Prime de vie chère et aides au logement en Haute-Savoie
Sylviane NoëlLes Républicains
Sénatrice — Haute-Savoie
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 13/11/2019Avec plus de 10 000 nouveaux habitants chaque année en Haute-Savoie, il devient compliqué de maintenir certains services à la population, pourtant vitaux, par manque de candidats. Les agents qui arrivent du reste de la France renoncent au bout de quelques mois à rester en poste du fait du coût élevé de la vie, bien supérieur à la moyenne nationale.
C'est principalement ce motif du « coût de la vie », notamment du logement, qui empêche les fonctionnaires et les salariés de s'installer durablement. Dans tous les secteurs d'activité, le taux de vacance de postes est critique, particulièrement dans la fonction publique hospitalière.
La proximité avec la Suisse, notamment dans le Genevois et le Chablais, amplifie encore ce phénomène, en particulier pour les professions du secteur de la santé en raison de l'attractivité des salaires suisses.
À l'heure où je vous parle, 181 lits d'Ehpad sont gelés dans le département, faute de personnel. L'octroi d'une prime de vie chère ou d'une indemnité de résidence en Haute-Savoie se révèle ainsi indispensable pour répondre au moins en partie à cette problématique.
De même, il conviendrait de faire évoluer le zonage ABC affecté à de nombreuses communes de notre département, qui se révèle inadapté. Ce zonage prend en considération la tension du marché immobilier local comme critère de classement. Or nombre de communes sont classées en zone B2 alors qu'elles mériteraient un classement en zone B1.
À titre d'exemple, à Chamonix, le coût moyen du mètre carré s'élève à 6 454 euros pour un appartement et 8 647 euros pour une maison. Bloquée en zone B2, la commune est ainsi privée de nombreuses aides à l'investissement locatif intermédiaire, notamment du dispositif fiscal de TVA à taux réduit qui s'applique aux logements intermédiaires portés par les investisseurs institutionnels en zone A et B1.
Son caractère doublement frontalier, hautement touristique et très attractif d'un point de vue démographique fait incontestablement de la Haute-Savoie un territoire atypique. La mise en œuvre d'un zonage et de dispositifs adaptés aux particularités de ce territoire est incontournable, et constitue un enjeu majeur pour le maintien des populations, le dynamisme économique et la vitalité des services publics.
Je souhaiterais donc connaître les intentions du Gouvernement sur ces sujets.
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. Julien Denormandie, ministre auprès de la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, chargé de la ville et du logement. Madame la sénatrice, je partage votre constat : sur un certain nombre de territoires, le logement empêche notamment l'installation de celles et ceux qui travaillent, accompagnent, apportent des services publics à tous les habitants de ces territoires.
Je suis également d'accord sur un second point : il faut une politique du logement qui permette de répondre à cette problématique. On le constate dans beaucoup de cas, c'est par le logement qu'une solution peut être trouvée, comme vous l'avez très justement rappelé.
Vous proposez de faire évoluer le zonage. J'ai une conviction : la politique du logement est beaucoup trop centralisée et elle doit être davantage territorialisée. C'est un fait, depuis deux ans et demi que je suis ministre chargé de la ville et du logement, je vis avec ce zonage. Néanmoins, vous l'aurez remarqué, j'ai fait en sorte que les nouveaux dispositifs que j'ai créés, comme le Denormandie ancien, ne soient pas zonés. Ce sont donc les communes qui mettent en place les opérations de revitalisation du territoire qui seront directement éligibles à ce dispositif. La réalité territoriale est avant tout connue par les élus locaux ou les agents qui travaillent sur les communes.
Le projet de loi de finances que j'aurai l'honneur de vous présenter dans quelques jours prévoit une première expérimentation pour arrêter le zonage dans la région Bretagne. Il s'agit de donner la possibilité de déterminer au niveau régional, en faisant de la dentelle, les fameuses classifications que vous avez rappelées. Après cette expérimentation, mon objectif est bien évidemment de généraliser ce système.
Enfin, le dernier élément qui doit aussi faire l'objet de toute notre attention est la production de logements dits « abordables ». Cela passe évidemment par la production de logements sociaux. À ce titre, il importe de faire preuve de la plus grande fermeté dans l'application de la loi SRU et d'accompagner l'ensemble des bailleurs sociaux, ce que nous faisons activement aujourd'hui. Cela passe également par la production de logements à l'accession abordables. Je pense, notamment, aux initiatives prises par plusieurs communes dans votre département, madame la sénatrice, via les organismes fonciers solidaires, qui permettent de produire du logement abordable à l'acquisition.
Vous avez raison de soulever cette question. La solution, à mon sens, passe par une politique territorialisée avec un seul objectif : produire des logements abordables.
Source : senat.fr ↗
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