.
Il a formulé toute une série de propositions tendant à ce que les mesures d'accompagnement que nous envisageons soient parfaitement adaptées aux besoins des Français. Et pour travailler à ces mesures d'accompagnement, il lui a paru utile – et je pense qu'il a raison, monsieur le sénateur – de procéder à la consultation non pas d'un comité Théodule (M. Jacques Genest s'exclame.), mais de ceux que l'on désigne parfois sous le nom de corps intermédiaires – et dont on nous reproche parfois de méconnaître l'importance.
Oui, monsieur le sénateur, nous allons discuter de l'organisation du débat et de ces mesures avec les syndicats ; nous allons le faire, oui, avec les associations de consommateurs ; nous allons le faire avec les élus locaux, qui eux aussi ont des responsabilités en la matière. (Ah ! sur les travées du groupe Les Républicains.)
Mais bien sûr, nous allons le faire avec les élus territoriaux, qui étaient d'ailleurs présents ce matin au Conseil national de la transition écologique. Nous allons le faire avec les ONG, nous allons le faire avec les acteurs du débat public.
Une fois que ces mesures auront mûri, la discussion aura lieu évidemment au Parlement, parce qu'elle ne peut pas avoir lieu ailleurs. Monsieur le sénateur, depuis le début, depuis que les « gilets jaunes » expriment une colère que nous pouvons entendre, que nous devons entendre, nous disons que, à la fin, dans notre démocratie et dans notre République, c'est le Parlement qui fait la loi. (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains, du groupe socialiste et républicain et du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.)
Voyez-vous, monsieur le sénateur, dire cela, c'est exactement l'inverse du mépris, c'est exactement l'inverse de la condescendance : consulter les corps intermédiaires, nouer le débat avec les Français et ensuite en tirer les conséquences devant le Parlement, car c'est devant lui que les décisions se prennent.
Quand je dis cela, monsieur le sénateur, je n'ai pas le sentiment de faire preuve de mépris ni de faire preuve de condescendance. J'entends des interjections, j'entends des « oh ! », je dis les choses telles que je les envisage en essayant de répondre de manière complète à votre question. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche.)
Source : senat.fr ↗
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