Méthodologie du Gouvernement sur le déconfinement
Vincent ÉbléSER
Sénateur — Seine-et-Marne
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 07/05/2020M. Édouard Philippe, Premier ministre. Monsieur le président Éblé, je suis à deux doigts de vous répondre « oui » et de me rasseoir !
Je ne vais pas le faire, parce que vous le prendriez mal… Mais, à la vérité, lorsque vous me demandez si le Gouvernement est disponible pour répondre aux questions et disponible pour entendre ce que lui disent les représentants de la Nation, la réponse est évidemment « oui ». Pour tout vous dire, je me permets de m'étonner que vous puissiez en douter, franchement.
Nous avons eu ici des débats sérieux, dignes, qui n'étaient pas d'ailleurs nécessairement consensuels ; mais, après tout, les débats servent à cela, et vous l'avez rappelé. Mais je ne crois pas que quiconque puisse dire que le Gouvernement aurait refusé de répondre à des questions, ne serait pas resté disponible, n'aurait pas respecté les commissions du Sénat, n'aurait pas eu le sens du débat.
Que vous ne soyez pas d'accord avec toutes les réponses, je peux l'entendre, c'est normal, c'est la démocratie ; mais ne laissons pas croire, monsieur le président Éblé, à nos concitoyens qu'il y aurait, d'un côté, ceux qui portent la voix vivante de la démocratie et, de l'autre, un gouvernement qui ne voudrait pas l'entendre, parce que cela ne correspond pas à la vérité. Et je crois que vous le savez.
Vous m'avez demandé si nous étions disposés à entendre ce que le Parlement a à dire et ce qu'il souhaite faire prévaloir. Nous sommes évidemment prêts à écouter le Parlement dans son ensemble, le Sénat et l'Assemblée nationale, car ce sont les deux chambres qui font la loi. Si nous devons respecter le Sénat, nous devons tout autant respecter l'Assemblée nationale et il ne viendrait à l'idée de personne de penser que tel ne devrait pas être le cas. Nous sommes aussi prêts à nourrir le débat, à essayer d'expliquer les positions retenues par le Gouvernement et à les confronter, le cas échéant, avec les représentants de la Nation au sens le plus large.
Vous avez évoqué beaucoup de sujets. En particulier, vous avez indiqué, au début de votre propos, qu'à la question de savoir si la priorité était la santé ou la reprise vous n'aviez pas eu de réponse.
Monsieur le président Éblé, j'essaie d'expliquer depuis deux semaines – et je conçois que, cet exercice étant tellement difficile, je sois sans doute insuffisamment clair – que le chemin de crête sur lequel nous nous trouvons nous impose de tenir un équilibre entre la sécurité sanitaire et la reprise. Il est toujours difficile de maintenir un équilibre, mais vous savez pertinemment que, si nous donnons la priorité à l'une en oubliant l'autre, nous risquons d'avoir de très mauvaises nouvelles.
M. François Patriat. Exactement !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. Vous savez parfaitement la catastrophe sociale qui s'annonce, qui serait pire si nous restions indéfiniment confinés. Comme tout le monde, vous la voyez arriver dans votre département. Nous devons donc reprendre la production, nous devons donc reprendre la vie sociale, nous devons donc reprendre l'école, parce que, sinon, c'est la catastrophe !
Nous savons aussi que, si nous allons trop vite, par enthousiasme, par imprudence, en privilégiant cette fois-ci la reprise sur la sécurité sanitaire, nous risquons, dans ce cas-là, d'avoir de très mauvaises nouvelles sanitaires.
Pourquoi, monsieur le président, présenter les choses comme si nous avions délibérément choisi une priorité par rapport à une autre ? Nous essayons justement – ce qui n'est pas facile – de préserver l'équilibre entre ces deux principes. C'est un chemin de crête, c'est vrai, avec deux à-pics vertigineux. Et je pense que nous gagnerions tous, parce que la Nation est confrontée à une vraie difficulté, à essayer de comprendre et, peut-être même, à expliquer la nécessité de cet équilibre plutôt que de nous accuser d'aller parfois trop d'un côté, parfois trop de l'autre.
On peut évidemment discuter des équilibres auxquels nous essayons de parvenir, mais je crois que nous avons tous intérêt collectivement, que la Nation a intérêt à ce qu'on explique la nécessité de préserver cet équilibre. (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM.)
M. le président. La parole est à M. Vincent Éblé, pour la réplique.
M. Vincent Éblé. Monsieur le Premier ministre, j'entends vos dénégations, mais j'ai bien entendu prononcer le terme « irresponsables », adressé à ceux qui ont exprimé quelques réserves sur le plan de déconfinement.
Par ailleurs, vous ne m'avez pas répondu au sujet du recours aux ordonnances, justifié dans l'urgence, mais qui, désormais, me paraît plus problématique. (Applaudissements sur les travées du groupe SOCR.)
M. Patrick Kanner. Très bien !
Source : senat.fr ↗
Autres questions de Vincent Éblé
Modalités de compensation aux collectivités territoriales du relèvement du taux d'exonération partielle de taxe foncière sur les propriétés non bâties applicable aux terres agricoles
Assises des finances publiques
Rapport de France Stratégie sur la réforme de la fiscalité du capital
Modification des modalités de paiement de la taxe à l'essieu