Renvoi du garde des sceaux devant la Cour de justice de la République
Marie-Pierre de La GontrieSER
Sénatrice — Paris
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 06/10/2022M. Olivier Véran, ministre délégué auprès de la Première ministre, chargé du renouveau démocratique, porte-parole du Gouvernement. Je vous remercie pour votre question, madame la sénatrice. Puissiez-vous être aussi prompte à dédouaner une personne qui, une fois mise en examen, serait innocentée que vous l'êtes aujourd'hui, dans cet hémicycle, à demander son exclusion pour le simple motif qu'elle est mise en examen, donc par définition loin d'être condamnée.
Madame la sénatrice, il est souvent fait référence à la jurisprudence du gouvernement Balladur qui avait donné lieu à l'éviction systématique de tout ministre mis en examen. Je ne veux pas vous dire de bêtises, mais il me semble que, sur les quatre ministres contraints à l'époque à la démission, parce que mis en examen, un seul avait été condamné – trois auront donc été privés injustement, en tout cas aux yeux de la justice, de la capacité de servir l'intérêt général et l'État.
M. Rachid Temal. Dites-le au Président !
M. Olivier Véran, ministre délégué. Madame la sénatrice, gardons-nous de jeter un opprobre systématique sur les serviteurs de l'État sous prétexte qu'ils ne partageraient pas nos idées politiques. (Protestations.) Le nuage radioactif qui découle de telles attaques irradie finalement l'ensemble de la classe politique et des serviteurs de l'État. En définitive, c'est la démocratie elle-même qui s'en trouve attaquée et affaiblie. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI et sur des travées des groupes INDEP et UC.)
Le législateur, dans sa grande sagesse, a souhaité modifier la loi pour remplacer le terme « prévenu » par l'expression « mis en examen ». Si vous lisez les comptes rendus des débats du Sénat, on comprend – c'est intéressant – que le mot « prévenu » semblait trop préjuger du fait que la personne était coupable ou responsable de ce qui lui était seulement reproché à ce stade, tandis que l'expression « mis en examen » disait les choses plus justement : on regarde s'il y a lieu ou non de prononcer une culpabilité.
À ma connaissance, personne n'a été condamné dans l'affaire que vous évoquez, madame la sénatrice. Qui plus est, il y a un pourvoi en cassation, ce qui veut dire que, de manière factuelle et à l'heure où je vous parle, M. Dupond-Moretti n'est même plus mis en examen (Protestations sur les travées du groupe SER.) parce que cette mise en examen a été suspendue, en attendant la décision de la Cour de cassation.
J'espère, madame la sénatrice, avoir répondu à votre question. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
M. le président. La parole est à Mme Marie-Pierre de La Gontrie, pour la réplique.
Mme Marie-Pierre de La Gontrie. Tout d'abord, je note que le ministre qui a répondu au nom du Gouvernement désavoue le Président de la République et Édouard Philippe, Premier ministre. Dont acte ! (Applaudissements sur des travées du groupe SER.)
Ensuite, je crains – je le dis avec solennité – que vous n'ayez pas très bien compris ce qui est en train de se passer. Nous parlons d'éthique gouvernementale, nous parlons du fait que, tous ici, nous sommes considérés par les citoyens français comme des personnes qui ne sont pas honnêtes. Nous avons besoin de réaffirmer l'éthique en politique !
Je citerai simplement ce qu'a dit François Bayrou, lorsqu'il a démissionné du Gouvernement ; je pense que ce sera la réponse la plus efficace : « Je pars, car je choisis de ne pas exposer le Président de la République et le Gouvernement que je soutiens. » Or c'est exactement ce qui est en train de se passer.
Un garde des sceaux renvoyé devant la Cour de justice de la République pendant l'exercice de ses fonctions, c'est totalement inédit, et cela va alimenter encore plus le populisme ! (Applaudissements sur les travées du groupe SER et sur des travées du groupe GEST. – Mme Laurence Cohen applaudit également.)
Source : senat.fr ↗
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